mardi 4 février 2014

Julian Barnes - Quand tout est déjà arrivé

Éditeur : Mercure de France - Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin - Date de parution : janvier 2014 - 128 pages et un livre hérisson !

S'élever dans les airs. Dans les années 1780 cette idée devenait enfin réalité grâce au premier aéronaute. Il paya de sa vie "son pêché d'élévation". En 1858, le photographe Nadar eut son propre ballon afin d'effectuer des premières photos dans le ciel. D'autres invités comme Sarah Bernhardt eurent la chance de voyager dans une nacelle. "L'aéronaute pouvait visiter l'espace de Dieu - sans recourir à la magie - et le coloniser. Et il découvrait alors une paix qui ne dépassait pas l'entendement : l'élévation était aussi morale que spirituelle". Sarah Bernhardt dont le colonel anglais Fred Burnaby tomba follement amoureux. L'amour donne des ailes hélas il ne fut qu'un amant de plus pour l'actrice.
Tomber du ciel ou de moins haut, se relever tant bien que mal ou alors tomber dans un gouffre avec  "la perte en profondeur".

Derrière le nom de cette troisième partie, Julian Barnes revient sur ce qu'il a vécu après le décès brutal de son épouse en 2008. Il y évoque les conseils entendus (adopter un chien, voyager ),  les maladresses de l'entourage mais surtout son parcours. Comme apprendre à vivre avec des non-événements : son anniversaire, Noël alors que le quotidien fait surgir les codes et les habitudes qu'avait ce couple.
"Alors que le chagrin, l'opposé de l'amour, ne semble pas pas occuper un espace moral. La position défensive, recroquevillée qu'il nous force à prendre si malgré tout nous survivons, nous rend plus égoïstes. Ce n'est pas un lieu d'altitude ; il y a peu de vue sur l'extérieur. On ne peut plus s'entendre vivre."
Son chagrin, son deuil, sa colère, sa peine m'ont transpercée le cœur. Comme dans J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates, on y retrouve le chemin de l'être désormais seul et désemparé. Les échecs, les rechutes, la peur de l'oublier et avec le temps attendre une brise pour reprendre un peu d’altitude.

Après les deux premières parties plus légères, le récit personnel m'a plus que touchée. Sans pathos et sans être plombant, Julian Barnes met des mots sur le deuil et nous livre un très beau hymne d'amour comme ses réflexions sur la vie et la mort car "quand on s’envole, on peut aussi s’écraser."

Lu de cet auteur : Une fille, qui danse

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