dimanche 30 septembre 2012

Véronique Omi - Nous étions faits pour être heureux


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2012 - 230 pages intenses et sensibles! 

Serge, la soixantaine  passée a tout ce qu’il faut pour être heureux. Une belle femme qui l’aime, deux enfants, une agence immobilière prospère et une maison à Montmartre. Il évolue dans un monde ouaté de luxe.Son fils apprend le piano et Serge ne supporte pas  de l’entendre jouer de cet instrument. Quand Suzanne se rend à son domicile chez lui pour accorder le piano, il ne la remarque pas la première fois. Et lors d’une fête, Serge la voit. Ou plutôt il dévore des yeux cette femme souriante sans charme et sans atout physique.  Lucie son épouse la lui  la présente : c’est Suzanne, elle  accorde le piano de Théo. Cette soirée change tout  pour Serge.

Désormais, il ne pense qu’à elle. Obnubilé par cette femme entre deux âges. Il se rend chez elle, Suzanne lui ouvre la porte et son lit conjugal.  Car elle est aussi est mariée mais on sent qu'elle tourne en  rond dans sa vie de couple. Sans qu’elle le dise clairement car  tout est dans la subtilité : un  regard, une réponse pour faire plaisir à son mari sans le cœur y soit.  Est-ce que Serge s'ennuie de sa vie bourgeoise? Suzanne serait-elle un amusement ? Tous deux s'engouffrent dans la brèche de la passion. Des rendez-vous volés dans un appartement inhabité dont Serge s’occupe. Ils y consument la passion charnelle. Au départ, rares sont les mots échangés et quand Suzanne pose des questions, Serge se dérobe. Comme face aux regards soupçonneux mêlés de crainte de son  fils Theo. Serge parviendra à se confier à Suzanne d'un poids porté depuis toujours.
Je n'en dirai pas plus sur l'histoire !  Résumer ce livre à une histoire d'adultère serait bien réducteur car bien évidement il y a l'amour, la passion, la famille  mais aussi les douleurs profondes et terrées.

J'ai retrouvé la Véronique Olmi que j'aime, celle qui déroule les failles, les sentiments extrêmes, opposés, celle qui  nous renvoie la complexité des rapports, des mots et des silences. Car rien n'est acquis d'avance, le hasard d’une rencontre à un carrefour de la vie peut tout faire basculer. On pense tenir le bonheur mais il peut s'échapper de nos doigts. Le titre à l'imparfait évoque des remords, une vie où quelqu'un sera perdant. J’aurais  aimé passer plus de temps en  compagnie de Suzanne, la suivre encore et ce sera mon seul petit bémol.  Un livre où se mêlent passion, souffrances, espoir et où la sensibilité perle entre chaque ligne !

Quelques jours plus tôt, j'avais rencontré Serge. Sans le savoir, car nous rencontrons tant de monde, et s'il fallait retenir tous les hommes à qu l'on se heurte, les portes que l'on passe en croisant ceux qui entrent et ceux qui sortent, qui vivent dans le sens inverse, et pourquoi un seul, soudain, se détacherait-il lentement du flot, s'adresserait-il à vous et aurait-il réellement quelque chose de nouveau à vous dire? N'a-t-on pas déjà tout entendu , la politesse convenue et puis l'avancée prudente, puis par cercles successifs se rapprocher de l'autre, son état civil et son intimité, et guetter, les moments où ça craque, les points de faiblesse et d'accord. A-t-on envie de cela? A-t-on assez d'appétit et d'espoir pour cela?

De Véronique Olmi, j'ai lu plusieurs romans : Bord de mer, Cet été-là, Le premier amour, Numéro six, Sa passion

Beaucoup de billets (et des avis différents) : A bride abattueAnne, Cajou, Céleste, Constance, George, Jacky Caudron,   Jostein, Leiloona, Mélopée, MimipinsonStephie

 

vendredi 28 septembre 2012

Claudie Hunzinger - La Survivance


Éditeur : Grasset - Date de parution : Aout 2012 - 249 pages magnifiques, riches, profondes et remplies d'humilité !

Jenny et Sils, à l’aube de la soixantaine et  dénicheurs de livres dans les ventes, sont obligés de fermer la librairie qu’ils tenaient.  Expulsés, ces deux amoureux des livres se retrouvent au printemps avec des cartons entiers de livres, quelques objets, leur chien et leur ânesse. Jenny se souvient que La Survivance dans les Vosges est toujours là, une bâtisse sans confort  abandonnée au milieu de la forêt à plus de mille mètres d’altitude.  Quarante ans auparavant, ils y avaient vécu quelques mois mais cette fois-ci elle sera leur dernière et nouvelle habitation. 

J’avais découvert Claudie Hunzinger avec Elles vivaient d’espoir, et puis il y a eu le billet de Cathulu et surtout j’ai vu et entendu l’auteure à la télé. Pour une fois que je regardais la grande librairie, j’ai été frappée, interpellée par ses yeux pétillants et  par ses mots réfléchis. Elle ne se précipitait pas pour répondre aux questions, elle pesait ce qu’elle allait dire.  Et ce livre dépasse largement  ce que j’en attendais !  
Jenny et Sils n’ont jamais été des matérialistes. Si la librairie était leurs vies, Jenny convainc Sils de s’installer à la Survivance où une nouvelle vie les attend. De toute façon,  ils sont mis dehors. La Survivance est une maison sans eau et électricité, sans le moindre confort. Ils y dorment dans des tentes dans une seule et même pièce  avec leur chien, leur ânesse et les livres. Avec détermination, Sils répare le toit, coupe, prépare le bois pour l‘hiver qu’il faudra affronter tout en puisant de la force dans ses livres préférés. Jenny cultive un potager et ramasse ce que la nature leur offre à manger. Comme reclus dans un monde à part mettant les corps et les esprits à épreuve alors que nous étions façonnés de lectures et de rêves (et d’expériences plus poétiques que stratégiques). Ils habitent sur le territoire d’animaux loin de toute présence humaine. Jenny est d’un naturel optimiste tandis que Sils est souvent anxieux de ce que l’avenir va leur réserver. Les mois passent et  même face à des conditions climatiques rudes, ils  ne baissent pas les bras. Leur couple uni par la complicité se redécouvre comme deux amants.  Ils  apprennent à apprivoiser l’isolement, le contentement d’une vie où le matériel n’a peu de place. Les corps se montrent résistants, volontaires dans ce combat à mener où chaque jour est différent avec son lot de bonheurs ou de difficultés.

Ce livre magnifique donne toutes ses lettres de noblesse à l’amour de la littérature ! La nature sauvage est elle-même un personnage à part entière de ce roman. Vivante, somptueuse, avec ses règles à respecter.
Avec une écriture riche par sa portée mais sans artifice, et avec une humilité sincère, Claudie Hunzinger signe un livre qui sème des graines de réflexion et  il s’agit pour moi plus qu’un coup de cœur !   Un roman que je vais garder sur ma table de chevet à côté de Manifeste vagabond car tous les deux vont bien s’entendre.

C’est le sursis qui donne à la vie, son  parfum déchirant, exquis. 
Et un autre extrait plus long plus long ici 

Le billet de Cathulu

jeudi 27 septembre 2012

Aux écrivains...

Je reçois de plus en plus de mails d'écrivains qui me sollicitent pour lire leurs manuscrits ( et leur donner des conseils) ou leurs premier romans publiés en auto-édition. Avant par politesse, je répondais . Maintenant, non et ce par manque de temps. Et les écrivains me relancent en me disant qu'une chronique sur mon blog leur ouvrirait des portes ( mail formaté qui est adressé à d'autres blogueurs également, je ne suis pas née de la dernière pluie...)

Ecrire c'est du temps, c'est croire en l'histoire que l'on a construite  en y mettant le meilleur de soi-même, j'en suis consciente. La plupart évoquent la jungle du monde de l'édition et je les comprends.
Mais, car oui, il y a un mais, je lis par plaisir ! Je n'ai pas le temps de lire déjà des livres notés depuis belle lurette et je n'ai pas pour vocation  de dénicher des talents. Si je ne devais lire que les premiers manuscrits ou romans, je ne ferai que ça...Et moi là-dedans? Certes, on peut me taxer d'égoïsme mais la lecture est justement mon jardin.

Que les écrivains comprennent que mon blog  n'est pas un sésame qui va leur apporter du jour au lendemain la gloire. C'est complètement faux...

Michael Christie - Le jardin du mendiant

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Septembre 2012 - 306 pages et neuf nouvelles  

Ces neuf longues nouvelles qui se déroulent à Vancouver ont pour thème la marginalité et la solitude. La première nouvelle met  en scène une femme âgée qui simule un malaise  dans l’espoir de retrouver l’infirmier secouriste qu’elle a vu une seule et unique fois et dont elle s’est est amourachée. Prisonnière de ses fantasmes, elle est prête à tout. D’ailleurs, c’est la seule nouvelle de ce recueil qui comporte une fin à proprement parler. Les autres sont plus des instantanés de vie avec des personnages dont on suit l’existence pendant quelques jours. Un drogué pense s’entretenir avec Oppenheimer,  un grand-père tente de retrouver son petit-fils devenu SDF ( ma nouvelle préférée), un mendiant se voit offrir des conseils de la  part d'un banquier pour augmenter l'argent qu'il récolte. Il est aussi question  de l’exclusion par le handicap et  la maladie. Vous l’aurez compris pas de  rose bonbon ou de guimauve  mais la réalité de certaines personnes qui  ne rentrent pas (ou plus) dans les cases pré-définies par la société.  Pas de pathos à sensation, pas de leçon de morale, rien de tout cela.
D'ailleurs, tous ces personnages ont un passé, une histoire comme tout le monde. Quelquefois ils secouent leur petit drapeau de sauvetage, demandent une attention  qui ne vient pas ou se font plus philosophes en se contentant de continuer à vivre.  Ici, l'auteur  leur apporte un regard humain, avec de l'humour ou  de l'émotion et toujours une empathie naturelle. Là où la misère et  la pauvreté font  tourner la tête, il arrive à capter l’attention du lecteur.

Les laissés pour compte, les exclus, les marginaux, tous ont le droit à la dignité et  Michael Christie nous le rappelle (si on l'avait oublié). Seul petit bémol : je n'ai pas trouvé  l'ensemble de ces nouvelles de qualité égale et l'absence de fin nuit à certains des textes.
Un auteur à suivre de près  !

Je trouve impardonnable qu'on ait d'un côté tous ces SDF et de l'autre des gens qui dépensent des centaines de dollars dans des épiceries bio et des spas pour les chiens, s'insurgea Ginnie. C'est insultant. Et inhumain.

Le billet (et  l'avis différent) d'Yv




mercredi 26 septembre 2012

Michaël Ferrier - Fukushima


Éditeur : Gallimard - Date de parution : Mars 2012 - 263 pages et un avis mitigé

Michaël Ferrier enseigne et habite à Tokyo. Il nous livre ce qu‘il a vécu, vu et ressenti en 2011.

Sur le bandeau il est écrit l’horreur nucléaire donc j’ai été très surprise qu’une bonne partie du livre concernait les tremblements de terre. Deuxième surprise qui m’a fait craindre le pire est le style pompeux employé au début pour décrire le séisme : les verres à pieds font des claquettes, les assiettes des castagnes. (..)Saint-John Perse tombe le premier. « S’en aller ! S’en aller, Paroles de vivant !». Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps , qui marque d’une croix blanche la face des récifs, ne résiste pas plus quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Léger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud qui prend la tangente sur sa jambe unique avec une facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Heureusement, l’auteur ne s’en tient à dix pages de ces métaphores ronflantes pour laisser place à un style différent. Il raconte le premier tremblement, comment il est perçu dans ce pays habitué à ce genre de manifestations terrestres, puis les répliques. Incessantes, encore plus dangereuses. Il le raconte en tant que français habitant à Tokyo mettant en parallèle les réactions des Tokyoïtes différentes. Eux ne cèdent pas dans un premier temps à la panique. Puis, dans la seconde partie l’auteur se rend à un village-frontière limite de la zone interdite. Il constate l’effroyable étendue des dégâts du tsunami et ce qui n’a pas été dit par le gouvernement. La demi-vie mode d’emploi, dernière partie du livre concerne la catastrophe de Fukushima. Et la, j’ai eu envie de crier au scandale, aux mensonges. La mascarade d'un gouvernement et  ses silences. Fukushima ? Sujet tabou. Il s’agit de cette dernière partie sans concession qui m’a le plus intéressée.

Des  nombres étayent ce livre montrant ô combien que les conséquences de Fukushima inscrite dans l’année 2011 n’en sont qu’à leurs débuts et demeurent inquantifiables pour la planète et pour les habitants. 

Mon avis est mitigé car j’ai trouvé que la vie de couple de l’auteur n’avait pas sa place dans ce récit et que l’auteur utilisait un peu trop l’effet choc pour nous décrire une région dévastée après le tsunami. L’auteur utilise l’ironie pour démontrer que la communication gouvernementale et la réalité sont opposées.  
Malgré ces bémols, ce témoignage nous éclaire sur la catastrophe de Fukushima et sur l’utilisation du nucléaire. Mais voilà j'ai trouvé qu'il manquait un je ne sais quoi à ce témoignage.. 

Face à ces chiffres, comme on ne sait plus quoi faire, on fait n'importe quoi. Le 14 mars, le ministère de la Santé et du Travail augmente la dose maximale autorisée pour les travailleurs de centrale de cent millisieverts pour cinq ans... à deux cent cinquante millisieverts par an! C'est vrai, quoi à à bon, des normes si ce n'est pour les transgresser? En avril,  il fera encore mieux : il élèvera la dose maximale pour les enfants à vingt  millisieverts par an... ce qui est tout simplement le taux maximum en France ( et pour la Commission internationale de protection radiologique) auquel on peut exposer les travailleurs du nucléaire!


mardi 25 septembre 2012

Nous sommes nés pour ne rien posséder

Pendant quinze ans, le lieu avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. J'aurais pu y rester le reste de ma vie. Sauf que je n'avais pas pris garde au fait que rien, jamais, ne nous appartient. Ni les chambres qui donnent au soleil, ni les tulipes sauvages aux pétales aigus, jaunes à perte de vue sous les fenêtres, ni même la bouteille d'eau posée sur la table, aucun des détails de chaque instant dans la vie, rien, rien ne nous appartient. On allait même les retirer. Et ce n'était pas lié au fait que nous n'avions pas vécu assez prudemment, Sils et moi, et que nous n'avions eu aucun sens de l'argent, ou presque, et qu'il y avait là une défaite pour cause de mauvaise gestion, une sorte de punition que nous infligeait le sens commun. Non. Ce n'était pas dû à ça, mais à une faille fondamentale : nous sommes nés pour ne rien posséder.

Les choses, il faudrait les voir en passant, d'un point de vue nomade, telle qu'elles sont, elles, simples, indifférentes, énigmatiques, posées là dans leur dialogues avec l'éternité. Elle n'est pas pour nous, leur essence, leur tranquillité.

Extrait de La Survivance de Claudie Hunzinger.


lundi 24 septembre 2012

Aurélia Bonnal - The queen is dead


Éditeur : Buchet Chastel - Date Parution : Août 2012 - 173 pages de rythme et de vie! 

Elo, trentenaire parisienne, mariée et  un enfant vient de publier son premier roman. Bert vit près de Perpignan où il travaille dans un magasin de vins et vit avec sa copine Gilberte. Passionné de rock, il joue de la guitare dans un groupe amateur.

Il aura fallu d’un hasard pour que Bert se retrouve avec le livre d’Elo dans les mains. Même si la lecture n’est pas trop sa tasse de thé. Au fil des pages, il se reconnait dans l’histoire. Oui, Elo raconte leur adolescence. Dans le sud de la France, Ils étaient un petit groupe d’amis à écouter les mêmes chansons, à partager leur temps libre ensemble. Du jour au lendemain, Elo a tout plaqué et n’a plus donné aucune nouvelle à  personne. C’était il y a vingt ans. De son côté, Elo doute de son livre. Elle donne l’impression d’être une jeune femme épanouie malgré ses fêlures. Elle s’étonne, sourit de petites choses, tâtonne et vit en ayant peur de rater le coche.  Bert va rompre la monotonie  de sa vie tranquille en voulant reprendre contact avec Elo. Mais si vouloir  renouer avec le passé rime avec les bons souvenirs, les questions et le clasch du présent sont au rendez-vous.

Roman à l’écriture absolument moderne, the queen is dead dresse le portait de deux personnes en alternance. On pourrait presque penser que  tout les oppose tant ils sont devenus différents. En apparence et au vu de leurs vies. Car chacun a ses blessures mais surtout la culture des années 80 qui les a vus grandir. Et c'est de façon quasi-logique que les références musicales apparaissent dans le récit de Bert. Tandis que le personnage d’Elo est un tourbillon de spontanéité, d’idées, de questions où la musique, la poésie se glissent  au détour d’une phrase. Jeune femme dont la fragilité est palpable. 

Si j’ai trouvé que l’histoire en elle-même s’essoufflait un peu dans la seconde partie, il n’en demeure pas moins que l’écriture d’Aurélia  Bonnal est naturelle, non formatée, sans apparat, sensible et poétique. Ecriture qui m' a tout de suite harponnée ! On ressent que l'auteure y a mis de son âme et de son cœur.  Sans jouer sur le corde sensible ou verser dans les bons sentiments,  il s’agit d’un premier roman qui touche, émeut par sa singularité !  Et une auteure à suivre!

J'avais fusillé ma vie. c'était clair. Là, c'était foutu, Il ne me restait plus  qu' à compter mes points de retraite misérables, à attendre le dimanche aprèsm, le lundi, le mardi, les jours fériés, les congés payés, la quille, la mort. J'avais envie de tout casser toutes les bouteilles. 

Le billet de Stephie 



dimanche 23 septembre 2012

Darin Strauss - La moitié d'une vie


Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2012 - 204 pages sobres et fortes!
 
A dix-huit ans, Darin Strauss roule en direction du minigolf avec des amis. Il percute une jeune fille à vélo. Celine Zilke s’est brusquement déportée vers la gauche et il n’a pas pu l'éviter. Tous deux étudient dans le même lycée et habitent la même ville. Celine décèdera  à l’hôpital. Bien que tout le monde ait affirmé que l’accident était inéluctable, la vie de Darin Strauss a été modifiée à tout jamais.

Là où certains s’épancheraient en pathos à la recherche de compassion,  Darin Strauss nous livre un récit  qui frappe par son honnêteté. A trente-six ans , l'auteur revient sur l’accident et sur ses suites qui ont  bouleversé à jamais sa vie. Le choc, la cycliste renversée,  les premières pensées et très vite  la culpabilisation d’être celui qui a enlevé une vie à quelqu’un de son âge.  La mère de la jeune fille lui demandera  de vivre  désormais pour eux deux et le jeune homme ne pourras pas accepter. A quelques semaines de la fin des cours au lycée, il devient celui que l’on se désigne par regard ou celui à qui l'on confie brièvement quelques  mots souvent gauches. Lui-même se perd, ne sait quelle attitude adopter et  l’université sera pense-t-il une échappatoire. Mais il ne peut pas s’empêcher de penser à elle, d’imaginer qui elle serait devenue. La notion d’être directement ou non le responsable  de la mort de Celine est là.  Il a maintes fois visualisé la collision, calculé et recalculé le temps qu’il lui aurait fallu pour dévier son volant. Comme pour se rassurer de n’être pas coupable alors que son innocence a été prouvée. Une innocence remise en question quand les parents de la jeune fille voudront lui intenter un procès. Il ressassera ses pensées,  légitimes ou non. La culpabilité et sa gangue de silence l'empoisonneront.  Sa  future femme sera la première à l'écouter.  Elle l’encouragera à écrire ce récit pour accepter d’être celui qu’il est et de vivre enfin.

Ce témoignage dont la vocation première était cathartique est un face à face sans tricherie avec soi-même. Tout en  explorant les mécanismes de la conscience,  les émotions, la sobriété et l'honnêteté de l'auteur rendent ce livre bouleversant et saisissant ! Une lecture en apnée totale !

Le camouflage était devenu ma seconde nature. Mes amis ne voulaient pas savoir. Qui aurait voulu savoir "ça"? Pas moi c'est certain. Tout ce que je voulais, c'était examiner mes suppositions à la loupe, observer chaque facette, chaque éclat de ma fausse pierre précieuse.

Les billets de Kathel, Ys

 

samedi 22 septembre 2012

Helene Uri - Trouble


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : 2011 - 360 pages dont on ne sort pas indemne !

Six personnes assistent à l’enterrement de Karsten Wiig dont l’ancien procureur Edvard Frisbakke qui l’a condamné à la prison des années auparavant pour abus sexuels sur ses deux fillettes. 

Karsten et Marianne Wiig est un couple comme tant d’autres mais le temps a œuvré en leur défaveur. Marianne soupçonne son époux d’infidélité par des petits gestes ou des attitudes de tous les jours. Et Karsten finit par avouer. Oui, il l’a déjà trompé et oui, il a une maitresse plus jeune qu'elle Barbara. Se sentant trahie, elle met Karsten à la porte. Une question l'assaille : si son mari a bafoué les règles du mariage, il s’en est peut-être pris à leurs filles Elise âgée de dix ans et Henriette huit ans. La machine judiciaire se met en route quand Marianne  se rend chez le procureur Edvard. Ce dernier a fait des abus sexuel sur mineurs son combat. Au procès, Karsten sera condamné. Vingt ans plus tard, l’enterrement de Karsten les replonge dans leurs propres souvenirs. 

Dès le début de ce livre, nous sommes plongés dans le doute. Est-ce que Marianne a réagi seulement sous le coup de la colère ou a-t-elle vraiment voulu protéger ses filles ? Pourquoi  le procureur Edvard Frisbakke s’est-il autant investi dans les affaires liées aux mineurs abusés ? Les faits racontés  par Elise et Henriette sont-ils à prendre pour argent comptant ? Barbara a t-elle été toujours convaincue de l'innocence de Karsten? Par fragments, chacun revit les évènements du passé et plus ceux plus récents. Après révision de son procès, Karsten sortira de prison blanchi  mais  sa fille Elise refusera de le voir. Le mal est fait et  Karsten est un homme dont la vie a été anéantie. Inceste? Erreur judiciaire? Entre persuasion ou auto-persuasion, rejet ou  scepticisme, la vérité apparaît à la fin du roman.   
Sans tomber dans le voyeurisme, ce livre malmène les avis  hâtifs l'on peut se faire au fil des pages. On avance en équilibre tiraillé par le fait de n'avoir aucune certitude. 
L’auteure creuse et décortique la psychologie de chacun ses personnages et leur évolution.
Le rythme n’est jamais pressant, l’écriture d’Helene Uri enveloppante contraste avec la dureté des thèmes. Un roman sombre, dérangeant, déstabilisant mais tout en pudeur. Une lecture dont on ne sort pas indemne !

Les billets de Cynthia, HélèneLiliba 

 

jeudi 20 septembre 2012

Maggie Shipstead - Plan de table


Editeur : Belfond - Date de parution : Septembre 2012 - 417 pages jubilatoires, intelligentes et succulentes!

La fille aînée des Van Meter Daphnée  se marie dans quatre jours sur l’île de Waskeke où ses parents possèdent une maison secondaire. Le future mariée enceinte jusqu’aux dents se délecte  du soleil en compagnie de ses demoiselles d’honneur. Sa mère Biddy s’active à ce que tout soit parfait tandis que son père Winn n’est pas d’humeur festive. 

La famille Van Meter est une famille bourgeoise. Les parents de Daphnée n’ont pas voulu  regarder à la dépense pour le mariage de leur fille car elle épouse Greyson Duff un  des quatre garçons  d’une famille très aisée. Mais voilà, Winn a des principes et il  n’a  pas digéré  que sa fille se marie en étant  enceinte. Durant ces quatre jours qui précèdent le mariage, Winn est sur les nerfs. Pour un tas de raisons dont une principale. Depuis trois ans, le Peqod le club le plus huppé de l’île ne l’a toujours pas accepté parmi les siens. Winn ne comprend pas pourquoi. Sa cadette Livia en phase de passer sa thèse en biologie marine s’est faite larguer quelques mois auparavant par son fiancé et n'en ets pas toujours pas remise. Winn au lieu de défendre Livia a presque pris parti pour son fiancé. Tous deux ayant appartenu à la même confrérie étudiante mais surtout pour garder une chance d'être admis  au  Peqod. Comme l’ile de Waskeke n’est pas  très grande et qu’il est bien vu d’y avoir une maison de vacances,  tout ce petit monde va se croiser en quatre jours. Rajouter une belle sœur alcoolique, la belle famille pour qui on prépare un repas très simple (juste du homard), Winn qui va tromper sa femme avec une des demoiselles d’honneur,  des mensonges, une belle couche d’hypocrisie pour les sacro-saintes apparences  et vous obtenez ce roman jubilatoire !

Pour un premier roman, j’ai été époustouflée par l’écriture ! C’est vif, gai, tonique, cruel, intelligemment bien mené, sans temps mort et les pages défilent à toute allure !  

Entre les regrets infondés et la jalousie de Winn à son peu d’amour envers sa femme et ses filles, les frivolités diplomatiques entre gens de la bonne société saupoudrées de doré sous lesquelles dort l’indifférence conférée par la position sociale, la solidarité des fraternités étudiantes mais aussi  les valeurs et les traditions familiales en lesquelles on croit, l’amour et  l’espoir, Maggie Shipstead passe au crible ces quatre jours et c’est du pur bonheur !!!!

Sous des aspects faussement légers, ce roman  amène une véritable réflexion sur  la famille et sur les  sentiments profonds qui demeurent  lorsque que l'on a gratté le vernis. Avec une une ironie succulente, elle lève le rideau sur  ce pathétique cinglant! Mention pour spéciale pour Livia qui m’a profondément touchée  pour sa sincérité !

Un très  bon roman que j’ai dévoré et impossible de choisir un extrait ! 




mercredi 19 septembre 2012

Anne Percin - Comment devenir une rock star (ou pas)


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Septembre 2012 - 322 pages et un bon moment de lecture!

O toi lecteur, souviens-toi, nous avions laissé Maxime entre les mains de la douane et   sa douce dulcinée, Natacha partait toute seule à en vacances  à Londres. Une amende, un tour au commissariat  de police et Max n’a pas trop le cœur de rentrer chez ses parents (on peut le comprendre). Dans son carnet  il retrouve le numéro de téléphone de son tonton Christian (le frère son père qu’il avait rencontré suite à l’infarctus de Mamie Lisette). Et voilà que Max s’installe avec une petite appréhension quelques jours  chez tonton à Creil. Il faut dire que Christian au chômage, vivant dans son minuscule studio et n’ayant pas de vie sociale peut effrayer par son aspect légèrement déprimé. Mais si le tonton apparait comme un perdant ou un raté, il est un guitariste hors pair doté de l’oreille absolue et pour qui sa Finder (sa guitare) est un objet sacré.

Voilà commence la suite de the life de Maxime.  Bien entendu, on ne change pas l’équipe et on retrouve Kevin, Alex, le policer du Kremlin-Bicêtre qui  avait terrorisé Max et  Mamie Lisette. Un nouveau personnage Julius haut en couleurs fait son apparition. Et Max dans tout ça ? Il a son bac à préparer sans compter l’examen pour intégrer  Sciences Po. Et surtout il va former un groupe de musique. Un vrai qui s’éclate quand il joue et où quand on entend les premières notes de basse accompagnées de batterie, on est transcendé de la tête aux pieds par la foi de la musique (le bonheur!). Mais avant, l’amour le fera souffrir,il deviendra presque accro à la philo ( si !), et en apprendra davantage sur sa famille.  Et surtout il grandit car comme dit Mamie Lisette  on ne grandit pas tout seul  et cette Mamie, je donnerai cher pour la connaître. Car imaginez une Mamie qui vous laisse son sous-sol pour faire de la musique, qui accueille vos nouveaux amis sans jamais avoir de préjugés, qui ne ronchonne pas  parce que vous faite des crêpes pour six ou sept personnes. Non Mamie Lisette  ne fume pas  la moquette comme son fils Christian mais elle est tolérante. Et cet adjectif revient dans ce livre sans être cité. Le groupe de Rock  de Max est avant tout l'aventure de quatre personnes qui n’ont rien en commun hormis leur passion pour la musique. Des personnes très humaines venant de différents milieux et horizons.   
Je ne vous en raconterai pas plus sauf que Max occupe son  nouvel an d’une façon complètement loufoque (j’ai rigolé !), que  j'ai soupiré de regrets d’avoir laissé les CD remplacer mes vinyles (et oui, la bêtise  n’a pas d'âge) ou de joie à la lecture de certains noms de groupe  (mes goûts musicaux ne s’arrêtant pas  à Miossec et à Bashung pour ceux qui en doutaient).   
Seuls petits bémols : j’ai quelquefois buté sur le langage djeuns,  l’humour et les réflexions de Kevin  flirtent souvent avec le vulgaire. Et comme ils sont meilleurs amis, Kevin a un peu déteint sur Max. Mais, avec son groupe, il retrouve sa marque de fabrique et  il acquiert une ouverture d’esprit ! 

Ce troisième tome (la suite de  comment (bien) rater ses vacances, comment (bien) gérer sa love storycomporte beaucoup de  références musicales (une bible!), de l'humour,  des situations (complètement) délirantes  et ce changement perceptible à l'adolescence qui s'appelle la maturité! Un bon moment de lecture ! 




mardi 18 septembre 2012

Dermot Bolger - Une seconde vie


Éditeur : Joëlle Losfeld - Date de parution : Janvier 2012 - 257 pages et un avis mitigé...

Lors d'un accident de voiture, Sean Blake est  déclaré mort cliniquement durant quelques seconde. Cet évènement le change car il a l’impression d’avoir vécu une autre vie. Sa femme assiste impuissante à ce changement brusque. Il ne s’intéresse plus à son travail et se met en quête de retrouver à tout prix sa mère biologique. 

Depuis son accident, Sean a des visions d’un siècle passé et de lieux anciens avec la sensation de les avoir connus dans une vie antérieure. Il repense à son enfance, aux liens avec ses parents adoptifs notamment avec son père et comment il a réagi en apprenant qu’il était un enfant adopté.  La nécessité de retrouver sa mère biologique devient une priorité. En parallèle de l’histoire de Sean, il y a celle de sa mère. Lizzy n’a jamais cessée d’être rongée par le poids de la culpabilité. Irlandaise, son sort était tout tracé car toute jeune fille tombent enceinte hors mariage était un déshonneur. Placée dans des couvents chez les religieuses,  les jeunes filles étaient humiliées et n’avaient aucun choix possible. Francis ( le prénom qu’elle avait donné à Sean) lui été enlevé à l'âge de six semaines.  L'Angleterre lui offrait la possibilité de démarrer une seconde vie selon l'expression des religieuses comme si elle n'avait jamais porté ou mis au monde Francis.  Elle s'est mariée, a eu d'autres enfants et  n' a jamais pu confier à personne son secret. Durant toutes ces années, l’amour pour ce fils a toujours été plus fort  plus que celui éprouvé envers ses filles.   
  
Ce livre avait tout pour me plaire car le thème de fond est l’histoire de l’Irlande. Mais voilà, la première partie traîne en longueur appuyant un peu trop sur la corde des trémolos et les recherches historiques de Sean en lien avec ces phénomènes extracorporels ne m’ont guère intéressée (mon esprit cartésien a été trop souvent titillé)... Et c’est dommage car je trouve que tout le reste du roman en pâti. Un avis mitigé pour conclure.

Le billet d'Helène dont je partage entièrement l'avis.

 


lundi 17 septembre 2012

Sea, Sex and Sun

L'atelier d'écriture a repris hier chez Gwen. Le sujet est : Vous – ou votre personnage alter-ego – êtes là sur la photo, parmi les gens présents autour de cette piscine. Votre présence en ces lieux est le résultat d’un tirage au sort qui vous a fait gagner le gros lot : une semaine de vacances dans hôtel-club de luxe! Mais tout ce que vous aviez imaginé avant le départ s’est trouvé balayé par la réalité… Racontez!

De Claire A Céline
Lundi 14h00
Bonjour Céline, je viens tout juste arrivée à l’hôtel donc ce mail sera rapide. Pour le moment, il n y a pas grand monde. A vrai dire, c’est même assez désert mais le jeune homme à la réception m’a dit que deux avions  remplis de touristes arrivaient demain midi.  Et il a eu un sourire coquin.  Tu me connais et j’ai rougi aussitôt. Ces sous-entendus laissent  imaginer que ces quinze jours risquent d’être animés. Ma chambre fait au moins le double de mon studio. Si tu savais combien je suis heureuse que  tu m’aies offert ce voyage alors que c’est toi qui l’avais gagné. Je vais aller profiter de la piscine. Finalement, j’ai écouté tes conseils avisés pour n’emporter que des tenues légères (et ravaler ma pudeur).  J’ai vu que tu avais remplacé mes maillots de bain par des petits strings. Oh,  quand même, j’espère que je ne vais pas apparaître  comme une dévergondée. Mais comme tu le disais un concours au titre de  3S à part Sea, sex and sun, il faut s’attendre à ce que ma vie sentimentale décolle.

De Claire A Céline
Mardi 11h00 :
La nuit a été terrible, je me suis faite littéralement  dévorée pas des moustiques.  Mais,  tout à l’heure, on a frappé à ma porte. Et devine ? Un photographe  m’attendait !!! Tu ne m’avais pas dit  qu'une partie  de mon serait immortalisé sur papier glacé. Tellement émue, j’ai failli pleurer !  Par contre, lui n’avait pas l'air aussi content que moi. Je ne sais pas pourquoi…  Tu as fait tant de mystères autour ce gros lot pour me préserver le maximum de surprises !   Je file me changer  pour la première séance même si le photographe a dit que tout était prévu et qu'il fallait que je sois prête pour l'arrivée des autres touristes! C'est tout simplement incroyable !!!! Je vis un conte de fées !

De Claire A Céline
Dimanche   20h00 :
Tu t’étonnes de ne pas avoir eu de mes nouvelles ? En fait non, je ne pense pas.  Les touristes sont arrivés enfin je dois  préciser les membres de l’association Strasbourgeoise des Sexagénaires amis  de la Saucisse. Tu le savais n’est ce pas ?  Moi qui croyais échapper à mes petits vieux de la maison de retraite, je me retrouve coincée avec  ces hommes  qui passent leur temps à me peloter.  Je ne peux même pas  me défiler avec mon petit string ! Que te dire des  photos où revêtue d’un costume en  caoutchouc représentant   une saucisse  géante sous 40 degrés minimum,  je dois sourire  auprès de cette joyeuse  compagnie ? Je transpire, ma peau part en lambeaux. Les soirées sont le pompon et  mes nuits sont des enfers. Ils viennent à me harceler  ivres morts et me raconter des blagues salaces. Jeudi, j’ai refusé de sortir de ma chambre. Le directeur  de l’hôtel est venu en hurlant et en agitant sous mon nez trois pages en langue locale. La vue de ta signature a été un choc. Là on m’attend pour le dîner  car si je ne descends pas, ils viennent ouvrir ma porte. Ambiance  fête de la bière sur fond de chenille et de danse des canards Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée!  Pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi ?

Lundi 9h10
De Céline à Claire :
Te souviens-tu   du jour de mon mariage ? Enfin, le jour qui aurait dû être le plus beau de ma vie. Je vais te rafraichir la mémoire. A l’église tellement émotive que tu aies, tu t’es mise à pleurer et Romain est allé vers toi.   Tu es sortie  pour te remettre de tes émotions et de peur de gâcher la cérémonie, tu t’es éclipsée.  Sauf que Romain a eu ce qui s'appelle un  coup de foudre et il a refusé de me dire oui devant les 250 convives. J’ai raconté à Romain que tu étais une inconnue et les filles du service m’ont soutenue.  Je t’ai menti, préférant te laisser croire que c’est moi qui avais changé d’avis. Sotte comme tu l’es,  tu m’as crue. Depuis deux ans, tu es devenue mon obsession. Mon cauchemar. Chaque jour, je me fais violence pour ne pas craquer. Ca m’a permis d’attendre et de trouver  le meilleur moyen de me venger. Quand  il y a quelques mois, j’ai trouvé cette annonce  « cherche JF belle, serviable et souriante pour animer la sortie annuelles des 3 S ». J’ai envoyé ta photo en louant tes qualités et en refusant le salaire proposé !  Tellement naïve tu as avalé cette histoire de gros lot.  A chaque fois que je t’accompagnais dans les boutique, je frissonnais de plaisir rien qu’à t‘imaginer dans cette situation. Ah et au fait, ton séjour risque de se prolonger. Des grèves aériennes sont prévues semaine prochaine. Et quand tu reviendras (si un jour tu reviens), je serai partie. Alors ce voyage prend-le comme mon cadeau d'adieu.  Et pour l'humiliation, bienvenue au club! Ciao Saucisse !

Marie-Hélène Lafon - Les pays


Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : Septembre 2012 - 203 belles pages avec beaucoup de pudeur!

Enfant, Claire se rend à Paris pour le salon de l’agriculture. Devenue bachelière, cette fille de paysans du Cantal est acceptée à la Sorbonne pour des études littéraires. La jeune fille rencontre un nouveau monde, un nouveau pays qui lui est inconnu et où la culture lui fait défaut. Parmi tous ces étudiants,  elle se sent souvent mal à l’aise. Après des mois  elle jetait chaque jour ses jeunes forces  dans la lutte des études qui étaient sa guerre, elle décroche sa première année, poursuit ses études et finit par s’installer dans cette ville. Claire s’est construite avec ce mélange de deux  mondes où elle a trouvé un équilibre.

Claire connaît la dureté et les difficultés du travail de ses parents. Un monde agricole avec  le couteau sous la gorge, des heures de travail non comptées et des interrogations sur l’avenir de la profession. A la Sorbonne, elle découvre, apprend ce que d’autres étudiants connaissent par leur milieu social. Gêne et honte se font sentir. Et il y a Paris. Une vie dont elle ne profite pas, un endroit qui ne lui appartient pas. Avec la peur de redoubler et de perdre  la bourse qui lui permet d'étudier. Petit à petit, elle prend ses marques, apprivoise cette ville  sans pour autant oublier d’où elle vient. Ses origines sont ancrées en elle. Indélébiles. Et ce sont autant d’odeurs, d’environnements différents  qui lui rappellent son Cantal et la ferme familiale.
Chez Marie-Hélène Lafon, le mot paysan n’est  pas dénigré mais employé avec respect et fierté.  J’ai doublement aimé ce livre car je me suis retrouvée dans ce personnage de Claire.
Sans tout raconter,  les dernières pages sont  particulièrement émouvantes. Claire devenue adulte reçoit son père et son neveu  quelques jours chez elle. Les pensées, les sentiments du père et  sa fille  sont décrits avec une justesse incroyable. Un père qui ne comprend pas mais admet leurs vies différentes.

Soit on aime l’écriture de cette auteure, soit c’est l’inverse et on peut avoir l’impression d’être enseveli par ce ruisseau de mots. Il faut prendre son temps pour s’imprégner de la richesse déployée par l’envergure stylistique (certains diront pompeux ou ennuyant, pas moi) car comme dans l’annonce, l’écriture se joue des codes et de la ponctuation.   
Un livre sur les origines, sur le monde paysan (avec un hommage et un amour qui saute aux  yeux et prend à la gorge), sur la construction identitaire et où une forme de pudeur se ressent dans chaque phrase ! 

Le billet de Mimipinson


 

samedi 15 septembre 2012

Carole Fives - Que nos vies aient l'air d'un film parfait

Éditeur : Le Passage - Date Parution : Août 2012 - 119 pages magnifiques et un coup de cœur !

Début des années 80. Aux vacances de Pâques, des enfants apprennent le divorce de leurs parents. La famille implose et les deux enfants la fille et son petit frère Tom âgé de huit ans se retrouvent au premier rang des victimes. Commencent les week-ends chez le père, le chantage au suicide de la mère dépressive et  la lente séparation du frère et de la sœur. 

Les personnages prennent la parole tour à tour hormis le petit frère Comme dans un film rembobiné, chacun revient  sur les évènements  avec sa vision. Et les parents  avec  leur vérité ou les mensonges de l’époque.  Elle installée dans le sud de la France alors que le père est toujours sur Paris,  les enfants se trouvent échangés comme une marchandise de contrebande sur des aires d’autoroute, prennent le train avec leur écriteau accroché autour du cou. La mère déchue de ses droits veut son fils. Après tout c’est facile, deux enfants et  deux parents : à chacun le sien. Elle enrôlera sa fille dans ce procédé odieux. Entre un père dépassé par la situation  et une mère égoïste, ils ne trouvent  plus leur place nulle part. Séparés eux-aussi,  ils n'ont comme seul partage que des fêtes familiales et quelques jours de vacances ensemble. Ils encaissent,  souffrent en silence avec toujours en tête de ne pas décevoir ou faire de  la peine à  l'un ou à l'autre des parents. L'amarre fraternelle qui les unit s'effiloche, la complicité ancienne s'érode car  chacun grandit seul.

On  replonge dans ces années 80 et son ambiance émaillées d’évènements qui les ont  marquées : Gainsbourg brûlant son billet de 500 Francs sur un plateau télé, l’arrivée de la gauche, le top 50 et les illusions qui commençaient à s'envoler.  
Ce premier roman est une réussite sur toute la ligne !  Pas de pathos ou de mièvrerie  mais  des mots extrêmement justes pour parler de l’amour fraternel  et d’enfances saccagées.  J'ai souri, j'ai vibré d'émotions et j'ai eu beaucoup de poissons d’eau dans les yeux ! Un coup de cœur entier  !

On donnera le change pendant le vacances  de Noël, on leur montrera à tous que merci, ça va très bien, la vie continue. Mais c'est nous-mêmes que nous essaierons de persuader. On passe encore Noël ensemble après tout, qu'est-ce qui a changé depuis l'an dernier?  Nous sommes là, en face de vous, les mêmes cousins et vous allez voir que que nous n'avons rien perdu de notre sens de la répartie. Croyez-vous que nous allons nous étaler devant vous comme deux flaques? Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà appris à nous protéger. Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà appris à nous taire.

Un énorme merci à Dialogues Croisés !
Le billet de Cathulu 















vendredi 14 septembre 2012

Susan Hill - Des ombres dans la rue


Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : Avril 2012 - 401 pages et pratiquement autant de soupirs d'ennui...

Avertissement : O toi lecteur, si tu cherches un bon thriller, si tu veux tourner les pages avec frénésie, si tu veux te ronger  les ongles d'angoisse ou avoir l’esprit occupé tant tu te demandes qui est le coupable, tu peux passer ton chemin !

Prenez une femme  médecin Cat dont le mari est mort. Son frère Simon Serrailler est inspecteur. Célibataire comme il se doit et qui aime boire un verre de whisky quand il rentre chez lui (encore un). A Lafferton, deux prostituées sont retrouvées mortes mais avant cela il faut se taper lire quand même un bon nombre de pages où on nous détaille le quotidien de Cat. Ses difficultés à accepter la mort de son mari, à s’occuper de ses enfants.  D’autres personnages viennent se greffer : la belle-mère de Cat et de Simon, le doyen de la cathédrale comme pour enrober l’histoire ou comme pour un livre qui doit  en comporter un minimum. L’auteure utilise le même procédé pour chaque corps retrouvé. Ce qui permet en début de chapitre de se dire « tiens, ils ont retrouvé un cadavre » ! Car une autre femme disparait elle-aussi.  L’enquête n’en est pas une,  il ne s’agit ni plus ni moins que d’une succession d’évènements. Et le summum, on devine très facilement qui est le coupable ( du suspense? nada!).

J’ai soupiré très, très souvent d’ennui. Après ma lecture,  quand je me suis rendue compte que la 4ème de couverture en disait plus qu’il n'en faut (ce qui m'aurait épargné  300 pages), je me suis dit que j’ai tout simplement perdu mon temps ( et j'ai failli m'arracher les cheveux. A défaut de me ronger les ongles) ...
Un livre comme certains feuilletons télé où l'on peut regarder le 1er épisode, rater au moins 4 saisons et arriver à comprendre ce qui se passe.
Une écriture banale, une trame d’une simplicité affligeante et une grosse déception!












Le billet de Théoma qui renvoie à d'autres liens (et à ce rythme, on va pouvoir créer un anti fan-club)

jeudi 13 septembre 2012

Delphine de Malherbe - La fille à la vodka


Éditeur : Plon - Date Parution : Août 2012 - 232 pages vives et qui interpellent le lecteur !

Alice trentenaire a tout plaqué à Paris pour aller à Avignon. Depuis l’âge de  quinze ans, elle boit sans que personne ne l’ait remarqué. Boire pour oublier, pour anesthésier la douleur, pour combler le vide, boire pour oublier que l’on boit. Alice a trop vite grandi. Pourtant elle est belle, cultivée cette professeure de français qui a laissé tomber son boulot . A Avignon, elle rencontre  Patrice échoué lui-aussi dans cette  ville et qui cherche la fille. Pas n’importe laquelle. Un homme de vingt ans son aîné, fatigué, usé. A bout.  Face à lui, Alice ose se montrer telle qu’elle est.  

Un verre de vodka puis un autre qui en appelle un autre.  Alice connaît la spirale, elle est tombée dedans à l'adolescence. Et très vite, l’alcool lui est devenu nécessaire. Vital. Pour jouer le rôle que tout le monde attend d’elle. Famille, amis, personne n’a voulu voir son mal-être et sa dépendance. Sujet tabou. A Avignon, la présence de ses grands-parents l’aide. Un jour, elle aperçoit Patrice. Elle ose le provoquer pour attirer son attention.  Enter eux deux commence une relation passionnelle, obsédante pour Alice. Comme l’alcool. Ivresse de l’amour et celle  de l’alcool toute deux enivrantes, grisantes. Pour Alice, son filet ou son parachute est sa bouteille.  Elle s’abandonne à Patrice car elle estime qu’elle a plus à gagner qu’à perdre. Celui qui paraît le plus solide n’est pas celui que l’on croit et l’amour peut être non salvateur. Mais tomber permet de mieux se relever. 
Les phrases sont courtes, claquent à toute allure.  Delphine de Malherbe a un sens de la formulation qui interpelle et si certains dialogues m’ont semblés un peu artificiels, ils n’enlèvent rien à ce roman fort et touchant sur l’alcoolisme des femmes. Des femmes qui donnent l’apparence d’être fortes mais sont fragiles, démunies de ne pas arriver à tout assumer.  
Et une auteure que je vais suivre !

Avant toi, je maîtrisais. Avant toi, j'étais dure avec ceux que j'aimais. Je tenais la distance. Je mettais tout le monde à mes pieds. Depuis toi, ça coule sans cesse et sans raison de mes yeux, cette eau de Lourdes alcoolisée, même quand je ne ressens rien. 

Le billet de Gambadou 
Un livre de plus pour le challenge d'Herisson08 et de Mimipinson

mercredi 12 septembre 2012

Louise Erdrich - Le jeu des ombres


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2012 - 253 pages électrocutantes!

Quand Irene découvre que son mari Gil l’espionne en lisant son journal intime, elle le met à l'abri et débute un nouveau carnet où elle  pouvait écrire des choses visant à le manipuler. Et même à lui faire du mal. Irène veut que Gil parte mais il refuse.  

Ce livre est loin, très loin d’être qu’une simple histoire de séparation d’un couple. Depuis la la naissance de ses trois enfants, Irène a mis entre parenthèses sa vie professionnelle et continue toujours la rédaction de sa thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens.Gil est lui-même un peintre renommé et Irène lui sert  de modèle depuis toujours dans des positions provocantes ou  sulfureuses. Irène se sent dépossédée de son image par ces peintures. Tous deux sont de descendance indienne  mais Gil a toujours refusé d’être considéré comme un artiste indien. Leur histoire d’amour est celle d’une passion incandescente, brûlante, destructive et  Irène veut y mettre fin. Gil se montre possessif, jaloux, violent. Les enfants le craignent, entendent les disputes tandis qu’Irène devient dépendante de  l’alcool. Elle veut protéger ses enfants et rendre à Gil le mal qu’il lui a fait. Si Gil est toujours amoureux de sa femme, les sentiments d'Irène vont de l'indifférence en passant par l'affection au rejet. Elle connaît des soubresauts comme si tirer un trait sur son couple était plus dur qu’elle ne le pensait.  Les enfants comprennent ce qui se passe, les aînés  nourrissant  des sentiments d’incompréhension. Ou pire.

Habilement construit, le livre alterne les deux journaux  intimes d’Irène et un récit. On découvre à la fin du roman qui est ce narrateur.  
Louise Erdrich excelle dans ce roman ! Le couple,  la famille, l’amour sous toutes ses facettes sont décrits brillamment avec en filigrane l’histoire des amérindiens et le rôle des origines. 
Riche par la  complexité du rapport de ce couple déchiré, puissant et violent par les sentiments contradictoires, ce livre m’a laissée sans voix. Et la fin est un uppercut !

Après la malédiction des colombes et la chorale des  maîtres bouchers, cette auteure me fascine !

 
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