vendredi 31 octobre 2014

Marie-Aimée Lebreton

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Août 2014 - 125 pages justes et belles !

Ce n'est pas au nombre de pages que l'on peut mesurer la puissance, le force et la beauté d'un texte. Car certains par l'écriture touchent, racontent, nous font vibrer et Cent sept ans en fait partie.

De sa Kabylie natale, Nine ne garde aucun souvenir. Son père a été tué là-bas alors que sa mère Madame Plume était enceinte d'elle. L'amour de ses parents dérangeait "il était algérien, Madame Plume était française" en ces temps de guerre. Puis sa mère a été contrainte de fuir, de s'exiler dans le nord de la France avec elle. Laisser le soleil, la douce Fatma pour un deux pièces dans une région inconnue. Nine réclame que sa mère lui raconte avant mais elle ne veut pas, veut balayer ces images. Et Nine rêve de ce père, de ce pays inconnu qui font partie d'elle. Toujours de ne pas dire l'Algérie, taire ses origines comme si elles étaient honteuses.Un quotidien rapidement marqué par les exercices de piano. Madame Plume a décidé pour Nine qu'elle en jouera et qu'elle fera même sa profession. Comment ne pas réveiller chez sa mère les douleurs tout en se construisant avec ce qui lui manque ?

Un roman sur l'exil, sur une renaissance également à l'écriture poétique avec une justesse et une précision dans les mots choisis. Un texte fort et beau !  
Un livre qui pour certains aspects ( je dis bien certains) m'a rappelée "Ca t'apprendra à vivre" de Jeanne Benameur.

Il fallait admettre que l'Algérie fût cette terre de rires et de larmes au cœur des femmes aux visages allongés. Elle portaient à leurs bras des colliers de perles et des rêves de princesse toujours recommencés. La force d'aimer, ici peut-être plus qu'ailleurs, rappelait qu'en ces lieux, survivre était le prix à payer pour ne pas perdre la mémoire. La guerre avait arraché des pans entiers de souvenirs, de ses liens essentiels que nous entendons au premiers chants de l'aube.

Les billets de Mimipinson, Zazy

mercredi 29 octobre 2014

Rencontre avec Marie-Sabine Roger


Tralala, hier j'ai eu l'immense chance de rencontrer Marie-Sabine Roger venue à Dialogues. Et ce moment, je l'attendais depuis très, très longtemps !

Bonheur total : j'ai pu discuter avec elle en tête-à-tête durant une heure avant son intervention devant un public de lectrices/lecteurs fidèles. Nous avons échangé autour des livres, de nos lectures (et d'autres points).

Marie-Sabine Roger est d'une bienveillance entière et sincère. Elle possède de l'humour, une énergie communicative et de l'humilité.

Une belle rencontre et des étincelles dans les yeux et dans le coeur...

Merci à Laurence et à Adèle !

mardi 28 octobre 2014

Nickolas Butler - Retour à Little Wing

Éditeur : Autrement- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mireille Vignol - Date de parution : Août 2014 - 445 pages à lire ! 

Ils sont quatre amis devenus trentenaires et ont tous grandi à Little Wing une petite ville au cœur du Wisconsin. Hank y vit toujours, il s'est marié à Beth et ils tiennent une exploitation agricole qui vivote. Ronny a connu la gloire, les tournées. Suite à un accident, cet ancien champion de rodéo a gardé des séquelles mais Hank et Lee veillent sur lui. La plupart du temps absent, Lee est une rock-star. Il parcourt le monde pour donner des concerts mais il revient à Little Wing sa terre natale pour se ressourcer et retrouver la simplicité, ses amis. Kip l'ancien trader a tout quitté et a investi son argent pour transformer la vieille fabrique désaffectée. A l'occasion de son mariage, tous sont réunis.

Voilà un très bon roman sur l'amitié, l'attachement à la terre natale, les liens plus ou moins indéfectible noués depuis l'enfance. Enfants puis adolescents, ils rêvaient tous de partir de Little Wing. Hank est le seul à y être resté pour toujours. Sa femme Beth et lui se sont connus au lycée, et ils ont fondé une famille heureuse. Ronny a joué avec le feu, a bravé le danger et sa carrière dans le rodéo est derrière lui. Tous le surveillent et ont tendance à la materner. Ronny a toujours idolâtré Lee. Ce dernier est peu bavard, il sait qu'en venant à Little Wing il peut laisser sa panoplie de star derrière lui sans être importuné. Kip s'est senti toujours un peu exclu du groupe et cherche toujours à impressionner les autres.
Dans ce roman choral où tous prennent la parole y compris Beth, le mariage de Kip sera le déclencheur qui va modifier le cours des choses. Et plus encore.

On ne peut être que touché par cette lecture car l'amour, l'amitié, tout ce sur quoi on bâtit sa vie sont omniprésents et très bien décrits.
On se sent bien dans ce livre  qui dégage une bienveillance palpable et authentique! Les ressentis des personnages nous collent à la peau tout comme la ville de Little Wing.
Nickolas Butler nous offre un bel hymne d'amour sur cette Amérique, ses gens qui la composent et un beau premier roman !

On pense que l'univers est stable, qu'il se déploie dans l'espace sous nos pieds, jour et nuit, au grand soleil ou sous la pluie. Puis un jour, on décroche de la planète et on part à la dérive dans le cosmos, où tout ce qu'on croyait vrai - toutes les lois qui régissaient nos vies avant, toutes les règles  et les normes qui cimentaient les choses et qui nous tenaient en place–, tout a disparu. Plus rien n' a de sens. L'apesanteur a disparu. L'amour a disparu.

Les billets de Céline, Hélène,  Kathel, MimipinsonSandrine, Un autre endroit

samedi 25 octobre 2014

Benjamin Wood - Le complexe d'Eden Bellwether

Éditeur : Zulma - Traduit de l'anglais par Renaud Morin - Date de parution : Août 2014 - 496 pages qui ne se lâchent pas ! 

Aimanté par le son de l'orgue provenant d'une chapelle du campus de Cambridge, Oscar un jeune aide­ soignant dans une maison de retraite va faire la rencontre de la belle Iris Bellwether et de celui qui joue ainsi à la perfection. Eden le frère d'Iris est un jeune homme talentueux, narcissique et arrogant. Frère et soeur sont issus d'une famille très aisée et sont très liés. Tous deux ont un cercle très fermé d'amis qui vénèrent Eden. Oscar et  Iris entament une relation amoureuse qu'Eden voit d'un mauvais oeil. Passionné de musique baroque, il  est persuadé du pouvoir guérisseur de la musique et de l'état de transe hypnotique qu'elle provoque. Et Oscar se retrouve au centre d'une expérience qu'Eden a organisé.

Eden dont la personnalité intrique Oscar est-il un génie ou un malade manipulateur? Oscar se sent souvent mal à l'aise : il n'a pas fait d'études et a déserté la maison familiale dont le son statut est à l'opposé de celui des Bellwether. Pourtant Oscar est introduit dans ce cercle de brillants étudiants. Fait surprenant, Iris lui demande de l'aider à démontrer la défaillance de la santé mentale de son frère. Et ces presque 500 pages se lisent d'un traite comme un thriller psychologique ! 

Aucun temps mort pour ce roman où l'on est est en permanence sur un fil entre la folie, l'irrationnel et les doutes. Ajoutez-y un psychologue âgé et condamné par la maladie, une analyse très fine des relations et du pouvoir qu'un individu peut prendre sur les autres, des événements inattendus, une ambiance qui vous ferre, bref il est impossible de ne pas succomber au charme de ce livre qui agite en permanence des questions dont on aimerait connaître les réponses ( comme qui manipule qui).
Et même si ce premier roman souffre de quelques petits défauts dont une fin qui n'est pas à la hauteur de l'ensemble, il n'empêche que je me suis régalée ! 

Beaucoup de billets sur ce roman donc je vous renvoie à Babelio et à Libfly

mardi 21 octobre 2014

Laurent Mauvignier - Autour du monde

Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2014 - 384 pages saisissantes !

Après Dans la foule, je continue avec Laurent Mauvignier et son nouveau roman. Comme Dans la foule, un événement qui s'est réellement produit est eu coeur de ce roman. Mais ici le tsunami de mars 2011 qui a dévasté une partie du Japon est le fil conducteur. Un voyage autour du monde en cette date précise où les personnages apprennent cette information par les médias.

Si le roman débute par deux victimes de cette catastrophe qui la vivent, les personnages suivants sont en mer du Nord pour une croisière. En quatorze lieux du globe, on pénètre dans des existences qui elle-aussi vont subir d'une façon intime des tremblements, des secousses. Au lieu de séparer l'ensemble en chapitres, ce livre est un ensemble où Laurent Mauvignier glisse avec aisance et fluidité des personnages présents à ceux qui vont être ceux du prochain tableau.
Des quotidiens qui dérapent, des hommes ou des femmes qui reçoivent l'information à des degrés différents. Certains sont effarés, d'autres y prêtent peu ( ou pas) d'attention ou d'autres encore n'y croient pas. Tous ne sont pas chez eux à ce moment précis. En vacances pour la plupart, voyage d'affaire ou déplacement humanitaire, quête personnelle et familiale, ou encore ils travaillent dans un autre pays "Monsieur Arroyo vit à Dubaï depuis trop longtemps, il n'est pas un touriste - à moins que le tourisme ce soit se sentir à côté des autres, en spectateur, en invisible?". Et si certains des tableaux peuvent apparaître courts ou d'une importance moindre, et bien "peu importe, ça sonne vrai , comme un riff de guitare" et intégrés dans l'ensemble, ils ont leur place.

Tout simplement remarquable ! Et ici l'écriture habite les espaces, elle nous fait toucher du doigt l'intime comme l'universel.  

Merci Cuné!

lundi 20 octobre 2014

Laurent Mauvignier - Dans la foule

Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : 2009 - 427 pages indélébiles...

A Bruxelles en 1985, la finale lors de la coupe d'Europe des champions va tourner au drame. Ce match qui oppose Liverpool à la Juventus de Turin sera nommé plus tard et pour toujours le drame du Stade du Heysel. Laurent Mauvignier commence le récit avant le match, avant l'arrivée à Bruxelles de ses personnages. Jeff et Tonino venus de France, Geoff et ses deux frères aînés de Grande-Bretagne, Tana et Francesco des italiens qui viennent de se marier et qui sont en voyage de noces. Gabriel et Virginie de Bruxelles qui n'en reviennent toujours pas d'avoir des billets. Tous ressentent une effervescence d'assister à ce match si important et ce sentiment entre fierté et orgueil d'y être contrairement à d'autres. Une foule, une marée humaine se presse à Bruxelles. Certains sont là pour l'amour du foot d'autres y sont avec une rage et une violence.

Dès le départ, on sait que ce 29 mai 1985 restera graver dans les mémoires. Qu'il y aura des centaines de blessés, des gens piétinés, écrasés contre des barrières et un bilan de 38 morts. Un roman roman polyphonique où chacun prend la parole et l'on ressent l'excitation d'avant le match, la joie. Puis la peur et la cohue du drame Et puis il y a eu cette chose qui est arrivée, cette chose que l'Europe entière a vue en croyant ne pas la voir. Les cris étourdissants qui serrent, empoignent comme les corps les uns contre les autres, les pensées de chacun éparpillées, tétanisées devant l'ampleur de que qu'ils vivent. Pourront-ils se reconstruire après? Reprendre leur existence et gommer ce jour ? Et ce livre est terriblement oppressant car il nous immerge dans ce drame. Laurent Mauvignier dépeint ces vies définitivement modifiées, les consciences lestées de remords. Il n'endosse pas le rôle de juge en nous décrivant les holligans, les forces de l'ordre dépassées. Toutes les erreurs et défaillances ressurgissent dans ce livre qui met au premier plan l'humain.
Une lecture qui bouscule et inoubliable par sa force à décrire l'intime...  

Et dès qu'ils arrivent dans la lumière du dehors c'est comme s'ils couraient après leurs voix, leurs cris loin devant eux , devant leurs corps tuméfiés, je me dis, moi, tremblotant les jambes molles, les oreilles bourdonnent,  quand j'entends ces mots dans ma tête, disant qu'ils sont devenus fous, et, quoi ? de l'autre côté ils reviennent d'où, et, merde, merde ! arrêtez ! arrêtez ! arrêtez vous ! qu'est-ce que c'est ? Ils déboulent par centaines, les uns sur les autres. Je voudrais parler et dire arrêtez-vous, expliquez-moi mais non, c'est là, devant, ça grossit encore – tout à coup je comprends que je n'ai rien vu. Le pire est à venir, impossible, impensable. Et toujours cette violence qui dévaste jusqu'à la possibilité de trouver les mots pour la dire,

Lu de cet auteur : Loin d'eux

vendredi 17 octobre 2014

Rebecca Makkai - Chapardeuse

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Samuel Todd - Date de parution : Août 2012 - 368 pages bourrées de punch ! 

Lucy presque trentenaire est bibliothécaire au rayon jeunesse  dans une petite ville du Missouri. Elle a un lecteur assidu Ian Drake âgé de dix ans. Mais la mère de celui-ci contrôle ses lectures. D'ailleurs, elle a donné à Lucy une liste de ce qu'il peut lire ou non. Car ses parents sont des chrétiens fondamentalistes homophobes. Lucy apprend par Ian que ses parents l'obligent à suivre des cours d'un genre particulier avec un pasteur. Pour eux, Ian présente des tendances homosexuelles et doit être remis sur le droit chemin...Lucy aide Ian comme elle le peut en lui prêtant des livres (interdits par sa mère). Mais tout se complique quand elle découvre un matin que Ian a dormi à la bibliothèque et a fugué de chez lui.

Lucy pourrait ramener Ian à ses parents mais Ian l'oblige à l'amener avec elle. Sinon il dira qu'elle l'a volontairement enfermée et qu'elle avait tout planifié. Tous deux partent donc sur les routes sans but véritable. Tiraillée par sa conscience ( elle s'imagine déjà en prison), cette fille d'émigrés russes pense aux histoires racontées par son père. Elle a bien du mal à croire à ses explications sur sa fuite de l'Union Soviétique entendues depuis son enfance et se demande ce que va lui réserver son escapade bien particulière.

Ce roman aborde la notion d'identité, d'appartenance, de l'homosexualité et de l'échappatoire que sont les livres, comment ils permettent de nous construire et d'avoir nos propres jugements. Lucy possède de l'auto-dérision et de l'humour comme je les aime.
Même  s'il n'est pas parfait, ce premier roman  déborde de punch et fait passer un bon moment ! 

A noter, pour le dossier, ma constitution génétique indiquant une légère prédisposition aux comportements criminels, une propension héréditaire à la fuite, et une caution chromosomique de l'auto-flagellation éternelle.

mercredi 15 octobre 2014

Julia Deck - Le triangle d'hiver

Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2014 - 174 pages et un sentiment partagé... 

Au Havre, Mademoiselle est sans travail et sans argent, elle décide de devenir Bérénice Beaurivage. Après tout, elle ressemble à Arielle Dombasle. Une nouvelle identité et désormais elle sera romancière comme l'actrice dans le film  "les romancière ignorent les réveils à l'aube pour emprunter d'épouvantables transports en commun".  Elle quitte Le Havre pour une autre ville portuaire Saint-Nazaire. Même ambiance mais l'argent manque. On peut s'inventer romancière et ainsi faire table rase de son passé mais il faut quand même pouvoir se loger, se vêtir et manger. Heureusement, elle fait la connaissance d'un inspecteur des navires et s'éprend de lui. Il gagne bien sa vie, Bérénice ne le quitte plus. Elle ne veut pas lui montrer ses écrits en cours, petit caprice d'écrivain, et erre sur la journée dans cette ville. Elle ment, vole, se glisse avec délice dans sa nouvelle vie. Mais, une journaliste est proche de l'inspecteur. Trop proche pour Mademoiselle qui y voit une rivale. Elle s'invite avec lui à Marseille mais notre inspecteur commence à avoir quelques doutes...

Comme dans Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck met en scène une femme dont on ne connait pas le passé. Mademoiselle est fantasque, elle s'imagine fuir la réalité et ses problèmes en se créant un nouveau personnage. Et on est pris dans l'écriture de Julia Deck, aussi précise pour décrire la géographie des villes que les pensées de Mademoiselle,  une écriiture piquante et relevée. On sait que l'auteure essaie détourner notre attention pour mieux nous surprendre par la fin. Et l'on suit ce trio à l'affut d'indices. Surprise : la fin de ce roman nous laisse interrogatif. A t-on raté quelque chose ? Et l'envie de le reprendre depuis le début se montre impérieuse pour comprendre.

Julia Deck joue avec son lecteur à la perfection mais je suis partagée car si j'ai aimé retrouvé son style unique, un peu de nouveauté par rapport à "Viviane Elisabeth Fauville" aurait été le bienvenu. 

Le billet de Sandrine. Merci Cath !

lundi 13 octobre 2014

Gaëlle Josse - Le dernier gardien d'Ellis Island

Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Septembre 2014 - 167 pages et un arc-en-ciel d'émotions !

Novembre 1954, Ellis Island va fermer ses portes définitivement dans quelques jours. Un lieu qui a vu des des millions d'hommes et de femmes venus chercher le rêve américain. Autant d'étrangers qui devaient y transiter avant le verdict final : admis sur le sol américain ou rejetés. John Mitchell le dernier gardien d'Ellis Island est encore sur l'île. Les bâtiments gardent la trace de ces migrants, jeunes ou plus âgés, fatigués mais espérant qu'ils pourront débuter une nouvelle vie.

Et John Mitchell se souvient et écrit dans son journal. De son arrivée sur l'île où il a passé en tout quarante années. De simple gardien, il est passé directeur. Le bonheur de trop courte durée avec sa femme Liz rencontrée sur l'île et qui y mourut. Puis sa relation ambiguë avec Nella une jeune sarde. Un homme dont la conscience n'est pas tranquille. Et il revient sur tous ces hommes et ces femmes avec les procédures établies par les services d'immigration : les questions posées, l'examen médical et l'appréhension de la sentence. Des familles qui seront déchirées, refoulées ou admises. Un directeur qui applique les règles et l'homme qui paraissait froid, distant nous apparait sous une autre facette. Celle d'un être humain avec ses émotions et ses failles et qui a commis des erreurs.
Gaëlle Josse nous offre un très beau livre sur l'exil et rend hommage à tous les migrants avec finesse et sensibilité. Sans pathos et en leur rendant une dignité souvent oubliée... 

Oui, c'est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entrepôts immondes d'où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs. Je les revois. On parle toutes les langues ici. C'est une nouvelle Babel, mais tronquée, arasée, arrêtée dans son élan et fixée au sol. Une Babel après son anéantissement par le Dieu de la Genèse, une Babel de la désolation, du dispersement et du retour de chacun à sa langue originelle.

Beaucoup de billets sur ce livre aussi je vous us renvoie à Babelio  et à Libfly.

Lu de cette auteure : Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordées

dimanche 12 octobre 2014

Wally Lamb - Nous sommes l'eau

Éditeur : Belfond - Traduit de l'américain par Laurence Videloup - Date de parution : Août 2014 - 684 pages et une lecture plaisante mais sans plus...

Après 27 années de mariage avec Orion, Annie Oh est sur le point d'épouser Viveca la galeriste qui expose ses oeuvres. Une carrière d'artiste débutée alors que ses trois enfants étaient encore petits et qu'elle réalisait ses créations chez elle. Orion psychologue a toujours passé beaucoup de temps à son travail. L'annonce de son mariage a été un choc pour Orion, Andrew son fils militaire et infirmier très croyant s'y est opposé. Sa jumelle l'a accepté et pour Marissa la cadette extravertie, la nouvelle vie de sa mère ne pose aucun souci.

Dans ce  roman polyphonique, chacun des membres de l'ancienne famille Orion prend la parole. Annie est nerveuse. Le fait que la mariage doive avoir lieu à Three Rivers la ville où elle a grandi et vécu avec Orion l'angoisse. De la mère qu'Annie a été  avec ses enfants à l'incompréhension d'Orion face au changement de vie d'Annie, on découvre des choses pas très jolies : maltraitance, viol, pédophilie, alcoolisme.... Et c'est là que j'émets un bémol car c'est à mon goût un peu de trop.

Mais ce roman incorpore des questions sur l'homosexualité et sur la famille dans l'Amérique d'aujourd'hui. Et sur ce dernier point, certains passages sont criants de vérité et touchent au cœur !
Sans être le livre de l'année,  cette fresque familiale a des atouts (pas de bons sentiments à la pelle), des personnages attachants mais aussi quelques défauts. 

- Eh bien, au moins tu n'es pas irlandaise, a fait remarquer Annie. Avec toute culpabilité catholique et ce blabla de bons sentiments pour cacher ce que l'on pense vraiment.

vendredi 10 octobre 2014

Serge Joncour - L'écrivain national

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2014 - 390 pages chaleureuses ! 

Dans ce roman, le narrateur est écrivain et s'appelle Serge ( hasard ou non?). Il est invité en résidence d'écriture durant quatre semaines à Donzières une petite ville du Morvan. Logé à l'hôtel où la propriétaire l'entoure de gentillesse et de considération, il doit animer quelques ateliers sous les ailes protectrices d'un couple de libraires. Lors du discours inaugural, il est appelé l'écrivain national (avec un trait d'ironie) par monsieur le maire devant la population présente.

Il apprend dans le journal local qu'un homme âgé riche a disparu et que les soupçons se portent sur un jeune couple Aurélik et Dora arrivées depuis peu. Il s'agissait des plus proches voisins du disparu et tout le monde les considère comme des marginaux. Preuve accablante : une forte somme d'argent a été trouvée en possession d'Aurélik. Au lieu de penser au feuilleton qu'il doit écrire pour le journal ou de se focaliser sur ses différents ateliers et de les préparer, notre écrivain s'intéresse à cette affaire. La photo de Dora l'attire comme un aimant.
On est loin de l'idée d'un écrivain comme on pourrait se l'imaginer : pointilleux, sûr de lui. Et notre écrivain pose des questions ce qui déplait et dérange. Au lieu de rester à la place qui lui est attitrée, il vadrouille dans les bois, arrive en retard à ses rendez-vous pour affronter des lectrices qui démontent un de ses romans, il se fait remonter les bretelles par le libraire.
On se prend de sympathie pour lui dès le départ : mal à l'aise, un peu maladroit mais franc et un brin naïf.

Un roman qui interroge sur le rôle de l'écrivain, qui en plus joue habilement sur le terrain du genre policier et nous offre un portrait brossé d'humour et de justesse des petites villes de province.
Et dans les descriptions, les ressentis, j'ai retrouvé le Serge Joncour rencontré aux Escales de Binic avec qui j'avais discuté un peu. Un écrivain un peu timide qui n'essayait pas de me vendre ses livres, qui balbutiait un peu et loin, très loin d'être orgueilleux.
Un bonheur réjouissant et un livre chaleureux !

Chaque fois que je me retrouve dans une bibliothèque pour une rencontre je suis partagé entre la total reconnaissance et la crainte de décevoir.

En lisant un auteur, même s'il ne parle pas de lui dans son livre, on le sent partout à travers les lignes, on est tout le temps avec lui. Et moi, avec ce que j'ai vu de vous dans vos livres, je sais que je peux avoir confiance en vous. 

Les billets de Cuné, DelphineEstelle Calim, l'IrrégulièreSandrineSéverine

Lu de cet auteur : L'amour sans le faire

mercredi 8 octobre 2014

Sophie Divry - La condition pavillonnaire

Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Août 2014 - 263 pages justes...

Elle s'appelle M.-A. et est fille unique de parents de condition modeste. Une enfance banale puis l'adolescence. Elle qui était fière honte du métier de son père en a désormais honte et trouve ringard ses parents. Vient le temps de la fac et la découverte de la ville, des soirées entre amis. Et lors d'une de ces soirées, elle rencontre François.

La suite pourrait-on dire coule de source. Ils aménagent ensemble, trouvent tous les deux un emploi, se marient et achètent une maison à crédit. Nous sommes à la fin des années 70 et M.-A. semble tenir le bonheur entre ses mains. Le premier enfant puis le second. Et la routine qui s'installe. M.-A. se rend compte qu'il manque quelque chose à sa vie, mais quoi ? Elle trouve du piment dans une relation adultérine, s'éprend follement de cet homme qui elle le croit va tout quitter pour elle. Sauf que pour lui ce n'était qu'une aventure de quelques mois. La dépression devient sa compagne, les enfants grandissent et quittent le nid familial, ses parents vieillissent. Et M.-A. cherche toujours comment remplir ce vide en elle. Prisonnière de son quotidien. On suit M.-A. jusqu'à son dernier souffle, on l'accompagne même. Car la narration à la deuxième personne du singulier, ce tutoiement nous fait pénétrer dans l'intime de M.-A. ancré dans un contexte social. On la voit s'ennuyer, accumuler les désillusions alors que les années continuent de s'écouler.

Il est impossible de ne pas penser à Annie Ernaux lors de cette lecture. Et même si le ton est quelquefois désabusé, ironique, ce livre si juste touche et  titiller (en faisant mal).  
Une lecture qui m'a laissée un goût mélancolique comme si malgré les changements d'époque certaines destinées semblent malgré tout formatées...

Tes yeux se posèrent sur la porte de réfrigérateur, automatiquement ton esprit se mit à faire une liste, tu savais ce qu'il manquait sur les étagères, des yaourts à boire , du beurra à tartiner, tu pensas ensuite au trajet vers le supermarché ce samedi avec tes deux enfants sur la banquette arrière. Car ce serait à l'avenir toujours la même chose, toujours ses matinées et ses repas, toujours en famille, ce souci constant des autres… tu étais donc condamnée à cela, toi, à tout jamais leur mère. 

Lu de cette auteure : La cote 400

mardi 7 octobre 2014

Taiye Selasi - Le ravissement des innocents

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter - Date de parution : Septembre 2014 - 365 pages et un avis mitigé... 

Tout commence par la mort de Kweku Sai. Cet ancien chirurgien qui travaillait aux Etats-Unis a abandonné du jour au lendemain sa famille et est reparti dans son pays natal le Ghana. Sa femme et ses quatre enfants ont dû apprendre à vivre et à se débrouiller sans lui. Viré de son boulot sous prétexte d'une faute professionnelle, Kweku n'a pas digéré cette injustice. Ce père de famille ne se voyait pas rentrer humilié au sein de son foyer. L'Amérique a pourtant vu naître ses enfants et  son ascension professionnelle. Il laisse des enfants qui l'admiraient et le respectaient tout comme Fola son épouse d'origine nigériane.

Ce départ verra l'éclatement de la fratrie, chacun essayant de suivre son chemin. L'aîné marchera dans les pas de son père en terme de carrière, les jumeaux si proches se perdront de vue. Et Sadie la petite dernière aura du mal à quitter sa mère.
Roman construit de façon éclatée, on suit par bribes les existence des uns et des autres jusqu'à leurs retrouvailles pour les funérailles de Kweku. Taiye Selasi nous fait donc voyager des Etats-Unis en Afrique, elle nous plonge dans les pensées et les souvenirs de chacun.

Alors oui, les liens de la famille sont passés au scalpel mais j'ai trouvé qu'il manquait de l'émotion, des sentiments. On comprend toute la signification du titre dans le dernier quart du livre où des scènes sont très dures à la limite du soutenable.
Une lecture sans déplaisir mais j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages...

lundi 6 octobre 2014

Hélène Gestern - Portrait d'après blessure


Éditeur : Arléa - Date de parution : Septembre 2014 - 232 pages à lire! 

Olivier et Héloïse vont aller déjeuner et ils ont pris le métro comme tant d'autres. Mais une bombe explose. Olivier secourt Hélène alors qu'ils sont pris en photo par un  journaliste. Sans qu'ils aient demandé ou accepté, ils se retrouvent sur papier et sur écran à la vue de tous.

Blessés et choqués, ils vont devoir en plus affronter les dégâts causés dans leurs vies personnelles. Amenés à travailler ensemble sur des reportages, leur collaboration a vu naître un sentiment amoureux entre eux. Et ils étaient sur le point d'en parler au moment de l'explosion. Ni leurs conjoints, ni leur entourage ne s'est douté de quelque chose. Mais ce pan intime ne leur appartient plus. La photo a tout brisé. Ils sont passés du côté de la barrière publique. Des regards aux sous-entendus, ils sont soupçonnés par tous. Mais ils veulent retrouver leur dignité balayée. Commence un combat où ils se heurtent au droit à l'information, à la puissance médiatique. Dans le récit d'Olivier et d'Héloïse, s'ajoutent des histoires d'images de personnes qui donnent leurs ressentis en voyant une photo ou de celles qui se sont retrouvées piégées sous l'oeil du journaliste photographe.

Non seulement, on se prend des claques d'émotions en pleine figure mais en plus ce roman interpelle, pousse à la réflexion car nous sommes tous consommateurs d'informations ! Hélène Gestern a gagné en force et intensité dans une écriture plus affirmée. Et pour un tel sujet, il le fallait. Un livre très fort qui ne souffre d'aucun défaut où il question du respect bafoué et de celui que l'on peut reconquérir, de notre société où tout est diffusé et sur ce qu'on appelle la vie privée.
A lire absolument ! 

Ce n'est pas seulement la solitude qui me retient d'assister. C'est la honte que nous ayons tous deux été montrés ainsi, dans ce que nous avions de plus faillible et de plus démunis. Un photographe a fait de nous, par provision, les traîtres que nous n'étions pas. Son image à défloré, vendu, soumis à l'avance les mots que nous n'avons pas eu le temps de prononcer. 

J'étais convaincu d'avoir compris l'étendue des pouvoirs de la photographie, d'être celui qui pouvait révéler ces vérités cachées. Je décryptais, comme on dit. J'avais juste oublié l'essentiel. Parce que si je me suis souvent demandé, pendant ces entretiens, ce qu'avaient ressenti ceux qui avaient pris ces photos, je me suis rarement interrogé sur qu'avaient éprouvés les photographiés au moment du déclic. Jamais pris la véritable mesure de leur humiliation, de la violence que représentaient les instants d'existence qu'on leur avait dérobés. Aujourd'hui, je m'interroge : combien de mémoire avons-nous insultées de la sorte ? Combien d'hommes et de femmes, réduit à une blessure, à une grimaces dont nous avons fait commenter l'image? Dans la chair meurtrie, figée pour toujours dans la chimie de sa pellicule, dans son amas de pixels, écrasés par la dictature sèche d'un flash, je n'ai jamais voulu voir que l'impérieuse nécessité de rendre compte de l'Histoire.

Lu de cette auteure : Eux sur la photo - La part du feu

dimanche 5 octobre 2014

Maylis de Kerangal - Corniche Kennedy

Éditeur : Folio - Date de parution : 2010 - 180 pages et un avis mitigé... 

Ils sont jeunes et insouciants. L'adrénaline, ils se la procurent en sautant d'une une plateforme rocheuse. Défiant le risque et le danger, cette bande de jeunes des quartiers nord de Marseille y passe l'été entre plage et plongeons. Sauf que le commissaire de police doit appliquer la tolérance zéro. Entre ces jeunes et lui, le défi s'installe...

Pour entrer dans la bande, il faut exécuter un saut. C'est la règle de ces adolescents épris de sensations fortes et de liberté. Le commissaire Sylvestre Opéra blasé de la vie les observe. Mais il a des ordres , il faut que ça cesse. Pris de court par la démesure de l'offensive, les voltigeurs de la corniche se faisaient aisément ramassés, mais il ne leur fallut que quelques jours pour se prendre au jus, frondeurs, et alors ce fut le grand cache-cache. Une partie géante, une partie à échelle de la corniche, autrement dit à échelle un, à taille réelle. Le jeu du chat et de la souris a démarré et rien ne semble arrêter ces jeunes.

Un portait de l'adolescence et d'une bande de jeunes où l'écriture de Maylis de Kerangal saisit des instants fugaces (un regard, une attitude) toujours avec son écriture merveilleuse. Mais j'ai trouvé que ce roman s'essoufflait  sur la fin...

Lu de cette auteure : Naissance d'un pont - Réparer les vivants

Vous trouverez beaucoup de billets sur ce livre un peu partout ( Babelio, Libfly..)

vendredi 3 octobre 2014

Stephen Benatar - La vie rêvée de Rachel Waring

Éditeur : Le Tripode -Traduit de l'anglais par Christel Paris - Date de parution : Août 2014 ( date de première publication en anglais: 1982) - 350 pages perturbantes très bien menées!

A 47 ans, Rachel Waring mène une existence bien terne à Londres. Un travail routinier, un appartement partagé avec une colocataire avec qui elle se s'entend guère. Jusqu'au jour où elle apprend qu'elle est l'unique bénéficiaire d'une grande-tante qu'elle croyait décédée. Pas d'argent sonnant et trébuchant mais elle hérite d'une maison à Bristol.

Elle décide de tout quitter pour s'y installer .Un nouveau départ qui sonne comme une nouvelle vie. Débordante d'enthousiasme et d'un optimisme à toute épreuve, la rénovation de sa maison l'occupe mais ses pensées sont très vites monopolisées par un certain Horatio Gavin. Elle veut tout connaitre de la vie de ce philanthrope qui a vécu dans sa maison. Chantonnant des airs de comédies musicales ou déclamant des poèmes d'amour, elle se lie avec quelques habitants de la petite ville. Excentrique, dotée d'un imaginaire débordant, elle aimerait que tout le monde soit aussi heureux qu'elle. Et elle n'hésite pas à glisser quelques mensonges sur elle. Elle pousse son comportement à l'extrême pour bien montrer son mécontentement ou sa gaieté. C'est-à-dire qu'elle ose franchir les barrières de la bienséance et ne mâche pas ses mots jusqu'à être cynique. Et qui n'a jamais rêvé au moins une fois de révéler ses pensées face à une personne que l'on n'apprécie pas ? Sauf que l'on commence à douter de ses agissements. Ses paroles et ses actes sont-ils des fantasmes ou la réalité ? Et l'auteur réussit à semer le trouble sans nous donner forcément toutes les clés.

Romantique et fleur bleue  mais désespérément seule, fragile sous sa carapace imaginaire, si  au départ Rachel Waring peut nous agacer, on ne peut qu'éprouver que de l'empathie pour elle alors que petit à petit sa folie s'étend...

L'auteur se glisse dans son personnage avec brio et nous dévoile ses sentiments les plus profonds. Un roman perturbant et déstabilisant ! 

Je me suis prise de sympathie pour lui, ce résident d'autrefois. Avec la distance, on trouve toujours quelque chose de touchant à l'échec des autres.

mercredi 1 octobre 2014

Herbjørg Wassmo - Ces instants-là

Éditeur : Gaïa - Traduit brillamment du norvégien par Céline Romand-Monnier - Date de parution : Septembre 2014 - 398 pages et un coup de cœur !

Voilà un livre d'une beauté qui s'insinue dans le lecteur à chaque page. Un livre qui vous vrille le cœur et l'esprit. Nous sommes au Nord de la Norvège et la narratrice revient sur des moments de sa vie. La période de son enfance quand elle entre au collège et où d'emblée elle dit la haine qu'elle éprouve pour son père. Une mère qui ne dit mot, une petite soeur souriante. Et elle qui voudrait savoir que faire de sa vie. Mais il y a la gaucherie de l'adolescence et une certaine timidité qui font d'elle une mère avant l'heure.  Les études arrêtées puis reprises : elle devient institutrice et se marie. Elle prend confiance en elle ou plus exactement l'acquiert entre ses lectures et ses crises  d'une forme d'épilepsie qui lui permettent paradoxalement  de gagner en détermination. Des états où inconscient  et conscience se chevauchent, elle en tire une force. Elle se construit, s'affirme, reconnaît ses erreurs mais va au bout de son projet d'écriture.  Elle peut laisser son travail et se consacrer uniquement à l'écriture. Mais il y a des sacrifices et des dommages collatéraux.  Et tous ces instants intenses, tristes, beaux, où surgissent des questionnements mais aussi des sourires, du féminisme et un hommage à Simone de Beauvoir sont écrits dans un style court qui nous transperce.  
Il y a une vraie pudeur, une manière de suggérer qui donnent une âme à ce livre. Celle d'Herbjørg Wassmo.

Une lecture magnifiquement bouleversante  !

Non. Ils sont dans l'instant. Maintenant. Sur ce point aussi, elle aurait beaucoup à apprendre. Mais serre les dents en acceptant tout ce qu'il faut faire. Laisse ses pensées errer dans le dédale de toutes les choses qu'il faut faire. Plus tard. Demain, en tout cas pas plus tard qu'après demain. (...) Un jour, se dit-elle, un jour j'aurai une pièce qui sera à moi. Je veux pouvoir fermer la porte. Je veux pouvoir dormir en paix sans que personne n'aille ou ne viennent. Je veux pouvoir penser des pensées sans être interrompue. Je vous pouvoir les écrire. La nuit comme le jour.

- J'aurais voulu que tu sois amoureuse de moi, dit-il en la raccompagnant au bus.
Elle ne répond pas. N'arrive ni à venir à sa rencontre, ni à le balayer. N'est tout simplement pas habituée à ce que les gens révèlent  ces souhaits -là. Elle a l'habitude qu'on attende et comprenne par observation personnelle.  Si elle avait été préparée ou vive, elle aurait pu lui demander si lui était amoureux, d'elle. Mais une gêne, ou une peur, d'obtenir une réponse que qu'elle ne pourrait pas accueillir, arrête tout.
En un éclair, elle comprend qu'elle n'a pas l'habitude d'exprimer les sentiments par des mots. A moins que ce ne doive devenir de la littérature. Et cela n'a alors plus rien à voir avec elle. Dans la vie, elle n'a aucune hardiesse. A trop peur d'être rejetée.


Les billets de Cuné, Kathel

Lu de cette auteure : Cent ans

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