dimanche 16 juin 2013

Didier Decoin - La pendue de Londres


Éditeur : JC Grasset - Date de parution : Mai 2013 - 334 pages prenantes et saisissantes !

Didier Decoin est un des ces auteurs qui possède un vrai talent de narrateur. Dans ce nouveau livre, il s’empare d’un fait réel qui a défrayé les chroniques anglaises dans les années 1950. Et là, je sais que certains d’entre vont tout comme moi du moins au départ effectuer un rapprochement avec Est-ce ainsi que les femmes meurent ?. L’auteur y relatait l’attitude de voisins lors du meurtre de Catherine Kitty Genovese une nuit de 1964 à New York. Ce livre (ne cherchez pas mon billet, je n’en avais pas rédigé) était à mon sens plus un rapport des faits qu’un roman. Mais avec La pendue de Londres Didier Decoin nous offre un roman prenant !
Pour avoir abattu à bout portant son amant, Ruth Ellis a été pendue en juillet 1955 à Londres . Cette jeune femme dont on connait d’emblée la destinée se trouve prise dans une spirale. Sa beauté n’aura pas laissé les hommes indifférents. En premier lieu son père a abusé d’elle. Puis dans Londres d’après-guerre, mère d’un petit garçon, elle offre ses charmes dans le monde des clubs nocturnes. Elle croit à l'amour. Au vrai et passionné. Hélas, Ruth la blonde peroxydée n’attire que les mauvais amants. Violentée par son mari puis par son amant, elle est manipulée comme un simple jouet de plaisir dans les mains des hommes.
Celles d’Albert Pierrepoint sont différentes. Il est celui qui passe la corde au cou des condamnés à mort. Un homme méticuleux dont la vie ordonnée s’oppose à celle de Ruth.
L’auteur se glisse dans la peau de celui qui ôte la vie sur décision de justice, alterne ses pensées et la vie de Ruth. On approche avec appréhension de l’inéluctable, ce moment où leurs trajectoires se croiseront. Et le sang-froid, la maîtrise de soi du bourreau se fissureront.

Didier Decoin a cette capacité à nous enrôler dans une histoire, à nous tirailler de questions et de sentiments  bouleversants. Les pages défilent, on se prend à penser à une autre issue ou à un retournement de situation. Qu’en est-il de la légitime défense de Ruth ? Question qui nous taraude comme elle assaille Albert Pierrepoint. Qui est victime, qui est bourreau ? Un roman où vie et  mort sont liées par la justice et où le doute ronge, brise et détruit. Tout simplement saisissant.

Ce que les exécuteurs redoutent par-dessus tout quand il s'agit d'une femme, ce sont les larmes. Les ne poser pas vos mains sur moi !, les je ne veux pas mourir!, les protestations d'innocence rien de ce tout cela ne ne trouble  profondément. Les larmes d'une femme, c'est autre chose.

Lu du même auteur : Une jeune femme à bicyclette.
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