samedi 30 mars 2013

Nevada Barr - 13 1/2


Éditeur : Le Cherche Midi - Date de parution : Mars 2013 - 393 pages et une déception...

1968, Mississippi. Agée de quinze ans, Polly fuit une mère alcoolique, un mobil-home pourri et des beaux-pères de passage. Elle a une idée en tête rejoindre La Nouvelle-Orléans même si elle n'a que 11 dollars en poche.
2007. Divorcée depuis longtemps et mère de deux fillettes, Polly mène une vie calme et respectable. Professeur d'anglais à la Nouvelle-Orlanas qui panse ses plaies après le passage de Katrina. Alors qu'elle prend un thé, elle rencontre par hasard Marshall Marchand. Ce brillant architecte a le coup de foudre pour Polly. Leur relation amoureuse va vite, très vite même si ce célibataire est très proche de son frère.
Entre ces deux récits s'intercale celui de Dylan que les journaux ont surnommé le Petit Boucher. Agé de 11 ans, il a tué ses parents, sa petite sœur à coups de hâche. Seul son frère Richard, son aîné blessé gravement à la jambe a survécu à ce massacre. Condamné et placé dans un hôpital psychiatrique, Dylan n'a aucun souvenir de ce qu'il a commis. L'amnésie totale. Un docteur, type savant fou en quête de gloire, veut lui faire retrouver le souvenirs de cette nuit alors que Richard veille sur lui.

Ma lecture était bien partie même si la rencontre Polly-Marshall est sirupeuse et traîne en longueur. Comment Polly a pu se débrouiller pour vivre et devenir professeur d'anglais ? Je suis restée bloquée sur cette question  terre-à-terre que l'auteur tente d'expliquer par  un brouillard épais avec des d'invraisemblances.
A partir du coup de foudre, Neva Barr insiste lourdement sur les deux frères. Deux frères que l'on retrouve dans l'histoire du Petite Boucher. Sans compter une cartomancienne amoureuse de Marshall qui semble le surveiller.

J'ai fait un rapprochement puis un autre. Trop de puces à l'oreille, j'ai deviné très vite ce qu'il en était. J'ai poursuivi ma lecture histoire de voir si je ne m'étais pas trompée. Hélas non.


vendredi 29 mars 2013

Hubert Mingarelli - Un repas en hiver


Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2012 - 137 pages saisissantes ! 

Dès le matin, trois soldats se proposent pour une mission afin de pas rester la journée avec les autres. Ils s'en vont le ventre vide dans une campagne enneigée après avoir reçu l'aval de leur supérieur. Trois soldats devenus copains au cours de cette Seconde Guerre Mondiale. Il fait froid, un froid qui franchit les minces barrières de protection de vêtement et qui pénètre jusqu'à la chair tandis qu'ils marchent.

Et là, en ne savant strictement rien de ce livre, je m'étais imaginée des soldats français car au départ rien ne nous indique que nous sommes en Pologne et que les soldats sont allemands. Il faut quelques pages pour le savoir comme pour comprendre la raison qui les a poussée à partir à une chasse particulière. Celles aux Juifs. Plutôt que de rester et d'assister à une exécution, ils préfèrent en débusquer un. Trois civils devenus soldats durant la guerre et pour ne pas penser au froid et à la faim, il plaisantent, ils se remémorent leurs souvenirs. Dans la forêt, ils découvrent la cachette d'un Juif et l'arrêtent. Sommairement sans  démonstration de violence. Mission accomplie, ils pourraient rentrer mais assaillis par la faim et le froid, ils s'arrêtent dans une maison abandonnée et décident de manger d'abord. Ils doivent se débrouiller avec les moyens du bord c'est-à-dire presque rien. En allant chercher du bois, un des soldats voit un polonais qui s'invite dans la maison. L'idée d'une soupe les taraude, le polonais reste, s'incruste et montre qu'il a sa place. Le manque de bois les pousse à détruire la porte du cagibi où le Juif se tient tranquille. Dans sa langue, le Polonais déverse sa haine envers cet homme. Le repas est prêt mais une question s'invite : faut-il inviter le Juif à partager leurs repas ou non?  Le faire manger, donner un peu de leurs maigres parts alors qu'ensuite il sera exécuté ? Car partager un repas est synonyme d'une forme de fraternité.
Ces trois hommes comme ils en existent tant pris dans une guerre doutent, hésitent. Pas de méchants ou de gentils, juste des hommes.

Hubert Mingarelli instaure une ambiance en peu de mots, nous transportent en Pologne. La maison devient le centre d'un huis clos où la tension, des questions simples deviennent aussi complexes que la nature humaine. Saisissant. 

Alors, il parla dans la langue universelle de la méchanceté, secoua la tête parallèlement, avec cette méchanceté.

Ce roman fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.


jeudi 28 mars 2013

Robert Williams - Luke et Jon


Éditeur : Nil - Date de parution : Janvier 2013 - 219 pages lues en apnée !

Luke vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Avec son père fabricant artisan de jouets en bois, faute de moyens,  ils sont obligés de déménager. Dans le nord de l’Angleterre, une vielle maison  les attend dans un coin paumé ouvrier en pleine campagne. Ce sont les vacances scolaires et Luke à la rentrée ira dans un nouveau collège. En attendant, il ne peut que constater la tristesse de son père qui la noie dans le whisky. Luke peint, c'est son échappatoire.Un garçon étrange habillé comme un petit vieux prend l’habitude de venir chez eux tous les jours très tôt le matin. Il s’agit de Jon qui habite un peu plus loin dans les collines.

Se glisser dans la peu d’un adolescent n’est pas un exercice facile. Souvent, l’auteur surjoue ce qui sonne faux. Robert William a su trouver le ton juste. Parfait même. Luke est partagé entre différents sentiments : la culpabilité du décès de sa mère qui a trouvé la mort en venant la chercher à son cours de dessin, l’impuissance à aider son père enfermé dans le chagrin et l’alcool, ses propres interrogations sur la mort et sa peine. Sa mère était maniaco-dépressive, autant de souvenirs en forme de montagnes russes pour Luke. Jon est un taiseux qui aime lire. Aux questions de Luke sur le collège, il s’enferme dans le silence. Il vit chez ses grands-parents depuis l’âge de six ans. Luke inquiet de ne pas le voir pendant plusieurs jours va découvrir sa situation. Ses grands-parents sont séniles, la maison est un taudis et Jon ruse pour que les services sociaux les laissent tranquilles. Au collège, il est le souffre douleur de beaucoup de garçons et il encaisse sans broncher. Je n’en dirai pas plus sur le reste de l’histoire...

Il s’agit d’un premier roman tout simplement superbe. Beau et fort. L’amitié de ces deux garçons devient une bouée de sauvetage. Roman où les thèmes comme la mort, la maladie, la famille, la reconstruction sont traités avec une justesse magnifique. Dans une écriture sans fioritures aux accents poétiques, Robert Williams parvient à déclencher des tempêtes émotionnelles chez le lecteur. Vous êtes prévenus… 

Un coup de cœur entier pour ce roman lu en apnée totale ! Et impossible de choisir un extrait..

Le billet de Cryssilda qui autant aimé que moi.

Ce livre fait partie  de la sélection d'avril du prix Relay des Voyageurs





mercredi 27 mars 2013

Thomas Raphaël - Le bonheur commence maintenant


Editeur : Flammarion - Date de parution : Mars 2013 - 523 pages de plaisir  !

La vie commence à 20H10 vous dit quelque chose ? Si oui, vous pouvez sauter de joie au plafond  car Le bonheur commence maintenant est la suite, le cas échéant, ne paniquez pas vous ne serez pas perdu comme ça arrive quelquefois avec des suites.
Quand j'ai reçu ce livre, il s'est posé un cas de figure grave. Fifille two 15 ans avait lu et adoré le premier, le nouveau roman de Thomas Raphaël  était à peine posé sur la table que nous nous sommes regardées ( style cow-boy).  Hélas, la rapidité a joué en ma défaveur... J'ai enfin pu le lire le lendemain (Fifille elle avait des touts petits yeux et un sourire aux lèvres).

Pour en venir au livre, nous retrouvons Sophie à Bordeaux. Après avoir travaillé pour Joyce Verneuil dans les coulisse d'une sérié télé, son manuscrit a été refusé partout. Cette trentenaire a repris le chemin de son poste de professeur de français et se contente d'être heureuse avec Marc son compagnon tout en s'occupant d'Annie la nièce de Marc qui en est le tuteur légal. Sauf que le destin s'en mêle. Sophie apprend que le réalisateur Lucas Gardel a pour but de faire un film à partir de son  son manuscrit mais à une seule et unique condition que Sophie  soit la directrice artistique. Une fonction  qui ne lui évoque rien car elle n'a jamais travaillé dans le milieu du cinéma mais qu'importe car elle est bien déterminée à saisir sa chance. La voilà de retour à Paris en colocation avec Julien le neveu de Marc  et Mélanie. Tous deux sont étudiants et eux-aussi se trouvent confrontés à de nouvelles situations. Julien est tombé amoureux de son prof et Mélanie étudiante en journalisme découvre le monde impitoyable du travail.

Et on ne s'ennuie pas un seule seconde ! Un roman vif, pétillant, rythmé, qui colle à la vie avec des rebondissements et de l'humour,  le tout étant hautement addictif !
J'ai préféré ce nouveau roman à La vie commence à 20h10 car Sophie a pris de la graine et est plus déterminée à saisir sa chance. Les personnages secondaires sont aussi attachants que Sophie et  tout ce petit monde doit faire face à des problèmes de conscience, d'amour et de déontologie...

L'écriture de Tomas Raphaël sert ce livre avec brio ! Bref, un vrai  plaisir !

Une lecture commune avec Keisha  qui je sais a eu du mal à lâcher ce livre également...Et une petite vidéo super sympa de l'auteur ici.

mardi 26 mars 2013

11ème édition du prix des Lecteurs du Télégramme

La 11ème édition du  prix des Lecteurs du Télégramme est lancés depuis le 16 mars. Cette année, je suis peu en retard pour vous l'annoncer mais vous n'allez pas m'en vouloir...

Comme pour 2012, le nombre d'ouvrages est de 6 et non plus de 10.

La sélection 2013 comporte :
Les proies d'Annick Cojean
Un repas en hiver d'Hubert Mingarelli
La mer et le silence de Peter Cunningham
Prison avec piscine de Luigi Carletti
Le Promeneur de la presqu'île de Jean-Luc Nativelle
Deux enfant de Pierre Vavasseur

J'ai déjà  lu Un repas en hiver (billet à venir) et  l'ensemble de la sélection passera entre mes mains. Toutes les informations complémentaires sont sur le site du Télégramme ( ou sa version papier).

A noter que les auteurs seront présents le 5 avril prochain au Théâtre du Pays de Morlaix pour présenter et parler de leur livre.

Yapluqa!!!!!!

                                 

lundi 25 mars 2013

T.C. Boyle - Après le carnage


Éditeur : Grasset - Date de parution : Mars 2013 - 475 pages et un bon roman dense, fouillé !

Les Channel Islands, petit chapelet d'îles au large de Santa Barbara, étaient des écosystèmes naturels avec pour une faune diverse. Mais au fil du temps, la main de l’homme est intervenue. Chasseurs, aventuriers, naufragé tous ont modifié la faune existante. Alma Boyd Takesue biologiste s’est donnée comme mission d’éradiquer les rats sur une des îles où sa grand-mère avait fait naufrage. Ces rongeurs ont pris possession de l'environnement  et exterminent d’autres espèces existantes. Dave LaJoy, défenseur acharné des droits des animaux est prêt à tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Tout sépare ces deux écologistes, LaJo n’hésitant pas à se lancer dans une guerre sans merci au service de sa cause.

T .C. Boyle nous entraîne dans un roman dense, creusé, truffé de réflexions, de pics d’humour noir sur les dérives de la protection de la faune, de l’écologisme zélé ou extrémiste. Entre présent et des retours dans le passé qui détaillent l’évolution de la faune des îles, l’impact de l’homme prend des proportions souvent inattendues. Entre l’évolution des espèces introduites, d’une faune qui s’adapte, l’auteur s’amuse à décrire l'Homme qui se retrouve coincé dans des propres idéaux devenus des pièges quand il se prend pour Dieu.

Riche, provocant, passionnant, l’auteur nous offre un vrai débat truffé de pics ironiques sur nos aspirations et nos actes à travers ses personnages.
Dans des décors naturels, sauvages, avec une écriture magnifique et entraînante, ce roman est du pur bonheur !

A quoi bon ? Il se sent assez idiot comme ça, et tandis qu'il reprend  le rythme ( attraper,lever, relâcher), il ne peut s'empêcher de se dire qu'il serait encore plus idiot s'il avait fallu qu'on vienne le secourir.  Ou pire : un idiot posthume, écrasé sur les rochers, le crâne défoncé, et les hanches retournées, totem perpétuel du Parc national à l'instar du mammouth pygmée.

Lu du même auteur : Histoires sans issue


dimanche 24 mars 2013

Mon non Salon du Livre de Paris....

Pas de Salon du Livre de Paris pour moi mais un week-end où j'ai découvert qu'on pouvait commander du plaisir charnel pour pas cher dans le bar Le Thalassa à Brest. L'image du Georges Pernoud que j'avais en a été un peu ébranlée (c'est le moins le moins que l'on puisse dire) et je ne regarderai plus le vendredi soir l'émission du même œil.

Et à la question : les blogueuses sont-elles des lectrices comme les autres? Réponse : oui  ! Voilà bibi


PS : Ce post s'auto-détruira rapidement...

samedi 23 mars 2013

Tanguy Viel - La disparition de Jim Sullivan


Éditeur : Minuit - Date de parution : Mars 2013 - 153 pages et un petit bijou!

Récemment, comme je faisais le point sur les livres que j’avais lus ces dernières années, j’ai remarqué qu’il y avait désormais dans ma bibliothèque plus de romans américains que de romans français. Pendant longtemps pourtant, j’ai plutôt lu de la littérature française. Pendant longtemps,j’ai moi-même écrit des livres qui se passaient en France, avec des histoires françaises et des personnages français. Mais ces dernières années,c’est vrai, j’ai fini par me dire que j’étais arrivé au bout de quelque chose, qu’après tout, mes histoires, elles auraient aussi leur place ailleurs,par exemple en Amérique, par exemple dans une cabane au bord d’un grand lac ou bien dans un motel sur l’autoroute 75, n’importe où pourvu que quelque chose se mette à bouger. (...) 

Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. 

Deux extraits pour vous présenter le nouveau livre de Tanguy Viel afin que vous soyez dans le même état d'esprit que moi lorsque qu'Arnaud (libraire pour ne pas le citer) m'en a parlé avec juste ce qu’il faut  pour aiguiser ma curiosité. Vous l'aurez compris Tanguy Viel auteur français (né à Brest)  décide d’écrire un roman américain en nous expliquant le pourquoi. Par exemple, un  livre dont l’action se passe à Chartres suscitera beaucoup  moins d’intérêt qu’un roman qui se déroule n'importe où aux Etats-Unis car les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l’action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international. C'est dit. Le contexte géographie ancré il faut des personnages pour le canevas de l’histoire.  Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait.

Je ne vous en dirai pas plus mais sachez que Tanguy Viel nous raconte  l'histoire (actuelle et passée) de Dwayne Kostern, ce personnage "classique" dont la vie prend des tournants qui peuvent paraître inattendus mais qui intègrent les recettes et les postulats du roman américain. Avec un humour qui nous prend au pied du mur ou de la lettre, dans une une écriture enlevée, Tangue Viel explique ses choix. Il nous livre les coulisses de l’écriture d’un roman et nous écrit un livre savoureux tout en sachant  ne pas lasser le lecteur. 
Pied de nez ou réponse à un débat, en tout cas une chose est certaine ce livre est un petit bijou ! 

Lu du même auteur : Paris-Brest

vendredi 22 mars 2013

Jojo Moyes - Avant toi


Éditeur : Milady - Date de parution : Mars 2013 - 482 pages qui baignent dans la mièvrerie et les clichés...

Il y eut un temps où les contes voyaient le jour. De riches personnages d’un côté, des pauvres de l’autre mais quelquefois ces deux mondes se croisaient sous de bonnes étoiles. La suite on la connaît. Avec ce livre, on pourrait presque dire la même chose mais avec une histoire qui se passe de nos jours en Angleterre. Le riche, c’est Will un jeune homme qui avait tout avant l’accident qui l’a rendu tétraplégique. Il vit dans une annexe de la maison de ses parents spécialement aménagée pour lui avec aide médical à domicile. Lou une jeune file âgée de vingt-sept ans aux goûts vestimentaires extravagants vit dans une petite maison où quatre générations cohabitent et se serrent les coudes. Elle a un copain et vient de perdre son emploi de serveuse. Mais les parents de Will cherchent quelqu’un pour égayer les journées de leur fils et leur choix se portent sur Lou. Elle décroche donc le contrat de travail de six mois. Voili, voilà…

Alors oui forcément un film vient à l’esprit et c’est vrai qu’il y a des petites similitudes. Mais les recettes d’un film, d’une histoire peuvent après tout se ressembler (par pure coïncidence ? parce que certaines recettes fonctionnent à tous les coups?). J'ouvre juste une petite parenthèse pour vous donner un exemple. Après avoir vu le film  Les petits mouchoirs", j’avais lu Cet été-là de Véronique Omli. Toute ma lecture avait été parasité par le film que j'avais encore à l'esprit.
Ce qui m’a déplu dans ce livre c’est que tout est prévisible. Page 230, l’anniversaire de Lou est l’exemple même.
Et même si ici la notion de suicide assistée est introduite, rien n’est original. Un jeune homme riche, tétraplégique, cultivé qui n’a plus de goût à vivre et une jeune fille pauvre, naïve, pétrie de bon sentiments et débordant d’énergie.
Jojo Moyes a écrit un livre pour faire pleurer dans les chaumières, visiblement ça a fonctionné sous certains toits. Pas chez moi. Mieux il a été encensé par certaines chronique dans la presse britannique (" irrésistible, magique et déchirant").
Le sujet du handicap est effleuré, je veux dire par là  qu'il ne faut pas choquer ou dire une certaine vérité. Celle dont personne ne veut entendre parler et pour la couvrir rien de mieux qu’une bonne couche épaisse de billets.
Alors oui, je suis plus qu'agacée car ce livre ne changera rien au regard des personnes vis-à-vis du handicap et des personnes tétraplégiques. Absolument rien. Avec ce roman, une fois de plus, l’argent ouvre bien des portes et les bons sentiments coulent à foison…Mièvrerie et clichés à gogo. 

Babelio m'avait proposé cette lecture lors d'une masse critique spéciale et je  les remercie. Mon flair spécial détecteur de critiques presse élogieuses n' a pas fonctionné cette fois...
Mais visiblement je suis un être sans aucune sensibilité vu tous les avis positifs sur Babelio ( la grande méchante, c'est bien moi!)

lundi 18 mars 2013

Guillaume de Fonclare - Dans tes pas


Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2013 - 94 pages bouleversantes ...

Dans son précédent livre Dans ma peau, Guillaume de Fonclare nous racontait son quotidien, sa cohabitation avec la maladie , un combat vain par avance où il a fallu faire le deuil d'un corps sain et surtout d'une "vie normale". Il en ressortait une justesse, un regard et des réflexions sur nos aspirations.
Depuis son meilleur ami Serge s'est suicidé. Après avoir avoir déposé ses filles à l'école, Serge s'est rendu à son travail comme d'habitude. Il est monté au 5ème étage, a enlevé sa veste et s'est défenestré. Un homme qui avait gravi pas à pas l'échelle hiérarchique du travail, qui avait été obligé plus que les autres de montrer de quoi il était capable. Lui qui n'était pas bardé de diplômes. Guillaume de Fonclare et Serge se connaissaient depuis la fac, souvenirs d'une amitié tissée depuis longtemps, de vacances passées ensemble et de confidences.

Quand l'auteur a choisi coûte que coûte de vivre, d'obliger son corps à des exercices quotidiens, son meilleur ami lui s'est donné la mort sans aucune explication. Une colère légitime et des questions sont posées : pourquoi ne s'était-il pas confié ? Est ce-que que ses filles porteront-elles une culpabilité plus tard ? Le constat de la pression du travail où l'on se doit toujours d'être le plus performant est présent.
Si Guillaume de Fonclare s'interroge, jamais il ne juge l'acte de son ami mais lui rend hommage. C'est en cela que l'on reconnaît toute l'humanité et la sagesse de cet homme. Une justesse de ton pour un livre bouleversant, digne et qui pousse à réfléchir sur le sens de la vie.

Forcément, je me suis reconnue dans des passages... Et cette lecture comme d'autres l'ont fait m'a éclairée, autant de graines de semées qui vont jalonner mon parcours et m'aider. Inutile de préciser que j'ai eu  les yeux remplis de poissons d'eau.

 Depuis dix ans, jour après jour, muscle après muscle, membre après membre, mon corps prends congé de moi. (… ) Je souffre jour et nuit, sans que personne ait réussi à ce jour l’exploit de savoir de pourquoi. De mon médecin traitant aux spécialistes, d’un CHU de province aux hôpitaux parisiens, j’ai divagué de consultation en consultation ; on cherche, on cherche, et on ne trouve pas. On élimine des hypothèses et on fait d’autres; on fait des examens, on refait des examens, on voit le Pr Untel qui saura dire, peut-être, et qui enverra vers un autre Pr Untel, après avoir constaté son impuissance à comprendre. Myopathies, neuropathies, maladies auto-immunes, gènes défaillants, mitochondries rétives, vacuoles absconses, on scrute, on dissèque, on compare, mais rien n’y fait. Il y a bien des signes, des défaillances aux noms barbares (...) qui sont les symptômes d’une foule de choses, sans qu’aucun soit suffisamment «franc » pour qu’il vienne formellement « caractériser » une pathologie. Mon corps est un menteur et il me fuit."

 De toi , je n'ai rien appris du mystère de la vie, et celui de la mort s'est fait plus épais. Cependant, c'est le murmure de ta voix qui m'encourage à exister et à demeurer debout; malgré toutes les difficultés, et l'énigme de ta fin m'encourage à vivre pleinement; rien n'est assuré pour quiconque, joie, bonheur, tristesse ou désespérance.

dimanche 17 mars 2013

Caroline Vermalle - L'île des beaux lendemains


Éditeur : Belfond - Date de parution : Mars 2013 - 243 pages et une  bouffée d'oxygène ! 

A soixante-treize ans, Jacqueline Le Gall décide brutalement de laisser son mari Marcel, son village de Bretagne pour aller voir sa cousine Nane à l'île d'Yeu. Jacqueline ne l'a pas vu depuis cinquante-six ans mais elle a besoin de de s'évader de sa vie où elle engoncée depuis bien trop longtemps. Sa cousine ne semble pas surprise comme si elle l'attendait à la voir débarquer un jour au l'autre depuis toutes ces années. Nane qui ne mâche pas ses mots  et au caractère bien trempé,  l'opposé de Jacqueline avec qui elle étaient pourtant comme deux soeurs. Marcel ne comprend pas ce qui se passe mais l'absence de Jacqueline est pour lui l'occasion de réaliser enfin un rêve qu'il mûrit depuis de longues années : descendre la Loire à la nage. Et il y a Paul l'ami de Marcel, le voisin qui lui aussi a des plaies à panser et une mission à accomplir.

Comme dans L'avant-dernière chance, Caroline Vermalle nous entraîne auprès de personnages qui ont tous un certain âge et un vécu. S'il y a  un déclic, cette pensée de se dire que ce n'est pas trop tard pour réaliser des rêves ou être en paix avec soi-même, au  fil des pages on se rend compte que les fils qui unit ces personnes cachent bien d'autres éléments.  L'auteur campe des personnages terriblement humains. Car j'ai eu l'occasion de rencontrer des Jacqueline Le Gall. Certaines ont préféré continuer à  se tamponner les yeux remplis de regrets du bout de leur mouchoir et d'autres ont décidé de saisir le taureau par les cornes quitte à tirer un trait sur leur quotidien bien huilé.
Un livre pour saisir  la vie à bras le corps à n'importe quel âge, qui nous pousse à aller de l'avant avec comme objectif nos espoirs et nos rêves tout en sachant accepter nos erreurs.

Ce n'est pas un roman qui où est rose et où tout est facile... L'auteure évite la guimauve et nous offre un roman frais, parsemé d'humour qui est une bouffée d'oxygène et de tendresse ! Avec une mention spéciale aux dialogues qui  sont souvent  savoureux.
Cette lecture m'a fait du bien et m'a touchée car elle m'a remise en tête des gens que j'avais oubliés. Des personnes de la vie ordinaire qui un jour malgré leur âge ont décidé qu'il était temps de se remettre en question.

Les billets de Keisha, Lili Galipette, Lystig, Saxaoul,

samedi 16 mars 2013

Philippe Delerm lu par Pierre Arditi - Je vais passer pour un vieux con


Éditeur : Audiolib - Date de parution : Février 2013 - 1h40 d'écoute délicieuse 

Quarante-deux petites phrases de la vie sont passées au microscope sous l’œil malicieux et aguerri de Philippe Delerm. De la voix enregistrée du répondeur téléphonique qui nous informe que nous n’avons aucun nouveau message à la pancarte du restaurateur où il est écrit que la maison n’accepte plus les chèques, Philippe Delerm décortique, analyse des phrases qui ont du vécu. On les a lues, entendues ces petites phrases où l’art et la manière en disent long sur nos comportements. Philippe Delerm a le secret de cette politesse savamment déguisée par l’humour et l’ironie et d'en sortir des étincelles succulentes et délicieuses pour l’esprit. Il pointe la subtilité, le mot juste et l'émotion  en mettant le doigt sur l'incongruité et nos défauts.

Ce livre lu par Pierre Arditi convient parfaitement à l’écoute (en tout cas dans mon cas) avec le plaisir de réécouter ces petits textes tant l’intonation joue un rôle prépondérant.
La fan de Philippe Delerm que je suis a doublement apprécié ! 

Ne vous inquiétez pas cher Philippe Delerm, vous êtes loin, très loin d'être un vieux con et en relisant mes billets sur vos précédents livres (Enregistrements piratesLa première gorgée de bière et autres plaisirs minusculesLe trottoir au soleilQuelque chose en lui de Bartleby), je me rends compte que tout simplement je (suis une vieille) radote...

Un extrait ici.


vendredi 15 mars 2013

David Vann - Impurs


Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Mars 2013 - 279 pages de tension et une claque ! 

Avertissement : les personnes souffrant de tachycardie ou de problèmes cardiaques  sont priées de demander conseil à leur médecin avant cette lecture.

Avant ce livre, j'avais déjà lu  de cet auteur Sukkwan Island. Il faut croire que je suis maso. Donc c’est un fait, je le suis car même si dès les premières pages j'ai ressenti une sorte de malaise (avec symptômes physiques divers: cœur battant à lui seul comme une armée de tambours, gorge sèche), je n'ai pas pu  pas me détacher de cette lecture qui opère comme un magnétisme.

Direction la Californie sous son soleil brûlant d’été. Dans la banlieue de Sacramento, Galen 22 ans vit chez sa mère dans l’ancienne ferme de ses grands-parents  isolée et perdue dans la vallée au milieu d’un verger de noyers. Selon sa mère, il n’y a pas d’argent pour payer des études à l’Université pour Galen. Une excuse pour cette mère possessive car Susie-Q ne veut pas voir s’éloigner son fils et perdre d’une certaine façon son emprise. Tous deux vivent  avec peu alors que la grand-mère-mère de Galen est riche. Atteinte d’Alzheimer et placée en maison de retraite, Susie-Q attentive veille sur sa mère. Tous les jours, elle et Galen vont lui rendre visite. Mais souvent « la mafia » débarque à l’improviste à la vieille ferme. Helen, la sœur de Susie-Q hargneuse, réclamant de l’argent et sa fille Jennifer âgée de 17 ans. Une gamine perverse qui aime s’amuser à des petits jeux malsains sexuels avec comme proie son cousin. Pris au piège dans ce gynécée baigné de rancœurs et de vices,  Galen tourmenté et instable s’attache à revenir aux sources,  à la condition première de l'homme avec un fond de mysticité, de chakras et  méditations à l’appui.

Dans un huis clos étouffant où la tension, l'effroi sont à leur apogée , on se demande d’où viendra le grain de folie en trop qui fera tout basculer. Et David Vann nous inflige une claque ! Mais lentement, car il distille à petites doses les névroses de cette famille  avec cette capacité à détailler une nature presque hostile que la psychologie de ses personnages.  Deux petits bémols à mon goût : une fin qui traîne en peu en longueur et surtout (sans vouloir apparaître coincée), un peu trop de scènes de sexe entre Galen et Jennifer ( détaillées avec travelling, gros plan…).

jeudi 14 mars 2013

Leymah Gbowee avec Carol Mithers - Notre force est infinie


Éditeur : Belfond - Date de parution : Octobre 2012 - 344 pages

En 1989, Leymah Gbowee âgée de dix-huit ans doit tirer un trait sur ses rêves d’études supérieures et sur l’avenir de pédiatre qu’elle projetait. Son pays le Liberia est en proie à une guerre civile menée par Charles Taylor. Ce n’est qu’un début, le pays durant quatorze longues années est mis à feu et sang. Des enfants soldats, des femmes violées, une population obligée de fuir. Leymah Gbowee connaît la séparation d’avec les siens, un mauvais mari qui la trompe et l’exil. Si elle se bat pour nourrir ses quatre enfants, elle s’engage aussi auprès de son peuple. Agir sur le terrain auprès des femmes, ces épouses, mères ou sœurs qui manifesteront en 2003 pour que des négociations sur la paix aient lieu.

J’aurais dû vibrer à cette lecture en me disant que cette femme peut  nous apprendre beaucoup de choses. Tant de détermination et de courage pour Lyemah Gbowee qui n’a pas honte de ses défauts ou de ses moments de faiblesse. Mais son récit passé entre les mains de Carol Mithers a glissé sur moi. 
Je suis restée imperméable au style scolaire, à cette mise en avant sur la scène de certains aspects de la vie de femme de Leymah Gbowee. L’esprit d’analyse, la globalité d’une situation se sont faits ressentir par leur cruelle absence. Le tout au profit de certains points qui sont plus à même d’amener des larmes dans les chaumières qu’une véritable réflexion ou à pousser des femmes à se prendre par la main et à se dire « je peux le faire ».



mercredi 13 mars 2013

En pause (à durée indéterminée de quelques jours)

Il faut croire que le l'air est aux pauses, à ces moments  où l'on court après le temps sans  arriver à tout mener de front. Comme Antigone, j'ai besoin de souffler. De me reposer , de  retrouver un peu de tension histoire d'arriver au moins à faire un minimum de choses.

Pour une fois j'ai été prévoyante ( et oui tout finit par arriver !)  et vous aurez de la lecture pendant ces quelques jours.

Vu ma réactivité à vous répondre, mon absence plus que  flagrante sur vos blogs, je pense que vous vous vous doutiez. A force, vous me connaissez, alors à très bientôt ...

Fanny Chiarello - Une faiblesse de Carlotta Delmont


Éditeur : Editions de L'olivier - Date de parution : Janvier 2013 - 183 pages adorées ! 

La cantatrice américaine Carlotta Delmont séjourne au Ritz à Paris. En tournée dans toute l’Europe, elle se remet d’une angine avant de se produire sur scène où elle est très attendue. Après sa première à l’Opéra, elle disparaît mystérieusement. La presse, le public se lance dans des hypothèses aussi invraisemblables que possibles. La police fait chou blanc. Ida sa gouvernante qui ne la quitte jamais n’explique pas elle non plus cette disparition. Son concubin et imprésario arrive de New-York. Un corbeau dévoile au grand jour par  l’amour que nourrissait pour Carlotta son partenaire sur scène Anselmo. Certains évoquent même une publicité de la part de l’opéra Garnier. Après deux semaines, la soprano  réapparaît cheveux coupés courts et sous le nom de Mimi.

Que s’est-il passé durant quinze jours ? Si c’est la première interrogation qui hante ce roman que je n’ai pas pu pas lâché une seconde, d’autres questions voient le jour au fur et à mesure. Nous voici plongés dans un livre qui peut surprendre par sa construction. Télégrammes, (fausses) coupures de presse et lettres nous plongent dans les pensées des proches ( et moins proches) de Carlotta et de ce qu’ils imaginent. Une cantatrice qui a toujours divisé le public par son interprétation des rôles dans lesquelles elle se glissait, rendant encore plus fort les sentiments d’amour et de tragédie, vivant par procuration chaque soir ces vies d’héroïnes.
Prisonnière d’un rôle, adulée ou détestée, par le bais de son journal intime on approche sa personnalité, ses envies de liberté et d’amour.  Les lettres des homme qui l'entourent révèlent espoirs, déceptions et trahisons. Le roman se termine par une pièce de théâtre où la fantaisie, l'art de rire du malheur des autres nous dévoile ce que sera la vie de Carlotta.  Car elle paiera très cher son escapade parisienne.

Un livre étonnant, original, impeccablement construit servi par une écriture vive avec un brin d'espièglerie. Fanny Chiarello mêle avec aisance ses personnages dans une construction qui multiplie les facettes. Nous croyons détenir la vérité mais l’auteure nous réserve bien des surprises. J’ai tout adoré dans ce roman qui sort des sentiers battus! Et ( une fois de plus) un livre hérisson tant j’y ai inséré de marque-pages !

Je ne suis pas sûre qu'une beauté fanée ne soit pas encore plus triste qu'une beauté qui n'a jamais été.

lundi 11 mars 2013

Vikram Seth - Golden Gate


Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Janvier 2013 - 323 pages exquises! 

Californie, San Francisco (*) . Années 1980. Des Yuppies, amis ou non, en quête de l'âme sœur et d'un épanouissement personnel jonglent entre travail et  leurs convictions. Sans oublier un iguane en animal de compagnie ( si!).

Je vois déjà des mines renfrognées et je suis certaine que vous vous dites, ça sent le réchauffé. Et bien détrompez-vous ! Ce roman souvent drôle et pétillant d’esprit est de surcroît exquis par sa forme et pourtant je ne suis une adepte de la poésie (j’ai même tendance à  fuir en entendant ce mot.) Car ce livre fichtrement bien réussi est écrit en vers. A travers plus de cinq cent sonnets, on suit des personnages et leurs aventures. Cette satire sociale aurait pu être ennuyeuse ou rébarbative par cette forme littéraire. Justement non car   toute la prouesse de l’auteur est de nous faire oublier qu’il s’agit de vers et l'on s’attache à ces personnages et à leurs vies tant on est gagné par la musicalité du texte.

J’ai été bluffée sur toute la ligne et je me suis régalée ! Alors on oublie ses préjugés sur la poésie et on se rue sur ce livre qui est du plaisir !

Qui a donc déclaré: "l'amour est la friction Entre elle de deux peaux?" 
Depuis ce jour béni, Ils sont les esclaves de leur propre passion, 
Et s'isolent gaiement dans leur monomanie. 
Liz a été rebaptisé par John "Chouchou", 
Et se plaît à nommer ce dernier "Mon p'tit loup". 
Fait regrettable, leur diction est devenue 
Une soupe incompréhensible et farfelue. 
A croire que leurs cerveaux soudain se sont transformer 
En mélasse sucrée à farce de caresses. 
(..) 

Quand la peur étend ses quartier sans retenue, 
Nous cherchons un refuge au sein de l’insouciance 
Et restons étonnés quand une flamme nue 
Parvient à repousser l'obscurité immense,
Ne serait- ce qu'un temps, le temps de disparaître ; 
 (...)

(*) : merci Alex !!!! 

Qui a gagné une place pour le Salon du Livre à Paris ?

Jeudi, je vous proposais de gagner 5 places pour le Salon du Livre ? Je ne tarde pas et je vous annonce les les noms des gagnants :
Aifelle, Claudie, Delcyfaro, Gwenatal  et Mimi.

Bon salon ! 




dimanche 10 mars 2013

Catherine Cusset - Indigo


Editeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2013 - 308 pages qui ne m'ont pas convaincue... 

l'Alliance Française en Inde organise sous la houlette de Géraldine un festival culturel. Deux écrivains connus et une cinéaste vivant aux Etats-Unis sont invités pendant une semaine pour des débats et des échanges. Raphaël Eleuthere solitaire, taciturne vient de publier une biographie où il révèle ses années d'enfant battu. Charlotte a laissé enfants et mari justement sous l'insistance de ce dernier pour ce festival. Depuis le suicide de sa meilleure, elle se culpabilise de n'avoir pas vu les signe avants coureurs. Enfin Roland Weinberg ce septuagénaire dans la fleur de l'âge est accompagné par son jeune et belle compagne italienne. Ecrivain reconnu, cet ancien séducteur aspire à vivre pleinement et égoïstement. Le festival est organisé par Géraldine une française vivant en Inde depuis de nombreuses mariée à un indien et maman d'un jeune bébé.

Dès leur arrivée sur place, nos invités sont confrontés à des couacs d'une organisation défaillante. Si pendant une semaine, ils vont se côtoyer, ils vont  surtout se retrouver en proie à des éléments de leur  passé. Tous ont répondu présents à évènement car  des motifs personnels ont motivé leur décision. Même Géraldine va être confrontée à  un pan de son enfance  sans s'y attendre.
Après un début prometteur, je me suis lassée de ces personnages assez caricaturaux. La quatrième de couverture promettait l'Inde en tant qu'élément à part entière. Le pays ne sert que de décor à l'introspection personnelle des personnages. Le derniers tiers du roman révèle quelques surprises mais hélas également à des péripéties dont les ficelles sont assez grosses. Des personnage animés par la culpabilité, la colère, l'envie, l'amour, la jalousie ... en somme rien de très nouveau sous le ciel d'inde.  

L'écriture de Catherine Cusset est toujours agréable mais les personnages restent superficiels et ce livre ne m'a pas convaincue. Pourquoi diable ne pas avoir creusé en profondeur et mis à vif les tourments et les aspirations de chacun ? Dommage...

De cette auteure, j'avais lu et aimé Un brillant avenir.
Indigo fait partie de la sélection du mois de mars du Prix Relay des Voyageurs.
L'avis de Saxaoul 

 

vendredi 8 mars 2013

Samira Sedira - L'odeur des planches


Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Mars 2013 - 136 pages et un premier roman lu en apnée totale ! 

A quarante-quatre ans près avoir joué dans de grands théâtres, Samira Sedira se retrouve sans contrat et en fin de droits. Elle met des annonces pour effectuer des ménages car il faut bien vivre. Très vite, on l’appelle. 

Dans ce livre d'une extrême justesse et d’une force incroyable, l’auteure remonte le fil de ses souvenirs et raconte son nouveau quotidien de femme de ménage. Son parcours en France commence en 1969, année où elle arrive avec sa mère quelques mois après son père. L’espoir du travail qu’offrait notre pays le rendait heureux. A la place, ce sera un taudis dans un hôtel délabré et son père qui s'use au marteau-piqueur du matin au soir. Sa mère sombre dans la dépression. Cinq années plus tard, ils ont enfin le droit à un logement dans un HLM tout neuf sorti de terre et son père est O.S. L'enfant qu'elle est, est  fière car son père est ouvrier spécialisé. Le désenchantent sera à la hauteur quand elle comprendra que tous avaient marqué sur leur fiche de paye cette qualification qui n’en est pas une. Sa mère vit dans le souvenir d’Oran, n’ose pas aller faire de courses. Peur et gêne de se tromper dans ce qu’il faut dire. La narratrice va connaître elle aussi ce sentiment de honte. Elle est invisible aux yeux des personnes chez qui elle nettoie et qui pourtant lui confient leur intimité sans aucune honte. Pour ne pas craquer, elle pense à son amour des planches mais culpabilise d’avoir échoué là où ses parents attendaient qu’elle réussisse. Son travail de femme de ménage est une exclusion sociale, son emploi de comédienne était la fierté de ses parents immigrés.

Le récit  de Samira Sedira n’est pas que celui d’une comédienne en fin de droits qui effectue du ménage. Non, en plus d’être le quotidien de milliers de personnes qui effectuent ce travail, il s’agit d’un récit poignant, lucide mais sans pathos sur une génération d'immigrés et  sur les origines sociales.

De l'hommage à une génération aux barrières désormais levées sur l'incompréhension de celle qui était enfant et celle devenue femme vis-à-vis de sa mère, les souvenirs trouvent naturellement leur place dans ce livre et permettent à l'auteure d'être fière de qui elle est.
Entre ombre et lumière, avec une écriture comme un cri vient du cœur et qui porte à bout de bras les émotions, l'auteure nous dit que nul ne doit avoir honte de ses origines.
J’ai lu ce premier très beau roman en apnée totale ! Un livre hérisson tant j' y ai inséré de marque-pages !

Un dimanche par mois mon père achetait le journal. Il s’asseyait sur le canapé, prenait une respiration profonde, tendait les bras droit devant et l'ouvrait pile au milieu. Il tournait les pages, s'attardait sur chacune d'elles, semblait y pendre plaisir. Un dimanche, il a ouvert son journal à l'envers, avec le gros titre en  bas. Il a tourné les pages, s'est attardé pareil, puis l' a tranquillement refermé. Le monde a bien commencé par là, puisque d'emblée il nous a séparés des astres. 



jeudi 7 mars 2013

Qui veut gagner des places pour le Salon du Livre de Paris ?

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le Salon du Livre de Paris aura lieu du 22 au 25 mars prochain. Comme rien n'est gratuit ( hélas), je vous propose de gagner votre entrée pour le jour de votre choix . 5 places sont en jeu !

Il suffit de me laisser un commentaire, d'être déjà  passé au moins une fois sur ce blog et me donner  une adresse mail valide.  Vous pouvez jouer  jusqu'à lundi 18h00.



Sinon comme beaucoup d'entre vous me posent la question, je ne vais pas au Salon du Livre. Et oui car j'ai des exigences  des caprices : il me  faudrait (pour ne pas être à ramasser à la petite cuillère) pouvoir faire mon tour sur 3 journées ( rien que ça)  à raison de 4 heures par jour maximum.   Et deux  ou trois  nuits dans un bon lit (donc un bon hôtel)  reviennent à cher. J'oubliais  le transport depuis Brest. Et je me connais : aller au salon du Livre sans acheter c'est comme me mettre une tablette de chocolat sous le nez...Impossible de pas céder à la tentation ! Tout ça pour dire que c'est un week-end qui n'est dans mon budget encore une fois.

Juan Jacinto Muñoz Rengel - Le tueur hypocondriaque


Éditeur : Les Escales - Date de parution : Mars 2013 - 232 pages délicieuses ! 

Monsieur Y un tueur à gages souffre de  maladies inquiétantes et de syndromes surprenants. Chaque matin, M. Y se surprend à se réveiller vivant. Puis il effectue son rituel qui consiste à vérifier ses constantes pouls, température et à se dire que ce sera son dernier jour sur cette terre. Mais M. Y doit mener à bien son travail et  pour tuer Blaisten, il rencontre bien des problèmes. Sans compter ses innombrables problèmes de santé (strabisme, endormissement chronique, syndrome de l'accent étranger), la malchance colle à M. Y comme une seconde peau. Assassiner Blaisten finit toujours par échouer dans des circonstances drôles ou inattendues.

Les évocations de grands personnages de ce monde tous hypocondriaques comme Voltaire, Molière, Tolstoï, Kant, Proust et bien d'autres sont succulentes. Sans empathie, M. Y comprend combien il a été difficile pour ces écrivains et ces philosophes de vivre.
Si j' appréhendais de me lasser des aventures un peu répétitives de ce tueur à gages,  l'auteur prend les devants et nous réserve des surprises.La  sourire laissant place à certains questionnements.

Un roman à l'humour savoureusement décalé où le noir côtoie l'absurde, délicieux à plus d'un titre! Et l'on se retrouve forcément un peu ( ou plus) dans  les  inquiétudes de M. Y...

Alors que j'ai fini la moitié de mon hamburger en mâchant chaque bouchée une vingtaine de fois, j'éprouve une étrange sensation jusque là inconnue pour moi. En mordant dans la viande, un goût de glace à la vanille crème caramel m'a envahi. J'approche le sandwich de mon nez, il sent l'anti-inflammatoire musculaire. Pendant un moment, je ne comprends pas ce qui se passe et puis, soudain, ça me revient. Il s'agit d'une nouvelle maladie. Une de plus sur ma longue liste.

Le billet de Cathulu




mercredi 6 mars 2013

Eric Genetet - Et n'attendre personne


Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Janvier 2013 - 154 pages et avis très mitigé...

Strasbourg. Le jour de son vingtième anniversaire, Manuel annonce à ses parents Alberto et Isabella qu'il s'envole pour New-York. Chanteur et musicien dans un groupe, on lui donne une chance au pays du rêve. Si sa mère est heureuse pour lui, Alberto est effondré par cette nouvelle mais ne le montre pas. Isabella décide de se consacrer davantage à sa carrière et saisit une opportunité professionnelle à Bruxelles. Alberto et Isabelle était un couple uni mais le bonheur jusque là parfait s'effondre brutalement. Alberto pense qu'Isabella a un quelqu'un à Bruxelles. Peut-être est-ce le moment pour lui de goûter à cette à cette liberté inédite. En se penchant de plus près sur son couple, Alberto décèle des failles dans leur couple et ce bien avant le départ de Manuel. Après plus de vingt ans de mariage, routine ou lassitude pour Isabella? Toujours amoureux de sa femme, Alberto veut la reconquérir. Pour couronner le tout, Alberto est mis à la porte de son journal. De toute manière, l'ambiance y était devenue insupportable entre lui et son nouveau patron. Il a désormais beaucoup de temps pour sa vie, pour une liberté neuve sans mode d'emploi.

Incontestablement  Eric Genetet possède un sens de la formulation qui ne m' a pas laissée indifférente : jeu de mots et humour grinçant, dissection à vif des sentiments mais aussi hélas un peu de mélo nostalgique.  Mais ce qui fâche est l'histoire en elle-même. Beaucoup d'hésitations pour Alberto ce quarantenaire qui tâtonne, hésite entre l'éloignement de sa femme et de son fils. Crise du couple , crise du travail, crise de la quarantaine...
L'auteur a voulu à mon goût aborder trop de sujets et les survolent à de nombreuses reprises. Sans compter un élément en quatrième de couverture qui m' a dressé les cheveux sur la tête "sa mère lui révèle un terrible secret de famille" (au secours !).
Bref,  une lecture qui ne me laissera pas un souvenir impérissable...

Un livre reçu dans le cadre de masse critique organisée par Babelio que je remercie ainsi que l'éditeur.

lundi 4 mars 2013

Stephen King - 22/11/63

Éditeur : Albin Michel- Date de parution : Mars 2013 - 937 pages passionnantes et donc impossible à lâcher  ! 

Etats-Unis, en  2011 après les attentats du 11 septembre. Jake Epping professeur d’anglais trentenaire divorcé dans un lycée tranquille du Maine assiste à la remise de diplôme d’Harry Dunning l'homme d’entretien du lycée plus âgé que lui.  Jake sait qu’enfant il a assisté au meurtre de toute sa famille par son père. Blessé à la jambe mais aussi à la tête, dans l’Amérique des années 50 Harry Dunning a été vite considéré comme retardé mental.
Jake a pris l’habitude de se rendre chez Al qui vend à prix défiant toute concurrence des burgers de qualité supérieure. Pourtant les lycéens désertent la roulotte car la suspicion a effectué son travail. Al et Jake ne sont pas des amis à proprement proprement parler mais ils aiment échanger toujours quelques mots. Atteint d’un cancer des poumons foudroyant, Al demande à Jake un service. Comment refuser ?

Mais ce service va entraîner Jake là où jamais son imaginaire aurait pu le conduire. Car Al lui révèle qu’à partir de la réserve de sa roulotte, il existe une sorte de terrier qui permet de remonter dans le temps. Méfiant et surpris, Jake obtient la démonstration en empruntant lui-même le terrier. Chaque retour dans le passé débouche au même endroit, au même jour et à la même heure. Tout voyage annule les actes et traces du précédent. Al qui n’en a plus pour très longtemps a une idée derrière la tête. Il demande à Jake d’empêcher l’assassinat de JFK du 22 novembre 1963 à Dallas ce qui évitera le guerre de Vietnam et des années bien troubles.

Comment réagiriez-vous si vous aviez la possibilité de remonter dans le temps pour empêcher certains tournants de l’Histoire et éviter une guerre ? Et surtout si vous l’on confie un mode d’emploi de ce voyage, du mode vie de cette époque que vous n’avez pas connu et tous les renseignements sur le présumé meurtrier du président John Fitzgerald Kennedy. Vous savez où Lee Harvey Oswald habite mais aussi chacun de ses faits et gestes que l’Histoire a pu reconstituer st surtout quand et comment il tuera JFK.

Stephen King nous implique dans un roman époustouflant ! Une remontée dans le temps où l’on plonge dans l’Amérique de années de la fin des années cinquante avec un réalisme frappant de détails. Un mode de vie, des pensées mais aussi une époque bien plus apaisée que celle de nos jours. La dimension humaine et sociale est omniprésente, mélange habile de suspense avec de l'humour pour cette chronique d’une époque où un homme se retrouve écartelé entre l’amour pour une jeune femme et la mission qu’il doit effectuer. Et même si les mentalités sont étriquées et comportent de nombreuses œillères,  vous savez que dans peu de temps elle  vont changer car c’est inscrit dans l’Histoire.Mais comme Al l’a dit à Jake l’effet papillon existe et un simple geste de votre part peut avoir des conséquences bien différentes que vous l’imaginiez.

Ce roman ambitieux dépasse largement toutes ses promesses. Fresque sociale des Etats-Unis où  la conscience d’un homme  est malmenée. Je n’avais jamais lu Stephen King auparavant et je n’ai pas pu lâcher ce pavé où tout est savamment orchestré. Rebondissements, changement de tournure des évènements distillent une adrénaline constante qui monte en crescendo. Une addiction totale absolue qui m’a fait vivre pendant plusieurs jours dans une Amérique qui donne envie de remonter le temps. J'ai tourné les deux cent dernières pages en apnée totale avec le cœur battant très, très vite.

Un livre passionnant, étourdissant de talent car tenir le lecteur sur plus de 900 pages sans le perdre ou le noyer dans des longueurs est signe d’un roman que je qualifie de très, très bon !

Peu importe que vous soyez en 1958, 1985 ou 2011. En Amérique , où l'apparence passe toujours pour la substance, les gens croient toujours des types comme Franck Dunning.

dimanche 3 mars 2013

Lat Expert

J'ai réussi à voler du temps au temps  aujourd'hui pour l'atelier de Gwen  (attention, celui ou celle qui me dénonce aura à faire à moi !).

Elle s’appelle Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie. Un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Elle a fait des études, tenu des postes à responsabilité. Elle a connu l’amour mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui, elle est Dame Pipi à Paris.Comment est-elle devenue Dame Pipi et pourquoi? Quel est son quotidien et comment le vit-elle? Fait-elle des projets d’avenir? A-t-elle décidé de révolutionner le monde des latrines? L’amour est-il au coin du lavabo? 

La consigne  a réveillé mon imagination ( sans bornes) et comme l'a dit Gwen : sérieux  s'abstenir...

Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie qui répond au nom de Pop’s et un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Comme tous les jours, je me rends à mon travail. Cette journée est spéciale car elle dissimule un étrange anniversaire. Plus de six ans ont passé depuis que j'ai quitté mon poste de trader aux Etats-Unis. La voltige des chiffres, la spéculation n’ont aucun secret pour moi. Un salaire très confortable sans oublier des primes qui tombaient quand je choisissais d'appuyer sur mon clavier au bon moment. Un métier masculin où j'avais fait mon trou après avoir mangé des maths, de l’économie et des chiffres. Au pays du rêve, j’avais fait la une d'un magazine : "la Française qui a fait gagner 80 millions de dollars à Cie&Westyoung". Il y a eu un remaniement et un changement de direction. Mon nouveau boss m’avait demandé d’effectuer certaines opérations et ne pas en dire mot. Soit j'acceptais soit je partais. J’ai choisi la deuxième option car je ne pouvais pas spéculer sur le dos de pauvres gens qui à cause moi allaient perdre leur maison.  Lee Waston m'avait balancé à la figure " Tant pis pour toi , maintenant tu es grillée dans toutes les compagnies , tu peux te recycler en dame pipi ! " Le salop ! Je vous épargne tous les noms d’oiseaux américains dont je l’ai affublé! Good bye USA pour un  retour en terre normande des Bérochu.

C'est en voyant une vache qui broutait tranquillement se débarrasser d' un taureau qui l’approchait de trop près par un coup de corne que j'ai eu mon idée. Et quand mon regard a croisé celui de la vache, elle a meuglé. Un signe du destin m’était donné. Ni une, ni deux, j’ai foncé ! Côté financier, je n’étais pas à plaindre mais il me fallait un capital plus important de départ. Au lieu de me prendre pour une illuminée, mon père m’a rassurée en m’affirmant que j’étais une fille géniale. Il faut dire que mes parents étaient un mélange d’artistes bohèmes ayant monté une pièce à succès et férus de fleur ( mon prénom vient du fait du fait que j’avais été conçue lors d’une promenade champêtre et fleurie). Les latrines de la capitale avaient à bien se tenir car deux mois  après, j'aménageais à  Paris. J'ai été frappé aux portes des cafés-restaurants  situés près de la Bourse. Soignée, sans exigence pour le salaire,  discrète mais la serpillière ferme et un CV sans mon passé. En quelques mois, j’étais devenue non seulement experte en matière de prostate mais aussi en mesquineries. Regards dédaigneux de ma clientèle pourtant bien heureuse d'avoir des toilettes propres, j’étais la femme invisible pour beaucoup et un symbole de la médiocrité pour tous ces magnats de la finance.

Certains devaient me prendre pour une simple d’esprit quand je dégainais mon éponge et mon produit WC avec un sourire jusqu'aux oreilles après le passage de clients américains. Ils ne doutaient pas que je venais d’empocher sous le nez de Lee quelques centaines de milliers de dollars. J’étais à la tête de Lat Expert une société d’investissement en bourse. En cinq ans, j’avais entamé sérieusement le chiffre d’affaires de Cie&Westyoung. Car de mon poste de dame pipi, j’étais au courant de tout. Et croyez moi les hommes peuvent parler énormément en se soulageant devant l’urinoir. Futurs projets, opérations à venir, j’étais informée de beaucoup de choses. De ma tablette glissée dans mon magazine vieux de dix ans, j’achetais ou je vendais. Lat Expert a commencé à faire parler d'elle. Mes collaborateurs avaient signé une clause spéciale les interdisant de divulguer mon nom. Un siège social sans personnel, ma société était entourée d’un épais brouillard tout en en restant dans la légalité.  Quelquefois mes collaborateurs venaient directement m'informer d’opérations et certains n'ont pas tenu le coup ( l'odeur citronnée du parfum  WC ?).  Les serveurs pensaient que beaucoup d'hommes étaient tombés amoureux de moi de moi vu le nombre de fois où ils payaient un café sans le consommer  pour se précipiter aux toilettes. Là aussi, je m’étais entourée de précautions. Aucune des collaboratrices ne se déplaçait pour ne pas éveiller les soupçons surtout que Cie&Westyoung avait délégué des enquêteurs sur place. Toutes les pistes étaient brouillées et Lat Expert pesait lourd, son nom circulait à New-York. Enfin j'ai  pu convoquer la presse financière. Un article de deux pages m’était consacrée : « Une dame pipi règne sur la finance » ! La photo est superbe. Tenant mon balai serpillière et de l'autre main, une éponge serrée dans mes gants plastiques roses. J’ai pris soin bien sûr de l’envoyer à Cie&Westyoung . Depuis, Lee a été viré...

vendredi 1 mars 2013

Sébastien Ayreault - Loin du monde


Éditeur : Au Diable Vauvert - Date de parution : Janvier 2013 - 143 pages vives et lucides!

Maulévrier, la banlieue de Cholet et les années 1980. Pour David âgé de dix ans il y a les copains, l’école, sles parents et les règles établies,  les filles intrigantes. Un pied dans l’enfance et un autre hésitant à en sortir. Son père est mécano dans un entreprise écoute Johnny et fume des gauloises. Sa mère travaille une imprimerie, une seule voiture la R12 pour le couple.

A travers le regard et la voix de David, il s’agit de toute une époque qui nous est restituée. Pas de langage châtié mais des jurons pour ce gamin adepte de Tintin. On retrouve les expressions d'une époque, la vie d’une couple qui ne roule pas sur l’or et dont toutes les générations habitent dans le même coin. Olga, l'arrière grand-mère percluse de méchanceté à qui on va quand même rendre visite pour ses commissions. Pas vraiment la joie pour David qui s’ennuie, essaie de comprendre le monde qui l’entoure. Pour se donner de la contenance ou par curiosité, il crapote sa première cigarette et cherche à savoir ce qu’il y a exactement dans la culotte des filles. La peur du chômage existe déjà. Le père part travailler à Angers et ne rentrera que le week-end. Trop loin et trop cher. Un père aimant et simple, le héros de David. Bien entendu, il y a un caïd celui devant lequel on n'ose rien dire à l'école, les vrais et faux copains.
Je n’en dirai pas plus sur ce livre sans mièvrerie, au style très direct. Photo d’une famille, d’un milieu social sans pathos ou misérabilisme dans une petite ville de province. Entre les les questionnements et  l'insouciance  de David, les désillusions et les joies naissent. La violence de la vie se fera connaître elle-aussi.

Un roman frais, juste mais touchant, lucide qui réveille bien des souvenirs cachés au fond de notre mémoire.  
Seuls petits bémols : j'ai pressenti la fin,  le langage de David  m'a un peu lassée...Mais Sébastien  Ayreault n' a pas choisi  la facilité et relève haut la barre toutes les difficultés ! 
Un jeune auteur à suivre en tout cas !

Le billet d'Yvon
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