mardi 25 février 2014

Edouard Louis - En finir avec Eddy Bellegueule

Éditeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2014 - 220 pages et un avis très mitigé...

Les années 1990 et un petit de village de Picardie avec ses ouvriers, ses quelques notables, sa mairie, son église, sa place, son épicerie et ses cafés. Un village que l'on peut trouver autre part en France avec  les mêmes codes et les mêmes familles comme celle d'Eddy Bellegueule. Un père ouvrier qui décide de tout, une mère qui "a élevé ses enfants", la misère, la crasse, la télé qui braille du matin au soir et l'alcool. Chez les Bellegueule, on ne se parle pas. On se balance des vacheries, de la vulgarité en pleine figure. Le père aime gueuler sur les arabes et les noirs (coupables de tout). C'est dans cet environnement qu'Eddy grandit. Les ados sortent, boivent le samedi soir et draguent. Ils sont nombreux à arrêter les études à seize ans pour se mettre en ménage, trouver un boulot et ils se retrouvent parents assez jeunes. Schéma reproduit d'une génération à l'autre, un carcan que nul ne contredit. On l'accepte et on le vit.
Eddy est traité de pédé ou de tapette. Victime des violences physiques, verbales à l'école ou au village, Eddy encaisse sans broncher. Ses parents ou son frère plus âgé doutent alors Eddy tente d'être un dur comme doit être un homme selon son père. Mais ses manières efféminées, sa voix aiguë qui font jaser font partie de lui.

Ce livre est autobiographique. A vingt et un ans, Edouard Louis a décidé de raconter sa vie et donc sa famille. Alors oui c'est une lecture qui fait affreusement mal mais Edouard Louis nous livre du brut. Des faits et des paroles sans un recul qui pour moi était nécessaire. Cette distance, le temps qu'il faut pour analyser le pourquoi, remonter aux origines et tenter de comprendre.
Je ne cherche pas à disculper ses parents mais s'il avait attendu pour écrire son enfance et son adolescence (car ce sont des années qu'il faut digérer), il aurait eu cette maturité qui permet de donner une dimension bien plus profonde et surtout sociologique à son témoignage.
Peut-être que ce livre permettra de donner de la force, du courage à des jeunes pour casser le cercle dans lequel ils se trouvent et/ou affirmer leurs différences mais je ne rejoins pas les critique élogieuses ou les comparaisons avec Annie Ernaux.

Mon père m'a tendu quelque chose, une bague, son alliance. Il m'a invité à la mettre, à en prendre soin. Parce que là je le sens, faut que je te dise, papa va mourir, je le sens que là je vais pas tenir longtemps. Faut que je te dise aussi un truc, c'est que je t'aime et que t'es mon fils, quand même, mon premier gamin. Je n'avais pas trouvé ça, comme on pourrait le penser beau et émouvant. Son je t'aime m'avait répugné, cette parole avait pour moi un caractère incestueux.

Le billet de Kathel  qui renvoie à d'autres liens et avec lequel je suis entièrement d'accord.

19 commentaires:

choupynette a dit…

j'ai lu un avis qui était en tout point comme le tien. et ce manque de recul que vous décrivez me dérange. Je ne suis pas sûre de tenter la lecture.

Kathel a dit…

Merci pour le lien... c'est vrai que ma première pensée a été, avant même la fin de ma lecture, que la gêne que je ressentais venait de ce manque de recul. Mais j'avoue être assez réfractaire à l'autofiction. Là, j'ai fait l'effort de lire ce livre, et si ce témoignage peut être utile contre l'homophobie, tant mieux. Mais qu'on en me dise pas qu'il a une grande valeur littéraire...

Un autre endroit a dit…

Je l'ai laissé tomber en cours de route. j'avais la nausée. Et suis bien incapable de dire si c'est un bon Livre.

krol a dit…

Décidément les avis se ressemblent, la piètre qualité littéraire de ce livre. Je le lirai surement parce qu'il est à la médiathèque...

sophie/vicim a dit…

Je ne suis plus sûre de vouloir le lire...

laurielit a dit…

Je l ai acheté je vais le commencer mais effectivement les avis mitigés fleurissent...et en même temps écrire une autobiographie à 21 ans peut-être est ce un peu jeune ...

cathulu a dit…

Perso le travail sur la langue m'a bluffée.

Clara a dit…

@ Choupynette : un de mes libraires m'avait mise en garde pourtant...

@ Kathel : je ne suis pas réfractaire à l'autofiction . Pour moi Annie Ernaux a écrit des livres qui reflètent la mutation de la société par son expérience. Delphine de Vigan dans Rien ne s'oppose à la nuit à réaliser un travail d'analyse mais ici c'est du brut...

@ Un autre endroit : j'ai eu du mal avec certaines scènes ...

@ Krol : c'est ce que j'ai fait...

@ Sophie : un livre que ne je conseille pas spécialement...

@Laurielit : il aurait fallu qu'il attende pour digérer et analyser.

@ Cathulu : je n'ai pas été bluffée...

keisha a dit…

Jamais vu à mes biblis, je reste zen sur ce coup là.

Irrégulière a dit…

Une de mes prochaines lectures !

Galéa sous les galets a dit…

Les voix dissidentes commencent à se faire entendre sur la blogo...je vais bientôt le lire. L'extrait que tu as mis ne me plaît pas du tout....

Clara a dit…

@ Keisha : oui tu peux...

@ Irrégulière : soit on adore soit c'est l'inverse!

@ Galéa : cet extrait m'a marquée...

Noukette a dit…

Plus ça va, moins j'ai envie de le lire finalement...

Valérie a dit…

L'extrait que tu cites m'a en effet aussi marquée. Je crois qu'il faut absolument que j'arrêt de lire des romans qui n'en sont pas.

zazy a dit…

C'est vrai, Kathel est comme toi
J'attendrai qu'il soit à la bibliothèque, pour essayer de le lire

Alex Mot-à-Mots a dit…

A cause de la polémique, il ne me tente pas. Ou alors dans quelques temps.

katell a dit…

personnellement j'ai trouvé ce témoignage touchant! ce n'est pas une critique "brute" envers ses parents mais un constat.

Stéphanie a dit…

Je l'ai réservé à la médiathèque. On verra bien ;)

Géraldine a dit…

Pas tentée par le sujet, qui plus est parce qu'il se passe encore dans le Nord. je voudrais des histoires positives qui se passent dans le Nord, et pas toujjours la pauvreté, l'alcool.... Le Nord, c'est aussi, et surtout, autre chose.

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