dimanche 14 février 2016

Evan S. Connell - Mrs. Bridge

Editeur : Belfond - Traduit de l'américain par Clément Leclerc - Date de parution : Janvier 2016 (première parution : 1959) - 360 pages à découvrir.

Avec ce roman, nous entrons dans l'intimité de Mrs. Bridge. S’il y a très peu de pages sur son enfance et son adolescence, la vie de l’épouse, de la mère au foyer constituent l'essentiel.
Nous sommes à Kansas City dans les années 1920-1930 lorsqu'elle se marie. Son époux avocat passe beaucoup de temps à son cabinet. Mrs. Bridge s’occupe tout naturellement de l’éducation de leurs trois enfants et veille au confort domestique. Les bonnes convenances et son manque de confiance font que Mrs. Bridge se noie facilement dans un verre d’eau. Incapable de prendre une décision par elle-même ou d’avoir un jugement, elle se range du côté des idées de son mari. Bien sûr, elle a des amies mais jamais elle ne se confierait à l’une d’entre elles. Que ce soit la lecture ou l'apprentissage d’une langue, elle a le don d’abandonner très vite tout ce qu'elle entreprend.
Les enfants grandissent et Mrs. Bridge s’ennuie de plus en plus souvent. Et par cette faille, les questions existentielles surgissent.

En 117 courts chapitres, l’auteur nous dépeint des situations de la vie de Mrs. Bridge. Alternant des scènes assez drôles (notamment avec ses enfants ou des personnes de la bonne société), ironiques mais également d’autres où l’on ressent ses angoisses.
Avec une écriture où l’observation est très fine, Evan S. Connell nous dresse un portrait très réussi de cette femme dans son contexte.  Ce roman possède un charme suranné mais il sait également nous toucher et j’ai éprouvé de l’empathie pour Mrs.Bridge.

 - Vous n'avez donc pas d'opinion personnelle ? Lui demanda Mabel en prenant un air menaçant. Mon dieu, réveillez-vous ! Nous avons été émancipées, que diable, continua-t-elle en se balançant d'avant en arrière, les mains derrière le dos, les sourcils froncés et le regard fixé sur le tapis du club.
- Vous avez certainement raison, s’excusa Mrs. Bridge en évitant discrètement le ruban de fumée qui s'échappait de la cigarette de Mabel. Mais vous ne trouvez pas difficile de savoir que penser ?

Elle passait de longs moments à regarder dans le vide, oppressée par un sentiment d'attente. Attente de quoi ? Elle ne savait. Quelqu'un allait venir, quelqu'un avait sûrement besoin d'elle. Mais chaque jour passait comme celui qu'il avait précédé. Rien d'intense, rien de désespéré n'arrivait jamais. Le temps ne passait pas. La maison, la ville, le pays, la vie même étaient éternels pourtant elle avait le pressentiment qu'un jour, sans avertissement et sans pitié, tout ce qui lui était cher, tout ce qui comptait pour elle serait détruit. Ainsi, de temps en temps, ses pensées, se faisaient-elles, par des voies détournées, plus profondes, descendant en spirale en quête de l'ultime sanctuaire, en quête d'une vie plus immuable que celle qu'elle avait transmise à ses enfants en les mettant au monde.

Les billets de Kathel, Mimi, Nicole, Orzech

Merci à Babelio !
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