vendredi 22 avril 2016

Gwénaëlle Aubry - Lazare mon amour

Éditeur : L'Iconoclaste - Date de parution : Janvier 2016 - 76 pages d'une beauté  aérienne 

Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. "
De la poétesse Sylvia Plath, je ne connaissais que les grandes lignes de sa vie comme sa mort voulue à l’âge de trente ans en 1963. Avec cet essai, Gwénaëlle Aubry non seulement nous permet d’en apprendre plus sur cet auteur mais également sur sa vie, sur son rapport à l’écriture et sa production littéraire.

D’emblée, on ressent combien Gwénaëlle Aubry a été touchée par Sylvia Plath, par la femme dans son rôle d’épouse, de mère, de fille. Toutes ces facettes ont influencé la poétesse pour qui «l’écriture est l’unique salut». Ce texte n’est pas une simple biographie, Gwénaëlle Aubry intercale des extraits des écrits (poèmes, journaux intimes, lettres) de Sylvia Plath, décrit des photos et les situent dans le vie de cette dernière. De sa première tentative de suicide à son mariage avec Ted Hughes, de la solitude à l‘amour qu’elle portait à ses enfants, des succès littéraires de son époux pendant qu’elle essuyait des refus ( « Mais elle offre à Ted l’argent qu’elle gagne, le temps qu’elle perd »), de l'infidélité de son mari à son envie de réussir à concilier son rôle de mère et d’auteur reconnu, la vie de Sylvia Plath est décrite avec un prisme de sensibilité sans égal même pour parler des nombreuses douleurs.  Sans être dupe, Sylvia Plath a écrit : « Je suis horrifiée de rejoindre l’expression du rêve américain dans mon désir d’avoir une maison et des enfants » et de prendre en modèle sa mère « et derrière lui en renfort, toute la cohorte-des-mères-épouses exemplaires, des douces-amères résignées". Dans ces années corsetées pour les femmes,  il fallait du courage et Sylvia Plath en avait.

L’inscrire dans notre époque « après tout, Sylvia Plath est notre contemporaine » et de chercher en elle « le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je ne veux pas la lire à travers sa mort (et donc pas non plus à travers le récit de sa vie). Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi» et à travers elle de retourner le miroir et nous le tendre : « c’est ce qui, de l‘écriture, peut perdre autant que sauver, peut perdre après avoir sauvé. Car écrire, si l’on en fait des livres, ce n’est pas se délivrer : c’est se livrer, pieds et poings liés."

Cet essai m’a donnée le sentiment d'avoir côtoyée Sylvia Plath. Et vous l’aurez compris, les émotions sont palpables.
Gwénaëlle Aubry signe ici un texte fort, d’une beauté aérienne et un très bel hommage à Sylvia Plath. Car il faut admirer et respecter quelqu’un pour en parler ainsi avec son cœur. Comme pour ne pas juger et retransmettre ses émotions avec pudeur et simplicité.

Lu de Gwénaëlle Aubry : Partages

9 commentaires:

Delphine Olympe a dit…

Je ne connais Sylvia Plath que de nom... Sans doute un beau portrait de femme...

Bonheur du Jour a dit…

Très intéressant. J'aime beaucoup Sylvia Plath, bien sûr, mais je suis intéressée par ce livre de Gwenaëlle Aubry que j'avais découverte il y a deux ou trois ans au moment du Goncourt des Lycéens. J'avais aimé son écriture.

Clara Et les mots a dit…

@ Delphine- Olympe : très beau, oui et sur la condition sociale des femmes dans les années 50.

@ Bonheur du jour : j'ai trouvé très belle son écriture, j'ai été plus que touchée ! Un livre très fort.

Gambadou a dit…

Sylvia Plath est une personne que je connais peu et que j'ai envie de découvrir. Alors pourquoi pas avec cet ouvrage ?

zazy a dit…

J'aime bien l'écriture de Gwénaëlle Aubry, alors je note ce titre

antigone a dit…

Je te conseille aussi alors "les femmes du braconnier", très beau texte de Claude Pujade-Renaud. On y apprend beaucoup sur Sylvia Plath aussi, et d'ailleurs depuis elle me fascine... Forcément, ce livre m'interpelle donc.

Les Livres de Joelle a dit…

Un livre qui me tente bien.

Melanie B a dit…

Je suis ferrée par ton billet, tiens ! Pour commencer j'éprouve une certaine fascination pour Sylvia Plath, et je serais curieuse de la découvrir à travers les yeux de G. Aubry (dont j'ai lu "Personne" il y a quelques années).

Clara Et les mots a dit…

@ Gambadou : je trouve que cet assai est parfait pour une première approche de Sylvia Plath.

@ Zazy : j'ai été plus que touchée !

@ Antigone : Merci!!!

@ Les livres de Joelle : il est court mais très intense.

@ Mélanie B: cet essai est pour toi alors !

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