vendredi 29 juillet 2016

Jens Christian Grondahl - Les Portes de Fer

Éditeur : Gallimard - Traduit du danois par Alain Gnaedig - Date de parution : Janvier 2016 - 404 pages et un livre plus que touchant ! 

En décrivant trois moments importants l’adolescence, la quarantaine et enfin ses soixante-ans, le narrateur revient sur sa vie.
A dix-huit ans, il se passionne pour Marx "Le matin, mes yeux commençaient par se poser sur le prophète barbu tout la photo était punaisée sur le mur incliné à côté de celle de Jimy Hendrix" et il "n’a pas de temps à perdre" avec la littérature. En classe de terminale alors que sa mère décède d'un cancer, il se lie avec Erika la fille de sa professeur d’allemand qui lui a donné le goût et l'amour des livres. Pour elle, il se rend à Berlin mais leur histoire ne durera pas. Marié, c'est également un enseignant dévoué et passionné. Divorcé et devenu quarantenaire,  sa fille Julie vient le voir régulièrement à Copenhague. Il sort avec Benedicte une collègue mais sans s’aventurer sur le terrain des engagements. L'arrivée d'un jeune garçon Serbe en classe de troisième le pousse en dehors de ses habitudes. Il l'héberge provisoirement et a une aventure avec sa mère. Les deux disparaîtront sans laisser d’adresse. Devenu grand-père, il ne veut pas fêter ses soixante ans et à la place part pour Rome. Au hasard d’une rue, il rencontre une jeune fille photographe de l’âge de sa fille avec laquelle il voyage dans le sud de l’Italie.

C’est le portait d’un homme assez solitaire tout en finesse et en pudeur qui nous est dépeint. Cet homme regarde par dessus son épaule avec une tendre mélancolie. Et toutes ces femmes, avec en premier lieu sa mère, ont influencé son existence, ses décisions ou ses non-choix. Mais jusqu'à quel point ? Bien sûr, il a des regrets (ce qui est normal) mais jamais il ne s’appesantit dessus.
Son engagement pour l’accessibilité à la culture pour tous, le cadre du petit bourgeois dans lequel il s’est senti enfermé et dont il a voulu sortir, le regard qu’il pose sur mon métier "Je suis un figurant qui voit passer chacun en route vers son histoire" en font un homme profondément attachant.
Un superbe roman tout en justesse avec beaucoup de délicatesse qui ne bouscule pas son lecteur mais l'enveloppe de douceur en nous racontant la vie, le couple, l'amour, la solitude, les petits et grands changements à travers le temps qui passe.
J'ai été plus que touchée ! 

Le présent est un lieu impossible que l'on ne peut pas fouler, parce qu'il avance sans cesse sous nos pieds. Il n'a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité. 

Se souvenir, c'est raconter ce qui a été. Dans la langue, c'est toujours là. C'est présent en tant que ce qui a été, ce qui peut être raconté.

Les billet de Jérôme, Krol.

mercredi 27 juillet 2016

Grace Metalious - Peyton Place

Éditeur : 10-18 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Muray - Date de parution : Mai 2016 - 692 pages qu'on ne voit pas pas défiler 

Etats-Unis, Nouvelle-Angleterre, 1940. Peyton Place est une de ces nombreuses villes bien tranquilles en apparence. C’est peut-être pour cette raison que Constance McKenzie s’y est installée officiellement en tant que veuve. Après avoir vécu à New-York où elle a entretenu une liaison avec un homme marié, elle est bien décidée à ce que personne ne ne sache la vérité sur la paternité de sa fille Allison. Cette dernière ignore tout du passé de sa mère. Allison aime passer du temps avec son amie Selena Cross dont le beau-père alcoolique est un homme violent. Elle habite les quartiers peu fréquentables de la ville rongés par la misère et la pauvreté. Selena a des responsabilités comme veiller sur son petit frère car leur mère a perdu plus ou moins la tête. Et Constance voit d’un mauvais œil l’amitié des deux filles.

Se déroulant sur plusieurs années, on suit Allison et Selena à l’adolescence avec leurs espoirs et leurs rêves jusqu’à l’âge adulte. Douce rêveuse, Allison admire le père qu’elle n’a pas connu et beaucoup de monde se demande pourquoi sa mère ne se remarie pas tandis que Selena attire les regards masculins (et pas que des garçons de son âge). Le conseil d’administration de la ville voudrait faire disparaitre les taudis, les notables souhaitent de bons mariages pour leur progéniture et chacune des deux églises prêche pour la bonne parole. Mais si ce roman paru en 1956 fit un scandale et fut jugé comme un "brûlot" c'est qu'il aborde d'autres thèmes : inceste, viol, avortement (à l’époque condamné) hypocrisies, mensonges, … Grace Metalious a osé écrire ce qui d’habitude était passé sous silence et à travers ses trois héroïnes, elle offre une liberté sexuelle aux femmes.
Etoffé par des personnages secondaires très bien détaillés également, ce roman possède un charme certain (avec des personnages creusés) et certains des sujets comme la les classes sociales défavorisées sont toujours d’actualité. La postface d’Ardis Cameron permet de nous situer dans le contexte de l’époque et de comprendre combien et pourquoi ce roman fit grand bruit.
Il ne faut pas être effrayé par le nombre de pages qui se tournent avec intérêt et avidité ! 

Mais, entre les habitants d'une grande ville et celui d'une petite, il y a une différence fondamentale : le premier est moins apte à inventorier le contenu du placard de son voisin. Il y a une différence aussi, dans une petite ville, entre un squelette dans un placard et un scandale. Le premier est examiné comme à travers des barreaux pour quelques curieux qui échangent leurs impressions à voix basse. Le second est livré sur la voie publique en pâture à la population toute entière et discuté à grands coups de gueule d'un toit à l'autre.


Ma participation au challenge organisé par Brize

lundi 25 juillet 2016

Viola Veloce - Meurtres à la pause-déjeuner

Éditeur : Liana Levi - Traduit de l'italien par Franchita Gonzalez Batlle - Date de parution : Juin 2016 - 248 pages sympathiques.

En revenant de sa pause-déjeuner, Francesca découvre le corps d’une de ses collègues pendue dans les toilettes de son travail. La vie de Francesca la trentaine passée à Milan se partage entre son travail au département Planification et Contrôle et ses parents chez qui elle dîne trè souvent et une rancœur envers son ex-futur mari (qui accepterait de se faire plaquer la veille de son mariage ? ).

Même si elle n’appréciait pas vraiment sa collègue,  Francesca est chamboulée. Et quand un second meurtre se produit dans son service, l’ambiance devient pesante. Quand le présumé meurtrier est lui-même assassiné, la psychose est proche.
Ajoutez-y des parents surprotecteurs avec une mère qui rêve d’un mariage pour sa fille ( et de l la"caser" à tout prix), un directeur obnubilé par le pouvoir, des personnes syndicalisées jusqu'au-boutistes. Mais Francesca a une idée derrière la tête car ses trois défunts collègues avaient un point commun. Le tout est agrémenté d'humour piquant et l'intrigue sert à donner  une vision très juste de l'entreprise et des rapports dans la hiérarchie.
Un roman  bien sympathique ! 

Je ne comprends toujours pas pourquoi tous les cas désespérés de la maison échouent dans notre bureau. C'est un peu comme un service de soins palliatifs; après avoir essayé de vous caser partout on vous envoie ici. Il suffit de savoir un peu compter. Et si vous ne savez pas, vous restez quand même, au bain-marie perpétuel comme une crème qui ne prend pas, parce qu'une vieille loi interdit de vous licencier, bien que la direction souhaite vous remplacer par un consultant extérieur extérieur de vingt-cinq ans.

vendredi 22 juillet 2016

Wajdi Mouawad - Anima

Éditeur : Babel - Date de parution : 2015 ( date de première parution : 2012) - 501 pages pour un coup de cœur et un uppercut !

Wahhch Debch découvre sa femme assassinée  (je vous passe les détails horribles) et l'on assiste à sa douleur par le biais d'un narrateur spécial. Car les narrateurs ne sont pas n’importe lesquels,  ce sont des animaux : araignée, corbeau, chien, écureuil, chat, cheval, différents insectes. Non pas empli de vengeance mais pour s‘assurer qu’il n’est pas l’auteur de cet acte innommable, Wahhch part à la recherche du meurtrier. Ce dernier, un Indien, s’est réfugié dans une réserve "Entre ceux qui pensent à leur propre intérêt et ceux qui pensent à l'intérêt de la communauté. Quand il y a de l'argent en jeu, ça finit par devenir violent parce que l'intérêt de la communauté va nécessairement contre l'intérêt particulier." Aucun ne veut dénoncer un des leurs, le retrouver est une mission qui revient à Wahhch.

Si l’on l’on suit le parcours de Wahhch à travers les Etats-Unis, Wadji Mouawad en donnant la parole et la réflexion, la pensée aux animaux nous plonge dans un univers hypnotique, prenant et quelquefois dérangeant. Au fil des pages, on se demande si la frontière entre animaux et humains est toujours réelle, on se questionne sur la violence humaine.
Complètement envoûtant, ce roman servi par une écriture magnifique, lumineuse et poétique, sonde au plus profond la noirceur et les profondeurs de l'âme. L’épilogue m’a laissée bouche bée, sidérée. Je ne veux pas vous en dire plus (une autre histoire sur les origines de Wahhch nous bouscule) pour vous laisser découvrir ce livre.
Un coup de cœur entier doublé d’un uppercut ! 

Je me suis reculée et je me suis enfuie pour retrouver l'obscurité profonde des arachnées, bien plus lumineuse, bien plus rassurante que cette nuit effroyable que je venais d'entrevoir et qui est, je le sais à présent le propre des humains.

Merci Cathulu !

mercredi 20 juillet 2016

Jonathan Evison - Les Fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés

Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek - Date de parution : Avril 2016 - 351 pages entre humour mordant et sensibilité. 

A quarante ans, Benjamin Benjamin en plein divorce a tout perdu. En matière de drame,  il a donné et la souffrance est toujours là. Sans emploi et sans un sou, il suit une formation rapide d’aide à la personne. Il commence un emploi auprès de Trev un adolescent atteint d’une maladie dégénérative qui le cloue dans son fauteuil roulant et le rend très dépendant.

Avec de tels thèmes, on pourrait croire que ce roman va déborder de pathos et de bons sentiments. Et bien non. Elevé par sa mère depuis sa naissance car son père a pris la poudre d’escampette, les journées de Trev commencent par le choix de la paire de basket qu’il va porter. Comme tous les ados, Il aime les jeux vidéos, regarder la télé et surtout les présentatrices de météo pour leur physique et imaginer des histoires d’amour torrides. Si Ben au départ tâtonne, très vite il noue avec Trev une belle complicité. Au fil des pages, on apprend petit à petit le passé de Ben.
Et Ben dont le poids de la culpabilité est immense et Trev abandonné par son père ont un projet insolite. Prendre la route pour aller voir le père de Trev et visiter des lieux incongrus. Débute un road-trip en minibus avec des personnages cabossés eux-aussi "j'héberge une ado en fuite, une mère célibataire enceinte jusqu'aux yeux et un gosse dans le coeur pourrait lâcher à tout moment ".

Entre humour, dérision et répliques ironiques, la sensibilité est bien présente comme les blessures des personnages. Drôle et touchant, ce roman sur la figure du père, la rédemption plaira à ceux qui aiment les livres de Marie-Sabine Roger même si l'écriture de Jonathan Evison est un peu moins savoureuse. Alors oui j’ai vraiment aimé ! 

Et cela peut paraître triste, voir pathétique, ce spectacle d'un crétin de père au foyer, incapable de travailler, qui vit aux crochets de sa femme , qui se tient à cheval sur la deuxième base, sur ses mauvais genoux, comme s'il venait de gravir l'Everest. Mais ça ne l'est pas. Ce qui est triste, c'est de ne pas pouvoir revivre ces moments. Ce qui est pathétique, c'est qu'après tout ce temps, j'essaie encore.

D'autres avis sur Babelio

samedi 9 juillet 2016

Bernard Wallet - Paysages avec palmiers

Éditeur : Tristram - Date de parution : Janvier 2016 ( 1ère parution : 1992) - 105 pages indélébiles.

Ne vous fiez pas au titre qui pourrait supposer un décor de vacances : soleil et mers bleues. La préface indique que ce texte est paru en 1984 dans une revue puis qu'il a été publié "dans sa forme définitive" une première fois chez Gallimard en 1992.
En 1976, Bernard Wellet était au Liban et plus exactement à Beyrouth.

Dès les premières lignes, on est plongé dans une ville où la guerre fait rage. Des images, des odeurs, des sons à fois témoignent en quelques lignes de l'horreur. Des scènes écrites non pas lorsqu'il était sur place mais après : "Je ne suis pas encore reparti de Beyrouth. Parfois, je me réveille la nuit au milieu d’atroces combats et je dois allumer ma lampe pour bien vérifier que je suis à Paris, rue Saint-Maur. J’écris pour quitter Beyrouth. J’écris pour que Beyrouth me quitte."
Beyrouth , ville qui l'obsède par ce qu'il y a vu, Beyrouth "sa maîtresse" , "Beyrouth qui lui manque".

De ce rapport obsédant avec cette ville, il n'oublie pas la mort omniprésente qui peut surgir : "Dans Beyrouth, la peur de la mort ne me quitte jamais. Mais c’est une peur qui m’emporte plus qu’elle ne me paralyse. Et il m’arrive parfois d’aller au-devant d’elle de crainte qu’elle ne me surprenne. Dans le dos."

 "J' écris ces souvenirs comme ils me viennent, sans ordre, sans logique" comme pour répondre au chaos de la destruction.Il nous fait part de l'atrocité d'une guerre sans pathos avec une écriture comme au couteau mais non dénuée de poésie.
Un texte qui n'a pas pris une ride, toujours d'actualité et qui donne des pages saisissantes et indélébiles.

Deux fillettes palestinienne ont été ruées par leur poupée. 
Le jouet était piégé. 

Liberté dans le meurtre.
Égalité dans le meurtre. 
Fraternité dans le meurtre. 


Beyrouth me manque 
Beyrouth est une tombe.

Merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture.

mercredi 6 juillet 2016

Anne Tyler - Les adieux pour débutant

Éditeur : 10-18 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneider - Date de parution : Avril 2016 ( 1ère parution : 2014) - 214 pages sans fioritures et émouvantes. 

Peu de temps après la mort de sa femme ( au cours un accident bête), Aaron voit sa femme Dorothy lui apparaître "Entendez-moi bien, je n'étais pas fou ou, pour le formuler autrement je me rendais parfaitement compte que c'était cinglé de voir une morte. Je n'avais cru que les mots revenaient sur terre (d'où ?), ni que les fantômes existaient, même dans mon enfance".
Couvée par sa mère durant son enfance puis par sa sœur car handicapé au niveau d’une jambe et d’un pied, Dorothy bien que médecin n’était pas une personne à s’apitoyer sur lui ou à le dorloter. Depuis le décès de Dorothy, il doit affronter la compassion de ses voisins, de ses collègues de bureau et de quelques amis. Or tout ce qu’il souhaite c’est qu’on se comporte normalement avec lui. Obligé d’aller habiter chez sa sœur, celle–ci se s'immisce dans sa vie. Aaron tente d’échapper aux autres et repense à son mariage.

Ce roman sur la perte d'un être cher évite tout pathos car Anne Tyler mélange la fantaisie, l’ironie au réel mais elle nous décrit également avec subtilité les différentes phases par lesquelles passe Aaron .
Un roman sans fioritures et émouvant.

Le billet de Cathulu ( merci!)
Lu de cet auteur : Le compas de Noé -  Une autre femme

lundi 4 juillet 2016

Vincent Message - Défaite des maîtres et possesseurs

Éditeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2016 - 304 pages brillantes dont on ne sort pas indemne

Avant d’entamer cette lecture, je ne savais absolument rien de ce livre hormis qu’il s’agissait d’un roman d’anticipation. Assez vague me direz-vous et un genre qui n’est pas spécialement ma tasse de thé. J’ai donc embarqué dans cette lecture en ignorant tout du thème.

L’action se déroule dans un futur indéterminé, des êtres venus d’ailleurs (on ne sait pas d’où) sont arrivés sur terre. Ils ont observé l’espèce humaine et leurs modes de vie. Puis ils ont pris le pouvoir, les êtres humains sont alors réduits à trois fonctions : "Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie; ceux que nous mangeons. " Iris l’être humain de compagnie de Malo a eu un accident. Gravement blessée, les autorités médicales médicales demandent à Malo le bracelet qui contient toutes les informations relatives à Iris. Mais il y a petit souci, elle n’en pas car elle est une clandestine à l’égard des lois. Malo le narrateur  raconte son travail actuel au sein d'un comité d'éthique où il défend une loi dans un hémicycle avec des politiques concernant la durée de vie des humains, son ancien travail où il contrôlait les élevages d’humains du début à la fin de la chaine c'est-à-dire jusqu'aux abattoirs (et là, j’ai dû m’accrocher ), ses doutes et son combat pour Iris.
Ce qui est frappant c’est que ce monde futuriste ressemble à notre monde contemporain : une hiérarchisation dans le travail où les moins qualifiés n’ont aucune aucune considération (la rentabilité et la productivité dominent), les modes de vie et leurs failles sont comme un calque des nôtres (ou presque). Et on a l'impression que Malo est un humain tiraillé.

Jamais Vincent Message ne se perd dans des dérives et c’est complètement addictif.
A travers Malo, il nous interroge sur des thèmes comme la clandestinité, les rapports de domination, d’exploitation et de possession.
Un livre indéniablement brillant, dérangeant et dont on ne sort pas indemne !

Jusqu'à quand une vie d'homme mérite-t-elle d'être vécue ? Qui peut savoir cela ? Qui a le droit d'en décider ? Nous sommes pris dans ce questionnement permanent, au comité d'éthique et les années passées là-bas ne m'ont pas donné les bonnes réponses, juste des manières moins grossière d'exposer les dilemmes.

Longtemps, je n'ai pas vu, quant à moi, pour quelles raisons alambiquées j'aurais dû me confondre en remords alors que je n'étais même pas né au moment des faits. Est-ce que l'on est censé défendre les actes de ses parents comme si on avait vécu avec eux et décidé comme eux ?

Les billets de Cuné, Keisha (qui renvoie à d'autres liens), Nicole

vendredi 1 juillet 2016

Rencontre d'Annie Ernaux chez Dialogues

Après être venue une première fois parler de son livres Les années à la librairie Dialogues en 2008, Annie Ernaux nous a fait le plaisir et l'honneur de revenir à l'occasion de son nouveau livre Mémoire de fille.
Il y avait énormément de monde  :  un public varié pas exclusivement féminin et de tout âge.
J'avais amené ma "bible" Ecrire la vie à faire dédicacer ( ainsi que des livre pour mes filles et des amies) et j'en ai profité pour lui dire (avec de l'émotion dans la voix) combien  ses livres m'avaient apportée.

Son œuvre est une approche socio biographique et elle ne cesse de l'exploiter.
Je n'ai retranscris ici qu'une partie de la rencontre et des questions (la rencontre sera bientôt sur le site de Dialogues)

Q : Qu'est-ce qui a vous permis d'écrire "Mémoire de fille" ?

R : Après avoir écrit "Les années", ce texte a germé ( en 1985 une ou deux pages d'écrites) et ensuite j'ai eu l'impression qu'il fallait absolument que j'écrive ce texte car il y avait comme un trou dans ma vie. Pour moi, la vie et l'écriture s'échangent sans cesse. S'il m'a fallu du temps, ce n'est pas une question de mémoire mais c'est comment écrire quelque chose qui s'est passé il y a presque cinquante ans. Comment écrire et comment rendre ce qu'on a vécu, le sentiment du réel au moment où je l'avais vécu. L'écriture des années m' a permis d'aller vers la dissociation du "je" et du "elle".

Q :  En quoi la dissociation vous permet d'aller plus loin dans l'exposition des faits et des actes ?

R : Ca a un  effet de dédoublement et d'observer sans aucune complaisance et de mettre fin à tout sentiment. C'est une question de se mettre dans ce corps de l'époque en balayant ce qu'on sait ce qui va arriver.

Q : En ressuscitant cette fille de 58 et sa honte de fille, est-ce qu'avec ce livre vous souhaitiez toucher quelque chose de la condition  féminine ?

R : Le titre est "Mémoire de fille" et non Mémoire d'une fille car à l'époque les garçons avaient l'injonction non dite d'être des hommes le plus tôt possible alors que les filles avaient l'injonction de rester vierges jusqu'à leur mariage.

Q : Avec ce livre, vous avez "réintégré" cette fille de 58?

R : Je l'ai ressuscitée ainsi que tous les autres. Ressusciter cette année là, cette fille avec les autres. Les autres nous traversent d'une façon ou d'une autre et ont une influence sur nous.

Un immense merci  à Dialogues pour cette rencontre exceptionnelle et marquante !



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