lundi 30 avril 2012

T.C. Boyle - Histoires sans issue


Éditeur : Grasset - Date de parution : Mars 2012 - 384 pages et 13 nouvelles absolument géniales!

Ce recueil de nouvelles porte son titre à merveille et  ce  livre est une perle ! En treize nouvelles absolument géniales avec une écriture  superbe et vive,  T. C. Boyle nous entraîne dans des situations où les personnages se retrouvent dépassés ( un jeune père ment sur l’état  de santé de son bébé pour ne pas aller travailler), surpris par le tournure des évènements. Ou alors,  ils dépassent eux-mêmes certaines bornes (un vieux couple plein d’argent fait cloner leur chien préféré) ou inhibent leurs craintes, se frottent à l’irraisonnable. Avec une précision incroyable, l’auteur va chercher le détail et ses personnages en sont d’autant plus vivants. Des nouvelles où l’humour n'est pas oublié. Loin de là ! 

J’ai adoré chacun de ces textes ! Pas de chute à se décrocher la mâchoire mais bien mieux car l’auteur ferre son lecteur par son  talent et c’est du bonheur !

Barbe fleurie, costume de prêt-à-porter, godillots noirs de la taille de chenets, le révérend affirma que Dieu, Jésus, la Bible étaient les autorités suprêmes ne matière de Création.A la suite, il se forma toute une file sinueuse d'intervenants qui, tous, parlèrent au micro, l'un après l'autre, dans le but d'exprimer leur opinion sur tout, du Déluge à l'âge de la planète ( Dix mille ans ! Vous êtes tombés sur la tête ou quoi ? hurla le professeur de biologie, sortant de la salle en faisant claquer la porte de secours, au milieu d'un chœur contrapuntique de hourras et de huées) jusqu'aux dernières avancées dans le domaine de l'exploration spatiale, à l'explication du génome humain, dont il fut indiqué qu'il était proche de celui du chimpanzé. Sans oublier les limaces.


Le billet de Cuné

dimanche 29 avril 2012

Rencontre avec Christel Diehl

Christel Diehl - Dialogues le 27 Avril 2012



J’ai eu la chance d’assister à l’intervention de Christel Diehl auteure d’Enola Game vendredi chez Dialogues. Celle dont ce premier livre n’a recueilli que des avis élogieux a parlé en toute simplicité de cette belle aventure.  Christel Diehl écrit depuis toujours des nouvelles et des poèmes à titre de loisir. Il y a sept ans, lors de la naissance de sa fille, le projet du livre a germé,  projet qu’elle a laissé mûrir avant d'entreprendre de le coucher sur papier.  Lors de son interview, elle a évoqué spontanément les billets publiés sur  les blogs qui l’ont beaucoup touchée car pour le moment le livre n’a eu que quelques articles dans la presse locale (journalistes parisiens, réveillez-vous !).

Actuellement, elle peaufine un second roman et est en cours d’écriture de deux autres livres. L’ensemble de l’auditoire était passionné et l’on ressentait beaucoup d’émotions et un vrai partage ! La sincérité se lisait dans ses yeux ainsi que l’émotion de rencontrer des lecteurs conquis.
Christel Diehl est une auteure humaine pour qui l’amour, l’amitié, la modestie  et l’empathie sont des valeurs importantes.
A ma question de savoir  si son  écriture ciselée où chaque mot est pesé était "naturelle" ou si elle effectuait un travail d’élagage, Christel Diehl m'a répondue qu'elle se fixait  comme objectif d’écrire toujours en un minimum de mots. Couper, trouver le mot juste  pour se débarrasser du superflu et ne garder que l'essentiel.

Je terminerai juste en reprenant cette citation d’Albert Camus qu’elle  a citée « créer c’est vivre deux fois ».

Merci à  Christel Diehl pour ce beau moment qui m’a donnée envie de relire encore ce livre! Et une dédicace spéciale pour les  blogolectrices qui ont lu Enola Game


samedi 28 avril 2012

Gilles Paris - Au pays des kangourous



Éditeur : Donquichotte - Date de parution : janvier 2012 - 248 pages tendres et remplies d'émotion !

Depuis que sa mère a accepté une mission en Australie, le papa de Simon, neuf ans, ne va pas bien. Ce petit garçon est très proche de son père Paul et quand ce dernier tombe malade, Simon se questionne.

Prendre comme narrateur un enfant est toujours risqué  mais Gilles Paris  réussit  avec brio à se glisser dans la peau de Simon.  Ce petit garçon ne comprend pas pourquoi sa maman accorde tant d’importance à son travail ni la maladie de son père. Paul fait une dépression et est interné. Sa grand-mère Lola un personnage haut en couleurs s’occupe de Simon. Ce petit garçon en  manque d’amour maternel  aimerait que son père guérisse, que la vie redevienne comme avant. Avec ses mots et son regard d’enfant,  Simon nous livre ses doutes, ses questions ce qui donne des dialogues tendres où l’émotion, le rire s’invitent  lorsqu'il attrape au vol une conversation et essaie de comprendre ce que les adultes se disent. Des adultes qui veulent le protéger de beaucoup de choses...Je n’en dirai pas plus sauf que je n’ai pas vu la fin venir.

La mort, la maladie, l’amour, l’apprentissage de la vie sont traités avec beaucoup de finesse et d’émotions ! Quelques petits bémols : j’ai trouvé  que le personnage de Lily, cette petite fille imaginaire, n’avait pas sa place et qu’il y avait quelques petites longueurs mais ils ont été largement balayés par l'ensemble.

J’ai été vraiment touchée par cette belle lecture que j’ai refermée le cœur pincé !

De nombreux avis sur Babelio

Le prince de quoi ? D'un papa très fatigué qui vient de se rater? D'une maman trop loin pour le savoir? Oui, Lola n'a pas voulu le dire à maman. Elle m'a dit que cela  ne la ferait pas revenir et qu'elle s’inquiéterait plus que nous à cause des vingt-quatre d'heures d'avion qui nous séparent. Je n'ai pas envie d'être un prince. Seulement un petit garçon comme les autres qui marchent entre ses deux parents.
 

vendredi 27 avril 2012

Jeff Sourdin - Ripeur


Éditeur : La Part Commune - Date de parution : 2010 - 133 pages lues en apnée! 

A vingt-sept ans, Dimitri est ripeur dans un petit village en Mayenne. Depuis quatre ans, il effectue ce travail d’éboueur la nuit. Deux années de fac puis l’intérim l'ont conduit à cet emploi sans gloire ni prestige.

Dimitri nous livre ses réflexions sur son travail bien entendu et sur la vie en général. Des réflexions empreintes de sincérité qui sont, je le pense,  la grande force de ce roman. Entre désillusions et rêves avortés, ce jeune homme s’est installé dans une routine. Le travail de nuit, ses habitudes au café du coin, et la honte qui lui colle à la peau de dire quel emploi il occupe. A vingt-sept ans, peut-il espérer mieux ? Et l’amour ?


Pour un premier livre, Jeff Sourdin fait fort !
De la poésie mais également de l’humour pour une écriture qui sonne juste et un livre qui prend aux tripes ! 

Nuit humide. Parole engourdie, moral déclinant, esprit ramolli. Je pense deux heures encore et nous serons au chaud, deux jours encore et nous serons au repos. Mais à combien d'années encore dois-je penser, avant la fin de ce boulot? 


Les billets de Gambadou, Gwen  ( merci!!!), Midola, Philisine Cave

jeudi 26 avril 2012

Louisa Reid - Des bleus au cœur


Editeur : Plon - Date de parution : Avril 2012 - 314 pages émouvantes!

Rebecca et Hephizbah sont jumelles ou plutôt étaient car Hephizbah est décédée. Deux adolescentes de dix-sept ans, filles d’un Vicaire extrémiste qui pour la première allaient au lycée.  Rebecca sait ce qui s’est réellement passé.

Alternant le récit de Rebecca par le présent et celle d’Hephizbah avant son décès, très vite, on comprend que les jumelles  ne vivent pas une situation familiale normale.  Toutes deux ont peur de leur père un vicaire qui ne prêche pas que la bonne parole.  Soumise, leur mère semble elle-aussi endoctrinée. Pour Hephizbah, leur scolarisation est une échappatoire : fréquenter d’autres jeunes, sortir en cachette. Rebecca atteinte d’un handicap physique  n’a pas d’amies et aime lire à la bibliothèque du lycée. Activité interdite par leur père comme tant d’autres. Un père tyrannique qui a commis l’impensable sur une de ses propres filles… Un père utilisant la violence physique et morale. Et comme souvent dans ces cas, personne de l’extérieur  ne s’est rendu compte de l’enfer que vivent les deux adolescentes.

Ce roman pointe du doigt les dérives religieuses, la maltraitance sous toutes ses formes. Une lecture émouvante, dure par moments qui m’a beaucoup touchée !

Des parents comme les nôtres,somme toute. Des fous camouflés sous des vêtements anodins, , qui affichaient des sourires et rassemblaient de l'argent pour de grandes causes. Des fous qui s'agenouillaient pour prier  et qui, une fois à l'abri,  calfeutrés derrière les portes de leurs maisons, tombaient le masque et libéraient tout leur poison. 

mercredi 25 avril 2012

Fred Ballard - Tout le monde n'a pas le destin de Kate Middleton


Éditeur : Pygmalion - Date de parution : Mars 2012 - 307 pages hilarantes !

Capucine Guillon est une quarantenaire qui n’affiche pas une taille pour yaourts à zéro calorie. Divorcée trois fois et mère de trois mollusques (c’est-à-dire de garçons ados), Capucine est rédactrice de questions (stupides) pour des jeux télé et semble attirer la mauvaise poisse.

Oui,  vous avez  bien lu, enfin une héroïne quarantenaire qui n’a pas le physique d’un top model , qui ne court après le grand amoooour  (mais plutôt derrière son caddie), qui sait ce que c’est de remplir trois ventres d’ados, de jongler entre les courses, le boulot et les fins de mois difficiles !  Capucine possède un humour à toute épreuve. Heureusement car Capucine possède le chic pour se retrouver dans des situations abracadabrantes. Cette mère pense au bien  de ses enfants et aux futures psychanalyses qu’elle devra leur payer (comme moi !), n’hésite pas à mentir  à son banquier et est complètement irrésistible ! 

J’ai rigolé aux éclats ! Servies par une écriture dynamique,  les pages se tournent toutes seules et bonus, on travaille ses abdos ! 

Je n’ai pas pu me résigner à choisir un extrait ...

Les billets de Cathulu (qui explique le concept  du trikini), Keisha



mardi 24 avril 2012

Anne Révah - Pôles magnétiques


Éditeur : Arléa - Date de parution : Avril 2012 - 189 page et un avis mitigé.

Clarisse s’envole pour l’Arizona. A bord de l’avion elle se rend compte qu’elle a oublié son portable. Cette jeune femme qui manque de confiance en elle va peu à peu discuter avec son voisin. Ingénieur, Léonard écrit et il lui laisse son numéro de téléphone ainsi que des textes.

Si j’avais beaucoup aimé Manhattan, le premier roman de cette auteure, mon ressenti est partagé suite à cette lecture.  Clarisse une jeune femme peu sûre d’elle qui semble très amoureuse de son mari Gabriel et de son fils est difficile à cerner. Si j'ai pu comprendre certaines de ses appréhensions, j'ai trouvé son comportement souvent puéril. Loin de chez elle, sans son téléphone, elle semble ne pas savoir se débrouiller seule. Pourtant, elle est habituée à voyager par son métier. La première partie du livre est agréable à lire mais la suite m’a semblée moins aboutie. Je n’ai pas compris pourquoi Léonard lui laissait ses écrits ni le comportement de Clarisse une fois arrivée en Arizona.  

Deux personnages  un peu trop énigmatiques pour moi avec la sensation  de ne pas avoir les clés pour ouvrir les portes.
Mais, le style d’Anne Révah est toujours empreint de beaucoup de sensibilité et de finesse.

Ils s'étaient trouvés, un ajustement incontestable de leurs voix, de leurs contours. Ils s'étaient trouvés, et c'était sans issue. Ils l'avaient su depuis l'avion, sans le savoir, et c'était sans issue.

Les billets d'Alex, Antigone, Géraldine, Sylire.


lundi 23 avril 2012

Alina Bronsky - Cuisine tatare et descendance


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2012 - 330 pages de plaisir !

Rosa est une femme qui mène son petit monde à la baguette. Entendez par là qu’elle règne sur son mari et sa fille. Quand cette dernière met au monde la petite Aminat, Rosa veut s’occuper de son éducation. Comme elle le veut. Et gare à ceux ou celles qui se mettent en travers son chemin.

Une histoire de femmes sur trois générations qui commence en URSS et se termine en Allemagne, une écriture dynamique et voilà un livre que je n’ai pas lâché ! Rosa est une femme de caractère, autoritaire et qui aime décider de tout. Petits inconvénients, elle n’admet pas avoir tort ou ne mesure pas toujours les conséquences de ses actes. Rosa dirige la vie de sa fille et celle de sa petite-fille Aminat. A sa manière avec beaucoup de fermeté. Même si elle est d’une méchanceté terrible envers sa fille et un brin égocentrique, au lieu d’apparaître antipathique, on ne peut s’empêcher d’éprouver pour elle de la sympathie.  Entre sourires, rires et émotions, on s'en donne à cœur joie !


Une fresque de portraits de femmes réjouissante à souhait ! Un vrai régal de lecture!
  
En Allemagne, beaucoup de femmes ne prenait pas soin de leur apparence et, pour moi, c'était un jeu d'enfant que de les éclipser. On aurait pu prendre n'importe quelle femme par hasard dans la rue - j'étais mieux habillée qu'elle, mieux maquillée et j'avais des formes plus alléchantes et mieux mises en valeur que la plupart des jeunes autochtones.


Les billets de Cathulu ( merci !), Cuné




dimanche 22 avril 2012

Aux yeux de tous


Film réalisé par Cédric Jimenez
Avec Amélie Doutey, Olivier Barthelemy, Francis Renaud

Synopsys : 673 000 caméras de surveillance et des millions de webcams en France. Un hacker anonyme a piraté toutes les caméras de Paris et observe la ville à son insu. Petits délits et moments d'intimité volés, il voit tout. Jusqu’au jour où un attentat dévaste la gare d’Austerlitz. La police se met sur la piste d’un groupe satellite d’Al-Qaïda. Le hacker réussit, lui, à trouver les images de l’explosion et découvre que c’est un jeune couple qui a posé la bombe… A l’aide des caméras de la ville, il décide de traquer les coupables. Sans le savoir il va mettre le doigt dans un terrible engrenage.

Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un film sans éprouver la moindre petite longueur ! Aux yeux de tous est un film captivant parce l’action est rendue grâce aux différentes caméras : celles des PC,  des surveillance dans les  lieux publics, les magasins. Le hacker dont on ne connaît l’identité qu’à  la fin traque les poseurs d’une bombe grâce à ces différentes caméras. Ce geek a réussi à craquer ( très facilement) les réseaux informatiques. L’attentat est attribué à un mouvement terroriste mais la vérité est toute autre. 

Ce film sur les manipulations de l’image via internet, celle des politiques et  la surveillance est mené tambour battant  ! Je vous garantie que l’on regarde différemment toutes les caméras après ce film ( souriez, vous êtes filmés à votre insu !)…Petits bémols : la prestation d'Amélie Doutey est peu convaincante et déjouer les sécurités informatiques n'est pas aussi simple ( heureusement). Un bon moment de ciné!

samedi 21 avril 2012

Chris Adrian - Un ange meilleur


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2012 - 283 pages et 9 nouvelles impeccables !

Avec ce premier recueil de nouvelles, Chris Adrian frappe fort. Très fort. Encensé par les critiques Outre-Atlantique, ces nouvelles nous propulsent  dans des univers où la mort, la maladie et  le surnaturel sont présents. Et c'est là tout le talent de l'auteur ! Dans une écriture limpide, il captive le lecteur déroulant avec minutie l'intrigue de ses textes.

Il faut prendre son temps pour cette lecture, se laisser imprégner par l'atmosphère qui se dégage de chaque nouvelle.

On flirte entre la réalité et des mondes imaginaires où la noirceur domine. C'est sombre, pas de mièvrerie ou de rose bonbon. Chris Adrian aborde des thèmes durs avec une lucidité et un réalisme impressionnant.
Je suis sortie sonnée de cette lecture ! 

Mon père m'avait prévenu : la tristesse se cramponne à la tristesse et les dépressifs se promènent en bande avec un air de chien battu. Il n' y a pas pire raison pour se lier d'amitié qu'un désastre partagé.


Le billet de Jérôme


vendredi 20 avril 2012

Marc Dugain - Avenue des géants


Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2012 - 361 pages et une claque !
 
Al Kenner est un adolescent qui  mesure 2 mètres 20 et qui possède un QI plus élevé que celui d’Einstein. Elevé par ses grands-parents paternels,  sa vie bascule  le jour de l’assassinat de JF Kennedy.  A quatorze ans, il les tue de sang froid.

Mais quel livre ! Captivant et  terrifiant à la fois ! Marc Dugain se glisse dans la peau d’Al Kenner, un serial killer qui purge toujours sa peine derrière des barreaux d’une prison en Californie. La descente aux enfers commence le 22 novembre 1963, date du décès de JFK. Malgré son intelligence supérieure, le jeune homme est en proie à des pulsions meurtrières. Après l'assassinat de ses grands-parents, il  se dénonce et est interné en hôpital psychiatrique. Al a compris quel rôle il devait jouer pour redevenir libre. Au bout de cinq années, il en ressort. Mais l’individu n’a pas changé. Doté d’une personnalité complexe qui se bat intérieurement contre ses propres démons, il devient l'ami du chef de la police criminelle. Dans cette Amérique qui panse ses plaies de la guerre du Vietnam et où les mouvements hippies voient le jour, Al se débat dans ses propres souffrances. 

L’auteur a fouillé, creusé la psychologie du personnage. Dès le départ, on sait qu'Al Kenner sera de retour en prison mais la clé n’est fournie qu’à la fin de ce roman qui se lit comme un très, très bon thriller. Mars Dugain nous immerge dans l’Amérique des années 60-70 et c’est terriblement réussi ! 

Une grande claque!!!

Elles me fascinaient à ne douter de rien, à croire que leur existence était tracée comme un chemin de fer. Jamais, de près ou  de loin, elles ne laissaient le désenchantement s’insinuer en elles. Les superlatifs veillaient  à atomiser le moindre signe de pessimisme. Elles traitaient le bonheur comme un petit chien qui dépérit sans sa maîtresse. Entre l'université et la plage, des dizaines de filles au même standard entretenaient mon intérêt pour l'existence.




jeudi 19 avril 2012

Ma campagne ( non présidentielle ) à moi

Comme l'heure est aux programmes, aux promesses et autres, j'en profite pour pousser d'un coup de gueule! 
Oui, un coup de gueule contre ma ville ! Avec l'arrivée du tram, un appel d'offres a été lancé pour les nouveaux abris de bus et du tram. Channel a remporté le marché. Adieu les anciens abris de bus et voilà les nouveaux tout beaux! Sauf que tous les arrêts ne sont pas pourvus de banc. Habitant près des Facs, mon arrêt de bus n'est pas pourvu de banc. Car apparemment qui dit Fac dit étudiant et donc jeune et  en bonne santé. Le Brestois est donc censé se tenir droit comme un piquet ou s'appuyer contre les vitres de l'arrêt ( à noter  que cette posture est adoptée par ceux qui tentent de maintenir à flot l'alcool ingurgité. Le degré d'inclinaison dépendant fortement de la quantité et du degré du liquide avalé). Donc hier j'ai appelé la mairie de Brest et j'ai eu le service concerné. On m'a promis que j'aurai d'ici un peu un banc à mon arrêt ( pour poser mon délicat postérieur)...

Je dis que c'est honteux  car une fois de plus, on en pense pas aux personnes âgées, aux femmes enceintes et à ceux/celles qui ont des problèmes de santé. Pour le tram, ils ont eu l'ingénieuse idée de mettre des escaliers à certaines stations. Et là, je dis un grand bravo ! Oui, en effet comment font les personnes à mobilité réduite? 


Le handicap visiblement n'est toujours pas intégré ( ou alors que sur papier)...

Mark Leyner - Exécution !


Éditeur : Le Cherche Midi - date de parution : Avril 2012 - 272 pages déjantées ! 

Alors qu’il assiste à l’exécution de son père, Mark apprend qu’il va recevoir un prix pour un scénario. Seul petit problème : il n’a pas écrit une seule ligne. Autre souci, son père ne succombe pas à l’injection mortelle.

Oyez, oyez,  vous qui n’avez pas peur de glousser, des fantasmes d’un jeune homme et de la revue People riche en articles croustillants, ce livre est pour vous ! 
Mark Leyner nous embarque dans une histoire complètement déjantée !!! Tout commence à la prison où chacun donne son avis sur les dernières paroles que son père pourrait prononcer. Sauf que son père résiste à la terrible injection et que Mark trouve enfin une idée de scénario grâce à la revue People (oui, comme quoi ces revues ont un intérêt). Pour la suite, et bien lisez-le !

Mélangeant habilement le roman et le scénario, voilà un livre fantasmagorique, iconoclaste qu’on ne lâche pas et qui déborde d‘imagination ! Truculent !

"Superintendant, nous allons prendre la vidéo" annonce papa.  Le superintendant veut alors savoir si  nous désirons une bande-son. ( La vidéo coûte 24,95 dollars sans bande-son - pour 10 dollars de plus, ils rajoutent la chanson de votre choix)..
"Qu'y a-t-il exactement dans la vidéo?" demande mon père.
"Toute la séquence de l'injection létale, y compris le moment où vous dites : " je me sens tout vaseux". Vous pouvez choisir n'importe quelle chanson- nous avons une cédéthèque de plus de dix mille titres".

Le billet de ma comparse Keisha  pour cette LC !

mercredi 18 avril 2012

Isabelle Rossignol - J'ai décidé

Editeur : Flammarion ( collection Tribal) - Date de parution : Avril 2012 - 174 pages et un avis mitigé... 

Cynthia, 17 ans, élève en classe de seconde découvre qu’elle est enceinte. Il s’agit d’un accident lors de sa première expérience sexuelle avec un garçon qu’elle ne fréquente plus. 

Lorsqu’elle effectue un test de grossesse et qu’elle s’aperçoit qu’il est positif, Cynthia visiblement n’ a jamais entendu parler de l’IVG ou de la pilule du lendemain. Et là, je suis tombée de haut! Pour avoir deux filles ados, la contraception et les différentes solutions pour  mettre un terme à une grossesse sont abordées dès la classe  de quatrième en cours de SVT. Mais non, Cynthia apprend tout cela en discutant avec des copines. Deuxième point qui fâche, Cynthia habite en banlieue et les conversations entre filles m’ont hérissée les poils des bras et il m’aurait fallu un dictionnaire pour décrypter ce qu’elles disent. 

Dans ce roman, il est question de  lire arbitre, de religion, de  la peur des parents.  Grâce à une professeur de français  ce qui donne de belles citations d’Annie Ernaux  ou de Simone de Beauvoir,  la jeune fille va se prendre en main. Cependant,  j‘ai trouvé que les clichés étaient trop nombreux et gâchaient l’ensemble. Petit rappel, 15 000  adolescentes se retrouvent mères en France chaque année... 

Le billet de Stephie plus enthousiaste que moi. 

mardi 17 avril 2012

Robert Goolrick - Féroces

Éditeur : Pocket - Date de parution : Avril 2012 - 247 pages puissantes et douloureuses...

L’important est le paraître. C’est ainsi que les parents de Robert Goolrick tissaient leurs vies dans  les années 1950 en Virginie. L’argent manquait mais la mère de l’écrivain portait toujours des tenues élégantes pour les cocktails quotidiens. Les adultes discutaient, buvaient et les enfants assistaient à ce spectacle. 

Dans ce livre, l’écrivain revient sur cette parodie de famille qu’était la sienne. Un père professeur à l’université, la pauvreté dissimulée, l’alcool qui a rongé ses parents jusqu’à l’os et sa propre descente. Un non recevoir vertigineux de cette vie et une tentative de suicide à trente-cinq ans.  Des amours furtifs ou sincères mais sans issue et les blessures de l’enfance.  L’auteur écrit comme s’il était un regard extérieur pour révéler au fil des pages l’horreur. Arrive l’insoutenable, ce qui donne envie de vomir.
Aucun pathos dans cette lecture et  de l'humour pour tromper la souffrance. Des parents féroces sous leurs aspects trompeuses, la superficialité qui primait dans cette Amérique où tout n’était qu’apparence. De cette violence insidieuse vécue par le narrateur, la sienne en sera d'autant plus dévastatrice.
 
Ca fait très mal, c’est dur, violent  mais la  lucidité, la sincérité, se ressentent dans cette écriture impeccable.
Une lecture dont on ne sort pas indemne !

J'ai continué. J'ai fait semblant d'être un enfant. Je savais que je jouais la comédie, que je n'étais pas la personne que je montrais. Je bâtissais sans malice une fiction, afin de pouvoir apparaître tel que les autres enfants : poli, avenant et drôle. je savais que je n'étais rien de tout cela. Je sentais bien que je copiais ce visage souriant, que je n'étais qu'une imitation. J'étais un tricheur, une contrefaçon. 

dimanche 15 avril 2012

Daniel Pennac - Journal d'un corps

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2012 - 382 pages ADOREES!

Comment écrire sur le corps sans ennuyer le lecteur ? Comment décrire cette merveilleuse machine couplée aux sentiments, aux événements extérieurs en abordant le point de vue d’un homme depuis son enfance jusqu’à l'avant dernier souffle ?

Daniel Pennac a brillement réussi ce pari et ce livre est tout simplement passionnant ! Sous forme de journal, dans une écriture exquise et peaufinée, le narrateur relate  la découverte, l’apprentissage de son corps de l'âge de douze ans à celui de quatre-vingt-sept ans en 2010. Un garçon intelligent piqué de la curiosité, désireux de comprendre les mécanismes et  la transformation de son  corps. De cette métamorphose perpétuelle, il y a aussi ce corps qui réagit aux diverses émotions : l’amitié, l’amour du cœur et physique, la douleur, la peur et le chagrin dans les contextes sociaux. Des propos tenus  sans tabous par un garçon devenu  au fil des années, père puis grand-père toujours admiratif et pratiquant l'humour!

Dans ce livre intelligent, Daniel Pennac nous rappelle  que l'homme et son  corps  sont indissociables. Unis pour le meilleur et pour le pire.

Un gros coup de cœur pour pour cette lecture dont je me suis régalée avec un sourire (flagrant) de bonheur ! Et une lecture hérisson tant j’y ai inséré une quantité de marque pages  !

13 ans, 5 mois, 6 jours 
C'est en ôtant mon pyjama que je me suis rappelé ce que papa disait. Ejaculation, mon garçon. Si ça t'arrive pendant la nuit n'aie pas peur, ce n'est pas que tu recommences à faire pipi au lit, c'est l'avenir qui s'installe.

 mai 68 
La rue sera-t-elle en  train d'écrire le journal du corps ?

51 ans, 1 mois, 12 jours vendredi 22 novembre 1974
Je traverserai trois fois Paris après certaines journées de travail ! Ravi par ma démarche si bien graissée, chevilles souples, genoux stables, mollets fermes, hanches solides, pourquoi rentrer ? Marchons encore, jouissons de ce corps en marche. C'est le bonheur du corps qui fait la beauté du paysage.


Les billets dithyrambiques de Brize, Cuné, Mirontaine , Valérie, Véronique

 

samedi 14 avril 2012

Delphine Bertholon - Grâce


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Mars 2012 - 356 pages et une déception.

1981. Grâce Marie Bataille, jeune trentenaire supporte tant que bien que mal les absences de son mari représentant en électroménager. L’arrivée d’une  jeune fille au pair d’origine polonaise pour s’occuper des enfants Lise et de Nathan va semer le trouble. 2010, Nathan  vient fêter Noël mais personne n’a le cœur à la fête d’autant plus que d’étranges phénomènes surviennent dans la maison.

J’aurai  aimé dire que ce roman  m’a séduite car L’effet larsen m’avait emballée. Hélas ce n'est pas le cas. Je ne reproche rien à l’écriture de Delphine Bertholon qui s’est d’ailleurs bonifiée.  
Si au départ, j'ai eu du mal à deviner qui était qui, le  malaise s'est poursuivi car je suis restée en dehors de cette histoire.
Le roman alterne des lettres de Grâce à son époux  à partir de 1981 et le présent narré par son fils Nathan. Un fils lui même devenu père et qui est un jeune veuf. Nathan n’a aucun souvenir de son père qui a déserté la vie de famille trente ans plus tôt. Venu pour Noël avec ses jumeaux, Nathan comme sa sœur assiste à des évènements mystérieux dans la maison. Sauf que des ajouts inutiles (la femme de Nathan qui est décédée quand elle a accouché, les faits mystérieux) surchargent l'histoire.

L’ensemble m’a donnée un goût de déjà lu avec une fin très prévisible. Dommage.

vendredi 13 avril 2012

Annie Saumont - Le tapis du salon


Éditeur : Julliard - Date de parution : Janvier 2012 - 190 pages et un coup de cœur !

Avertissement : si vous vivez dans un monde nimbé de rose où tout est bonheur et amour, passez votre chemin...

Annie Saumont c’est d’abord un style. Une écriture singulière. Unique. Jouer avec les mots, surprendre le lecteur par la construction même des phrases.  Mais surtout Annie Saumont est une grande nouvelliste et elle affirme tout son talent avec ce  nouveau recueil  magistral. Pas de guimauve ou de mièvrerie où on est loin, très loin  de personnages modèles. D'ailleurs, le terme d'héros ne s’applique pas ici. On rencontre un poète qui plonge dans la mer, un jeune homme amoureux, sauf que le passionné des mots s’est jeté d’une falaise à marée basse et que le jeune homme est fou d’amour pour sa sœur attardée. Je n’en dirai pas plus sur le contenu de ces nouvelles mettant en scène des anonymes du quotidien. 

L'auteure s’intéresse à ceux dont la vie s’enraye d’un grain de sable. Ca clashe, ça grince et le résultat est détonnant et étonnant ! Pas  de psychologie de comptoir mais un sens de l’observation minutieux pour mieux se focaliser sur les failles. Des nouvelles qui dérangent, troublent le lecteur et en en sort sonné !

Je n’avais pas ressenti un tel effet après la lecture d’un recueil de nouvelles ! Du grand Art !!!! On se cause à soi-même. Comme si dans un monde difficile, on s’offrait quelque compagnie, cette phrase montre ô combien les personnages de ces nouvelle sont des écorchés et des oubliés de la vie. Les désillusions, l'amour,  les fantasmes, la  jalousie, la méchanceté et l’aigreur découlent de ces textes tout simplement impeccables !

jeudi 12 avril 2012

Eric-Emmanuel Schmitt - Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2012 - 115 pages vite oubliées...

Le narrateur voyage souvent en Chine pour son travail. En se rendant aux toilettes d’un grand hôtel, il fait la connaissance de Madame Ming, dame pipi aux toilettes pour hommes. Cette dernière aime parler de ses dix enfants.

Notre narrateur, un célibataire parisien qui travaille dans le domaine des jouets  se retrouve fasciné par la personne de madame Ming. Elle officie en tant que dame pipi aux toilettes pour hommes. Très vite, Madame Ming lui parle de ses dix enfants. Dix enfants au pays de l’enfant unique ? Sans être dupe, le narrateur pense que madame Ming lui ment. Mais des personnes soutiennent l’affirmation de cette femme. A travers l’histoire et la personnalité de chacun de ses enfants, elle distille de la sagesse dans la lignée de Confucius mais surtout porte un regard sans concession sur la Chine d’hier d’aujourd’hui. La vie des enfants de Madame Ming semble détournée. S'agit-il de parcours hors normes qui  jaillissent d'une vérité enjolivée ou d'affabulations?

Alors oui, il y a ce bon sens, cette poésie et bien entendu notre homme d’affaires changera sa propre vie de retour à Paris. Hormis les réflexions tranchantes de madame Ming,  j’ai trouvé ce doux roman surfait avec une trame et une fin toutes les deux très convenues. 

En Chine, on  a réduit la besogne des parents à un seul enfant mais cela n'améliore ni les parents ni les enfants. Maintenant, il y a des millions de géniteurs crispés, inquiets et hystériques trottant derrière un fils qui se croit l'empereur. Notre pays devient une fabrique d’égoïstes surveillés par des névrosés.

mercredi 11 avril 2012

Albert Espinosa - Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n'étions pas toi et moi


Editeur : Grasset - Date de parution : Avril 2012 - 254 belles pages !

Marcos vient de perdre sa mère. Ce jeune homme s’apprête à mettre fin à son sommeil comme beaucoup d’autres l’ont fait. Une simple injection et fini les rêves, le temps passé à dormir. Mais Marcos possède un don. Celui de voir la vie passée des gens et ce qu’ils ont commis. 

Quel merveilleux roman ! Sous ce (long) titre magnifique, il s’agit d’une lecture à mi-chemin entre la réalité et le monde onirique. Marcos est un jeune homme qui n’aime pas se servir de son don à mauvais escient et  dont la personnalité a été forgée par l’éducation de  sa mère, une femme ouverte sur le monde. Pourvu de  ce même trait de caractère et doté d'humour,  sa sensibilité aux autres est importante. Alors que Marcos est sur le point de s’injecter un produit qui le délivrera du sommeil , la police lui téléphone pour une urgence nécessitant son don. Un extra-terrestre est  entre les mains du gouvernement mais il affirme ne pas en être un. L’ Etranger (c’est  ainsi  qu’il est nommé) demande à Marcos de l’aider. Pas de petit bonhomme vert mais tout simplement un homme …
Je n’en dis pas plus. Le temps semble s’arrêter et on on écoute cette histoire qui révèle au fil des pages toute sa profondeur. Et c’est beau ! 

Il est question du sens de la vie, des empreintes que nous laissons, de l'intérêt des rêves mais surtout d’amour. L’amour qui nous glisse entre les doigts, celui après lequel on court  et qui nous échappe, l’amour irréalisable ou celui qui nous marque à tout jamais.
Avec une écriture limpide proche du ton de la confidence, Albert Espinosa nous offre une belle lecture ! Un seul conseil :  laissez-vous prendre par la main en toute confiance et vous ne le le regretterez pas!
J'ai éclaté en sanglots.  J'ai un faible pour cette expression. On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche, on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats.

L'irrégulièreStephie, Tamara ont aimé, Cynthia est plus réservée. 



mardi 10 avril 2012

Alexandre Romanès - Un peuple de promeneurs, histoires tziganes


Éditeur : Gallimard -Date de parution : Novembre 2011 - 116 pages et un vent de liberté ! 
 
Ce livre est constitué de réflexions sur la vie des tsiganes : fragments de conversations, anecdotes et pensées. Alexandre Romanès issu de la famille des gens du cirque fait preuve d’humilité et d’une humanité qui atteint les portes du cœur et  de l’esprit !  Sans chercher à donner des leçons ou à endosser l'habit du  philosophe,  il s'agit d'un homme qui invite simplement le lecteur à se poser, à écarter les œillères qui faussent le regard sur autrui. Un sentiment de liberté mêlé à une grande  sagesse se dégage de ce livre écrit avec l'humour, du piquant et  de la sincérité !

J'ai été beaucoup touchée car ce livre porte avant tout sur la différence. A lire, à savourer et  à méditer !

Une belle et grande famille du cirque.Ils peuvent dire qu'ils ont réussi quelque chose : tout le monde les déteste. 

Un journaliste : "Vous les gitans, vous êtes tous des voleurs."
"Vous les français, vous avez volé la moitié de l'Afrique. Curieusement, on ne dit jamais que vous êtes des voleurs".

Le seul compliment qui me fasse plaisir à propos de notre cirque : "Votre spectacle nous donne du courage".

Une lecture dans le cadre de la 10ème édition du prix des lecteurs du Télégramme.


dimanche 8 avril 2012

Terry Kay - Le kidnapping d'Aaron Greene

Éditeur : Le Cherche Midi - Date de parution : Avril 2012 - 538 pages et un avis mitigé.

Aaron Greene a pour travail la  distribution du courrier dans une banque.  Il s'agit d'une jeune homme effacé qui passe inaperçu. Kidnappé, ses ravisseurs demandent une rançon non pas à sa famille mais à son employeur.

Imaginez que des gens que vous ayez côtoyés pendant plusieurs mois ne se souviennent pas de votre visage ou même de votre nom. Imaginez que personne ne prête vraiment attention à votre présence. C’est le cas d’Aaron Greene. Sans dévoiler toute l’intrigue de ce livre, cet aspect joue dans son kidnapping.  Un enlèvement peu ordinaire car Aaron est traité aux petits soins dans une maison où tout est mis en œuvre pour qu’il se sente à l’aise. La rançon est demandée par le journaliste Cody Yates. Entendez par là que ses conversations ont été enregistrées pour donneur lieu à des montages audios. La banque refuse de payer la rançon et un vieil homme d’affaires riche décide de verser une somme importante pour la libération d’Aaaron incitant chacun à faire de même. Les médias se mêlent très vite à cette affaire qui passionne et partage l’opinion publique. 

Si ce thriller remplit sa fonction de « je tourne les pages à toute allure » avec de l’humour et une trame bien ficelée ( avec une mention spéciale pour le duo qui mène l’enquête), j'ai des bémols. Aaron m'est apparu  bien trop mou et l’épilogue m’a laissée sur ma faim.   

- Tu crois qu’il a pire sentiment au monde, Aaron ? Quand les gens te regardent sans te voir ? Je crois qu’il n’y a rien de plus douloureux et pourtant tout le monde le fait. Regarde par la fenêtre, Aaron. Regarde tous ces gens qui marchent  tête baissée sans regarder personne. Tu sais pourquoi ? Ce n’est pas vraiment parce qu’ils n’ont pas envie de voir les autres, mais parce qu’ils ont peur que personne ne les voie.

Les billets de Cuné et Keisha

samedi 7 avril 2012

Régine Detambel - Opéra sérieux


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2012 - 136 pages magnifiques!

Elina Marsch naît en 1926 alors  que sa mère pousse son dernier souffle en lui donnant la vie. Fille d’un célèbre ténor, Elina est élevée dans le monde du chant. Entre les maîtresses de son père qui sont toutes des cantatrices et les salles d’opéra, la fillette écoute les chants. La deuxième Guerre Mondiale signera leur exil en Amérique où la voix d’Elina dévoilera toute son ampleur. 

J’ai lu ce livre enveloppée par l’écriture de Régine Detambel. Une écriture riche, poétique où les phrases d’une intensité majestueuse nous parlent de peur, d’amour, de vie et de mort comme un air d’opéra. Elina vit dans le monde du chant. Si la fillette est silencieuse tant elle semble porter le deuil de sa mère, les airs d’opéra chantés par les maîtresses de son père germent en elle. A l’aube de la deuxième Guerre Mondiale, les pressentiments de son père voient le jour. Ils fuient Zurich, la barbarie envers les juifs pour s'installer à New-York.  Elina y découvre une autre vie, prend des cours de chant et parvient à moduler  cette voix intérieure, ce cristal pur qui lui ouvre les portes de la gloire.  Quand elle chante, sa voix se fait  exutoire, extatique, fascinante, belle et terrifiante. Sur scène, elle chante l’amour, les drames. Et  comme souvent dans les opéras, l’histoire finit en apothéose. Aussi douloureuse soit-elle.  

J'ai eu le souffle coupé, l'envie d'applaudir démange tant l’écriture est une partition sublime, vertigineuse sur laquelle cette histoire s’élève!

Après son corps extrême, encore un  coup de cœur entier et vibrant d’émotions ! 

Le temps ne passe plus. Le temps est figé. La petite s’est dessiné une montre sur le poignet. Le temps égrène des minutes de chair pure. Car la voix qui monte de ses fonds a été créée pour altérer, séduire, empoisonner, pour tuer sans laisser de traces. Elle la fait tomber à genoux avec un coup au cœur, et malgré tout pleurant de pures larmes de plaisir insensé et de joie.

vendredi 6 avril 2012

Paul Fournel - La liseuse


Éditeur : POL - Date de parution : Janvier 2012 - 217 pages absolument et complètement délicieuses!

Ce livre est un bonheur, un vrai délice !!!  Robert Dubois n’est pas un vieux grognon mais un homme d’un certain âge, raffiné et aimant son métier. Editeur depuis plus de tente ans, il  a ses habitudes et quand une stagiaire lui remet une liseuse contenant des manuscrits, il s'étonne dans un premier temps mais  ne change rien à ses habitudes de lecteur. Autant l’utiliser tout en écoutant les idées de quatre stagiaires en matière de nouvelles éditions et donc de possibilités.

Beaucoup d’humour, un regard intelligent, malicieux et rempli de tendresse, des clins d’œil à Brest et à Dialogues (oui !) pour nous parler de l'amour des livres dans lequel chaque lecteur passionné se reconnaîtra !
Ce livre n’est pas un manuel d'utilisation ou un réquisitoire contre les nouvelles technologies. Il s’agit d’un de ces lectures  que l’on savoure le sourire aux lèvres ! Une fin belle et pudique  que je n’avais pas devinée et  j’ai même eu une petite larme à l’œil….

Du plaisir (et j'en redemande) !!!!  (Le nombre de points d'exclamation vous donne une idée de mon degré d'enthousiasme!).

Je ferme les écoutilles. Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun brut, je lis. Coover est un écrivain difficile, il faut se glisser dans son armure, ce qui occasionne quelques ampoules et quelques gênes aux entournures et puis ensuite, c'est le grand confort inconfortable d'une vraie lecture. Ce n'est peut-être pas la littérature que je préfère, mais c'est celle devant laquelle mon esprit critique s'arrête.

Quand un auteur a du succès, tout le monde souhaite qu'il refasse le même livre. Les lecteurs, les marchands, l'éditeur (surtout s'il s'en défend), il n'y a guère que l'auteur qui hésite parfois. Editer une œuvre est tout autre chose qu'éditer un collier de de livres en forme de perles. Une œuvre a ses temps faibles, ses mystères qui s'éclaircissent au fil des textes, ses enfoncements qui peuvent être définitifs.Elle peut aussi s'arrêter. Pourtant certains auteurs trouvent le moyen d'écrire toujours le même livre et faire pourtant une œuvre.


jeudi 5 avril 2012

David Whitehouse - Couché


Éditeur : Plon - Date de parution : Avril 2012 - 264 pages et un auteur à suivre de près ! 

A l’âge d’entrer dans la vie adulte, Malcom surnommé Mal s’est couché pour ne plus se relever. En vingt années d’inactivité et de gloutonneries, il est devenu l’homme le plus gros du monde. Sa mère s’occupe de lui, son père supporte tant bien que mal cette situation alors que son frère Ted, de deux ans son cadet, souffre depuis l’enfance Mal soit  toujours le centre d’intérêt.

Mal a toujours fait ce qu’il voulait en étant enfant : se déshabiller en public ou ne pas tenir compte des règles. Ses excentricités lui ont été toujours pardonnées par sa mère persuadée que s’occuper de sa famille est le sens profond de sa vie tandis que son père est devenu un autre homme après un accident qui a coûté la vie à plusieurs personnes dans une mine dont il avait supervisé la construction. Entre jalousie et admiration, son frère Ted a toujours pâti de la présence de Mal. Quand Mal âgé de vingt-cinq ans plaque sa fiancée Lou, son travail et se couche pour ne plus se lever, toute la vie de la famille s’en trouve affectée. A travers le regard de Ted, on assiste à la transformation de Mal en celle d’un homme qui mange à longueur de journées. Alternant  passé et présent, on plonge dans la vie de cette famille.  Après être protectrice et réconfortante, la vertigineuse spirale de la nourriture en devient tyrannique. Ce choix qui semble purement égoïste sera un catalyseur  pour Ted et ses parents car Mal bien que bloqué dans son lit leur offrira leurs véritables places dans ce monde.

Dans ce premier roman original et remarquable par la qualité d'écriture,  David Whitehouse nous questionne sur les liens de la famille, du destin que l’on a entre ses mains et le sens de la vie. Un livre qui jongle entre absurdité et gravité d'où il se dégage beaucoup d'amour et de tendresse !

- Ben moi, si a-t-il dit, et c'est tout le problème. Si on n'a pas les moyens d'accomplir son destin, pourquoi se forcer à faire quelque chose à tout prix? 
(...)
- Je travaille assis dans un fauteuil.Je me bats sur un écran d'ordinateur.  Quand je vote, ça ne change rien. Ce que je gagne ne peut rien acheter. Peut-être que le sens de ma vie est d'en donner un à la vie des autres.

Le billet de Cathulu.





mercredi 4 avril 2012

Lorraine Fouchet - La mélodie des jours


Éditeur : J'ai lu - Date de parution : Février 2012 - 378 pages et une petite déception.

Lucie découvre lors d’un contrôle de routine qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Cette mère célibataire veut protéger sa fille de onze ans et décide de rien dire. A personne. Hormis sur le réseau social des voisins sous un pseudo.

Si le thème du cancer du sein est très bien abordé par le personnage de Lucie avec ses peurs, les traitements, le combat à mener, j’ai trouvé que  l’ensemble de ce livre était noyé sous les bons sentiments. A la moitié de ma lecture, j’avais deviné la belle histoire d’amour avec un membre du site des voisins. Le cancer et ce qu'il engendre,  l'entraide qui se tisse grâce à la toile, la solidarité, la musique et l'espoir sont à la base de cette histoire. La galerie de personnages attachante donnera beaucoup de courage aux personnes atteintes de cette maladie.  

Mais voilà, à trop enjoliver la réalité, j'ai eu  l'impression que l'auteure nous vendait un monde  rempli de bonté. Dommage.

Les billets de Lucie, Pascale,Sandrine qui ont aimé, celui de Cathulu  moins enthousiaste.

lundi 2 avril 2012

Claire-Lise Marguier - Le faire ou mourir


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Septembre 2011 - 103 pages dont on ne sort pas indemne!

Dam, 16 ans , est un adolescent solitaire, mal dans sa peau. Lorsque Samy et sa bande le défendent contre des skateurs, la vie de Dam va changer. 

La littérature Ado recèle de pépites. Des pépites sans guimauve mais qui savent mettre le doigt là où ça fait mal et qui interpellent le lecteur. Ce livre en fait partie et croyez-moi, on sort complètement sonné de cette lecture !  Dam souffre et  on le devine très vite.  A l'âge où l'on tente de s'affirmer ou de se construire, Dam a perdu pied. Il  compense son mal-être par des scarifications que personne n'a deviné. Sous ses apparences gothiques, Samy veut l’aider à mettre des mots sur ses maux. Car  Samy a compris sa détresse et sa grande sensibilité contrairement à ses parents.  Ensemble, ils sont bien mais la différence fait peur tout comme  l’attirance et l'envie.

La suite est un coup de poing, un véritable tsunami (vous êtes prévenus)! Je n’en dis pas plus car en un peu plus de cent pages, Claire-Lise Marguier nous livre une histoire où la noirceur côtoie l'éphémère,  le tout  dans une écriture où il n'y a rien à redire !

Le billet de Theoma qui renvoie à d'autres liens

dimanche 1 avril 2012

De génération en génération

Allez un peu d'écriture chez Gwen.
Les mots à placer sont  : écaille – morue – chaloupe(r) – glace – anémone – filet – étoile de mer – queue de poisson – rouge – merlan – balise – fish and chips…

Quand la vieille Macleod se rendit auprès de Kate pour l’aider à accoucher, elle trouva son mari Tom qui répétait tout haut « Faites que ça soit un fils ».
-Tom , je crois que le Seigneur vous a entendu. Vous avez un garçon ! Et il frétille, un vrai poisson !

Tom embrassa sa femme et ses enfants et alla payer sa tournée au pub. Dans ce village flanqué entre la mer et les landes, les hommes pratiquaient la pêche de génération en génération. Pour Tom, l’avenir était tracé. Il enseignerait à Tommy les techniques, lui révélerait les coins où l’on trouve des merlans et des morues. Tommy en grandissant ne montrait aucune envie pour la pêche et préférait de loin la compagnie de sa mère. A l’âge où les autre garçons s’amusaient à repêcher des étoiles de mer sur les galets ou à jouer avec les anémones, Tommy observait attentivement comment sa mère reprisait les vêtements et en confectionnait d’autres. Ses doigts glissaient sur le tissu, son habileté était si grande que rapidement elle put dégager un petit complément de salaire avec ses commandes. Un jour où la mer s’écrasait contres les rochers avec rage, Tom lorgnait sur son fils qui jouait avec ses sœurs.
-Fiston, viens ici. Tu vois la balise rouge là-bas ? C’est là que pour la première fois mon père m’a amené avec lui et avant c'était son père qui l'avait amené. Dès que la mer sera calme, tu viendras avec moi, d’accord ?
Tommy hocha la tête pour ne pas blesser son père.
 -Et va aider ta mère à écailler le poisson, un homme sur un bateau doit savoir tout faire : vider les entrailles ou démêler un filet.

A ces mots, Tommy eut la nausée mais n’osa pas le contrarier car son père était capable d’entrer dans des colères terribles surtout quand il s’était arrêté au pub. Les mois où le salaire de Kate les aidait à joindre les deux bouts étaient de nombreux. Tom était blessé dans sa fierté. Il était temps que Tommy puisse venir travailler avec lui. Deux mois plus tard, il fit ses premiers pas aux cotés de son père. Il chaloupait à chaque coup de vent, une vague lui dit perdre l’équilibre et il renversa un seau rempli de queux de poissons.
-Bon dieu, Tommy, tu ne pouvais pas faire attention, c’était pour le patron du Fish and chips !C’est toi qui va me payer peut-être ? Si tu passais moins de temps dans les jupes de ta mère, tu ne serais pas aussi madadroit qu’un gosse de six ans !
Lorsqu’ils rentrèrent, Tom déposa son fils et partit se saouler. Kate avait compris que Tommy était différent des autres. A de nombreuses reprises, elle avait surpris le reflet de sa silhouette dans la glace de sa chambre. Il aimait toucher les tissus, détailler les coutures des vêtements. A l’âge de dix-sept ans, après une énième dispute avec son père, Tommy partit pour la ville. Seule sa mère était au courant. Dans son sac, elle avait déposé quelques billets et lui avait souhaité bonne chance. Tom se mit à boire plus souvent tandis que Tommy travaillait dans un atelier de couture. Le soir, il couchait sur papier les modèles qui lui venaient à l’esprit. Audacieux, il présenta quelques uns de ses croquis à son employeur qui les trouva de mauvais goût. Il ne découragea pas et trois ans plus tard, il était reconnu pour son talent. Ces modèles devinrent la coqueluche de ces dames tandis que son père encaissait les railleries. Quand Tommy invita ses parents à la ville, seule sa mère vint. Il sut que jamais son père ne lui pardonnerait. Au même moment, Tom trouva dans une vieille vareuse tous les articles de journaux qui étaient consacrés à son fils. Avec fureur, il les réduisit en miette. Lorsque Kate rentra le lendemain soir, elle ne trouva ni Tom ni son bateau. Quelques heures passèrent,  la mer rendit son corps comme si elle-même n’en voulait pas.

Peter May - L'homme de Lewis


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Octobre 2011 - 315 pages et une plongée en apnée dans les îles Hébrides ! 

Suite à son divorce, Fin Macleod abandonne son travail de policier et rejoint sa terre natale l’Ile de Lewis. Sur l’ile, un cadavre est retrouvé,  protégé depuis cinquante ans par les tourbières. Les analyses d’ADN démontrent qu’il est un membre de la famille de Tromod Macdonald. Mais, Tromod n’a jamais eu officiellement de frère ou de cousin et il devient le suspect principal. Atteint d’Alzheimer, il s’enfonce dans son passé mais ne dit rien sur ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, époque à laquelle a eu lieu l’assassinat de l’homme des tourbières.

Amoureux des landes et des paysages Ecossais, ce livre est pour vous ! Fin est revenu sur l’Ile de Lewis sans projet particulier : retaper la maison de ses parents et s’y installer. Son couple n’a pas survécu à la mort de leur unique enfant. L’Ile de Lewis représente pour lui la quête d’un nouveau départ même s’il ne tarde pas à croiser Marsaili, la fille de Tromod qui était son grand amour de jeunesse.  Lors de  la découverte du cadavre conservé dans les tourbières, il ne peut pas rester les bras croisés. Tromod est impliqué d’une façon ou d’un autre dans ce crime. Fin veut faire la lumière sur ce meurtre et trouver qui est vraiment Tromod.En parallèle de l’enquête, on plonge dans les souvenirs de Tromod. Des souvenirs durs, douloureux qui nous dévoilent l’histoire des "Homers". Ces orphelins de confession catholiques étaient placés dans des familles sur les îles Hébrides et utilisés comme main d’œuvre bon marché. Je n 'en dis pas plus!

Le personnage de Tromod, son histoire, sa confusion  du passé et du présent sont très bien rendus ! L’écriture rend hommage à la cette nature puissante et sauvage avec des descriptions magnifiques. J’ai eu la gorge serrée en découvrant le sort des Homers. Par contre, j’ai trouvé l’enquête en elle-même moins intéressante. Trop de coïncidences à mon goût permettent à Fin de la résoudre.

Chez lui ? Etait-ce vraiment son "chez-lui" maintenant, s’interrogea-t-il. Ce coin de terre ravagé par le vent où diverses factions ennemies, nées de cette religion protestante impitoyable, dominaient la vie de tous. Où hommes et femmes passaient leurs vies à lutter pour réussir à vivre de cette terre, ou la mer, exploités pendant les périodes de crise par les entreprises qui s'installaient puis repartaient quand les subventions étaient épuisées, laissant derrière elle les témoignages délabrés et  rouillés de leur échec.

Et un livre de plus pour la 10ème édition du prix des Lecteurs du Télégramme.


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