dimanche 21 avril 2013

Annick Cojean - Les proies


Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Avril 2013 - 299 pages et une plongée dans le harem de Kadhafi.

Kadhafi était toujours entouré de ses gardes du corps celles qu’il appelait ses amazones. De belles jeunes femmes, souriantes dans leur treillis militaire et semblant éprouver admiration et respect pour le « Guide » La réalité est bien autre. En 2011, Annick Cojean a enquêté sur le rôle de femmes et les viols durant la révolution qui a suivi le printemps arabe. Il faut savoir qu'en Libye "le viol était pratique courante et fut décrété arme de guerre". Elle a rencontré Soraya dont la vie a été saccagée par Mouammar Kadhafi.

La première partie de ce livre reprend le témoignage de Soraya. Alors qu’elle avait 15 ans, Mouammar Kadhafi s’est rendu à son école. La visite n'était qu'une mascarade déguisée pour trouver de nouvelles filles. Il a posé sa main au-dessus de la tête de Soraya. Un geste pour désigner qu’il la voulait pour lui. Soraya a été enlevée à sa famille et est devenue une esclave sexuelle pour Kadhafi comme d’autres jeunes filles. Violée, battue, humiliée,... L’horreur est à son paroxysme. L’inimaginable apparaît dans ce récit car Kadhafi était un monstre, un pervers mégalomane, un insatiable prédateur. Filles ou garçons, tous étaient des proies. Soraya a vécu cet enfer durant cinq longues années séquestrée à bab Al-Azizia. Lors de visites ou de déplacements officiels, les esclaves de Kadhafi endossaient le rôle des amazones gardes du corps.

Dans la seconde partie du livre, Annick Cojean revient sur le témoignage d’autres femmes qui comme Soraya ont été esclaves de Kadhafi. Les anciennes amazones sont rejetées par les leurs car  leur honneur a été bafoué à tout jamais. L’auteure décrit toute la difficulté de son enquête durant laquelle elle a tenté de percer ce lourd silence qui entourait les pratiques de Kadhafi. Même après la mort du tyran, le sujet reste tabou. On apprend que Kadhafi offrait de l'argent et des bijoux à des femmes de diplomates contre leurs faveurs ou qu’il recrutait ses proies à l’extérieur de la Libye. Pire, il possédait également un appartement au sein même de l'université. Depuis sa mort, les femmes espèrent  un avenir plus clément où elles puissent se faire entendre.

Ce livre est un véritable uppercut. Je suis sortie de cette lecture habitée par l'indignation, la révolte et l'écœurement. Combien ont-elles été à être des objets sexuels pour Kadhafi durant ses quarante années de pouvoir? On a laissé agir cet homme à sa guise, personne n'a voulu dévoiler ces actes qui étaient pour certaines personnes libyennes ou étrangères un secret de polichinelle. Les intérêts économiques ont été plus importants une fois de plus que la vie de jeunes femmes.
J'apporterai juste un bémol sur la construction à proprement parler du livre. L'auteure ne suit pas une chronologie précise ce qui s’avère un peu gênant dans la lecture. De plus, elle  revient plusieurs fois sur certains mêmes faits sordides, des passages très durs à la limite de l’insoutenable.

Les proies est le livre de ces femmes victimes d’un monstre. Espérons qu’il ouvre les yeux et délie les langues même si la « diplomatie » politique et les intérêts financiers sont toujours prioritaires...( mais cet espoir est sans doute utopiste).

Ce livre fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.


16 commentaires:

Manu a dit…

Je n'ose imaginer toute l'horreur qu'on va découvrir dans ces dictatures fermées et soutenues par nos gouvernements !

saxaoul a dit…

Ce genre de témoignage est nécessaire mais je ne sais pas si j'aurai le courage de le lire.

Jérôme a dit…

Dur, dur, mais sans doute nécessaire pour dire l'horreur.

sylire a dit…

Ma bibliothécaire a été très marquée par la lecture de ce roman. Je le lirai je pense.

La Lyre a dit…

Je ne savais pas qu'un tel ouvrage avait été écrit mais je pense que si d'aventure je tombe dessus, je le lirai! (ça fait froid dans le dos)

Jeanmi a dit…

Au travers de la triste histoire de l'humanité le viol a toujours été un outil politique chez les barbares. Cela correspond au remplacement de force de la propre génétique de l'envahisseur sur les peuples asservis. Pour Kadhafi il n'en n'allait pas autrement. Cela dit, ses amazones n'auront pas servi à le protéger bien longtemps...

Une Comète a dit…

J'ai entendu Annick Cojean parler de son livre à la radio. C'était terrifiant. je vais essayer de te retrouver le lien...

Fransoaz a dit…

Un livre que je lirai mais je ne sais pas à quel moment car la bousculade et le coup de poing me semblent promis. Il y avait débat l'autre soir entre les différentes lectrices de Cojean et j'ai cru comprendre que cette lecture était "un mal" nécessaire.

Anonyme a dit…

J'ai entendu parler de ce témoignage. Ça doit être éprouvant en effet.

gambadou a dit…

Bah, non, chuis pas Anonyme !

Clara a dit…

@ Manu : un livre très, très dur !

@ Saxaoul : oui mais quelquefois elle appuie de trop sur des éléments horribles déjà énoncés.

@ Jérôme : je pense que Kadhafi n'est pas le seul à avoir utilisé de telles pratiques. C'est clair que ce livre est un uppercut !

@ Sylire : choisis le bon moment...

@ La lyre : je n'avais pas entendu parler de ce livre avant...

@ Jeanmi : un barbare, oui.

@ Une Comète : merci !

@ Fransoaz : j'ai lu en diagonale certains passages tant j'étais mal..

@ Gambadou : une lecture très, très éprouvante !

Margotte a dit…

La fin de ton billet m'évoque les réserves émises par certains concernant ce témoignage. Il semblerait que cet ouvrage ne fasse pas l'unanimité... as-tu lu des choses là-dessus ?

Clara a dit…

@ Margotte : disons que quelquefois la mince frontière entre le récit et le fait sensationnel journalistique est franchie... Mais je n'ai rien lu là dessus et il s'agit juste de mon ressenti. Tous les avis sont élogieux et sans réserve...

Theoma a dit…

et on l'a accueilli en France, en Suisse, tel un roi...

Anonyme a dit…

Annick Cojean affirme que les mercenaires (c'est important elle répète ce mot 4 fois )de Khadafi étaient dopés au Viagra pour violer les femmes. Voici ce que dit Donatella Rovera qui a enqueté en Libye pour Amnesty:
''On continue à penser que les tueries ont été commises par des mercenaires. Or, il n’y a dans les prisons [de l’opposition, ndlr] que 9 ou 10 étrangers. La conséquence d’un tel mythe est qu’on est arrivé à une situation où des citoyens libyens ont attaqué des Africains dans les rues uniquement pour la couleur de leur peau. Il y a eu aussi des soldats capturés qui ont été battus et torturés. ''

Annick Cojean s'appuie aussi sur le témoignages des ''mercenaires''(dont on sait qu'ils n'ont pas existé, c'étaient des soldats) enfermés en prison pour étayer ses informations. C'est vraiment curieux quand on sait comment sont traités les prisonniers par les milices , mais apparemment cela ne pose aucun problème à Annick Gojean que des aveux aient pu être extorqués grâce à la torture.

En réfléchissant un peu, on peut aussi s'étonner que des militaires n'ayant pas vu de femmes depuis des semaines aient besoin de viagra pour violer des femmes, mais passons. Annick Cojean a-t-elle effectivement vérifié les archives dont dit disposé le CNT ? Car ''l'information'' a fait commencé à se diffuser quand un journaliste a filmé un char détruit sur lequel il y avait un sac de médicament dans lequel se trouvait du Viagra. Des esprits fins et subtils en ont déduit que les soldats de Khadafi utilisaient du Viagra.
Peut -on raisonnablement s'apuyer sur des dires du CNT pour affirmer que cette information est valable?CNT qui a multiplié les informations fausses et dont les membres ont un goût modéré pour la justice et la vérité (affaires des infirmières bulgares qu' a monté l'ancien ministre de la justice maintenant au CNT).


Je continue avec l'interview de l'enquêtrice d'Amnesty International:
''Nous n’avons pas trouvé de cas de viol, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu mais cela pose néanmoins des problèmes. Non seulement nous n’avons pas rencontré de victimes, mais pas davantage de personnes qui ont rencontré des victimes. Quant aux boîtes de Viagra que Kadhafi aurait fait distribuer, on les a découvertes intactes à proximité de chars qui, eux, étaient complètement brûlés.''

Donc aujourd'hui encore moins qu'hier je ne fais pas confiance aux informations apportées par Annick Gojean. Je ne doute pas un seul instant de la cruauté de Khadafi (et des viols qu'il a pu commettre), mais ce n'est pas la peine d'en rajouter et ce n'est pas le rôle d'une journaliste de reprendre telle quelle la propagande de guerre d'une des partie en conflit (partie dont les crimes ont été non moins sanglants que ceux des militaires de Khadafi mais dont Annick Gojean ne semble pas se soucier) . La légétimation des actes violents qu'ont provoqué ces fausses informations devraient poser question à Annick Grojean qui fait de l'empathie envers les victimes de Khadafi, le coeur de son livre. C'est d'autant plus désolant quand on voit d'après les réactions de certains auditeurs qui se laissent prendre par l'émotion et avalent tout ce qu'on leur dit.

http://www.liberation.fr/monde/01012344751-il-y-a-eu-des-dizaines-de-cas-de-soldats-assassines

Clara a dit…

@ Anonyme : à lire également ces articles :
http://women-around-the-world.com/2012/09/11/les-proies-dun-chasseur-terrifiant-muammar-kadhafi/

http://www.lefigaro.fr/international/2011/08/31/01003-20110831ARTFIG00470-kadhafi-accuse-de-viol-par-ses-ex-amazones.php

http://www.liberation.fr/politiques/010116136-je-revois-kadhafi-devant-moi-menacant-de-me-flinguer

On ne peut pas nier ce que Khadafi a fait. Après, l'article que vous citez est très intéressant. Où est la balance entre le sensationnel journalistique et le rapport des faits tels qu'il ont ? J'ai trouvé qu'elle dépassait cette limite par moments...
J'ai été surprise de lire qu'Annick Cojean racontait de façon différente dans certaines interviews sa rencontre avec cette jeune fille et le contexte.

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