lundi 8 juillet 2013

Pierre Jourde - Paradis Noirs


Éditeur : Gallimard - Date de parution : 2009 - 265 pages et un immense coup de cœur !

Parler des coups de cœur est un exercice toujours difficile. Particulièrement pour ce livre tant il y a dire. Une lecture riche, intense, profonde et desservie par une écriture qui aiguise l’esprit.
Il aura suffi d'une silhouette aperçue sur le quai d'une gare pour le narrateur replonge dans ses souvenirs d'adolescence puis d'enfance. Lui qui croyait enterré toutes ces images, ces années de collège passées dans internat dirigé par des frères refont surface. Devenu un écrivain reconnu, il rend visite à Boris un de ses amis de l'internat. Boris marié, père de famille, l'image respectable tout comme lui, loin de ce qu'ils faisaient subir à Serge avec François le dernier membre du trio disparu depuis.
Se cachant derrière l'insouciance, la naïveté de l'enfance, les jeux n'en étaient pas pour autant cruels, honteux. L'humiliation était un trophée, Serge la victime qui ne bronchait pas. Le narrateur cherche à donner une nouvelle lumière sur ces années comme pour les laver. Mais un détail ou une situation resurgissent "et la sensation d’écœurement me prend, un dégoût qui ne vient pas de la nature peu glorieuse de cet épisode, mais de ce je ne peux empêcher qu'il serve à me rendre intéressant".  On découvre François  le chef de la bande élevé par des vieilles femmes, les plans conçus avec exaltation où le simple fait de savoir que Serge serait rabaissé une fois de plus engendrait un plaisir pervers. Pourquoi Serge acceptait-il son sort? Et cette silhouette est-ce vraiment François?

Pierre Jourde nous conduit sur les chemins de la mémoire fidèle et infidèle, ce qu'on embellit avec les années ou que l'on oublie par commodité. Mémoire qui nous trompe, nous leurre, nous permet de nous blanchir mais qui quand elle s'éveille révèle des actes et des pensées qu'on a préféré mettre dans un  recoin comme s'ils n'avaient jamais existé. Mais le passé est bien réel et François, Serge le martyr apparaissent différemment.
Juxtaposant réalité et  l'imaginatif développé par le poids des souvenirs et de la culpabilité, la question lancinante de l'innocence et des jeux cruels portent ce récit où la noirceur et la tristesse côtoient le sublime. Trois vers de Baudelaire La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs qui martèlent le récit trouvent tout leur sens dans les dernières pages.

Le paradis noirs de l'enfance où le duo souffrance/joie mettent l'âme humaine à nue. Un livré coup de cœur  électrochoc par l'histoire et par cette écriture dont je suis tombée amoureuse ! 

Encore ce qui lui restait de l'enfance avait-il enveloppé cela dans insouciance. L’aïeule et les tantes parvenaient à lui faire croire que les petites déchirures de l'éternité pouvaient se réparer, comme elles semblaient capables, patiemment, aiguille en main, de ravauder indéfiniment tous les accrocs, de donner l'illusion que rien ne changerait jamais.

Un grand merci à un lecteur de ce blog qui m'a conseillée ce titre.

13 commentaires:

krol a dit…

Oh Clara ! Quand je lis "un énorme coup de coeur" ! je me dis que décidément il va me falloir bien du temps et bien des sous pour lire tout ce que tu aimes... heureusement, ce sont les vacances !!!

Delaplume a dit…

c'est très beau blog que tu tient Clara simple mais élégant !! Je suis une toute jeune blogeuse. En voici l'adresse: http://delaplume.wordpress.com

MClaire a dit…

pareil, que d'autres..Clara
quand je lis" énorme coup de coeur"..là, je sens que je vais craquer aussi..
Tout cela est subjectif, me diras tu, mais en général, tu les décrits tellement bien que..très envie de te suivre, cela oui
MERCI encore à toi

Stéphanie a dit…

Ca fait bien longtemps que je n'ai pas lu un Pierre Jourde. Ca me donne envie de reprendre mon exploration de son oeuvre.

keisha a dit…

Aucun souci pour ma PAL, Pierre Jourde l'a déjà attaquée de lui même. Le maréchal absolu, je te l'ai dit, et je viens d'emprunter Festins secrets.
Oh mais c'est que Paradis noirs est aussi à la médiathèque...
Tu vois, ça c'est de l'auteur roboratif!!!

Clara a dit…

@ Krol : je retravaille (encore) mon billet pour la quatrième fois et il n'est toujours pas à la hauteur de ce livre !

@ Delphie : un nouveau blog? Chouette ce qui veut dire que les gens lisent encore et toujours, et c'est fabuleux ! Merci de ta venue !

@Marie-Claire : ce livre est d'une richesse par l'écriture exigeante, travaillée sans être pompeuse, mais d'une beauté sublime !

@ Stéphanie : je veux continuer à lire cet auteur.. je développe une addiction !

@ Keisha :demain, je fais une descente à la biblio... (!)

Anis a dit…

C'est vrai, le temps de l'enfance est aussi celui des chagrins, des jeux cruels, de la violence aussi parfois. Au fond, il n'y a qu'à lire Freud...

Jérôme a dit…

Bon, ben en voila un de plus à noter. Grrrrrr !

sylire a dit…

De P Jourde j'avais beaucoup aimé "l'heure et l'ombre". Je note celui-ci !

Aifelle a dit…

De Pierre Jourde je n'ai lu que "la littérature sans estomac". J'en lirai volontiers un autre.

Asphodèle a dit…

J'ai déjà noté cet auteur, je sens qu'il va arriver dans ma PAL dès la rentrée...

Alex Mot-à-Mots a dit…

Un coup de coeur ? Noté alors.

Clara a dit…

@ Anis ; ce livre aborde d'autres thèmes et l'écriture de Pierre Jourde est élégante, intelligente : un régal !

@ Jérôme : il faut que tu le lises !!!

@Sylire @ Aifelle : je vais continuer avec cet auteur ! amoureuse je suis..

@ Asphodèle : et quelle écriture !!!! sublime !!!!

@ Alex : obligé, oui !

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