mercredi 9 mai 2012

E. L. Doctorow - Homer & Langley


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2012 - 229 pages surprenantes, drôles et grinçantes!

Dans leur maison de la Cinquième avenue à New-York, Homer et Langley Collyer vivent  cloîtrés depuis le mort de leurs parents en 1918. Langley y accumule toutes sortes d’objets inutiles et des quantités de journaux. Homer, pianiste aveugle, accepte les excentricités de son frère. 

Dans ce roman à l’écriture raffinée et exquise,  E.L. Doctorow nous livre l’histoire un peu  modifiée mais  passionnante de deux frères qui ont réellement existé. La vie d’Homer et de Langley Collyer, fils d’une famille riche, bascule à la mort de leurs parents. Parti à la Grande Guerre, Langley reviendra des tranchées  avec des poumons malades. Son frère Homer le décrit comme un homme changé à tout jamais et c’est à son retour que Langley commence à amasser  toutes sortes d’objets qu’il récupère la nuit. Il se met aussi en  tête d’écrire un journal au numéro unique compilant toutes les informations. Féru de musique classique, Homer joue du piano une échappatoire à sa cécité. Au fil des années, la belle demeure de la Cinquième avenue perdra toute sa splendeur mais accueillera des thés dansants, un gangster, une élève en musique qui deviendra une nonne, un couple de domestiques d’origines japonaises et des hippies.

La métamorphose de New-York passe par la maison des deux frères et les personnages sont  des relais pour décrire avec tranchant ou drôlerie,  l’absurdité et  le grotesque des aberrations humaines. Au gré des évènements historiques et technologiques, Homer et Langley se retranchent un peu plus. Les objets entassés gagnent du terrain les coupant de plus en plus du monde.   Homer deviendra sourd. Déjà dépendant de son frère à cause de sa cécité, il ne lui en dira rien.  De la folie de Langley se dégage une atmosphère pesante et Homer subit davantage l’isolement dans ce capharnaüm qu'est devenue la maison. Mais un amour fraternel unique, très fort les unit jusqu’à la fin tragique.

Ce récit  raconté par Homer fait appel à tous les sens, un récit rythmé et très lumineux malgré les thèmes abordés comme  le handicap, l’amour, la solitude ou  la folie.
De cette course au  matérialisme décrite avec un humour grinçant et du destin de ces deux frères cultivés et fantasques à  l’humanité frappante, il en résulte ce livre passionnant! L'auteur nous fait jubiler mais il sait aussi nous toucher... Superbe! 

Quand on lit ou quand on écoute la radio, disait-il, on voit la scène en esprit. C'est comme toi dans la vie, Homer. Perspectives infinies, horizons sans fin, Mais l'écran de télé aplatit tout, il comprime le monde, sans parler de l'esprit des gens. Si je la regarde encore, je pourrais aussi bien prendre un bateau sur l'Amazone et me faire réduire la tête par les Jivaros.
(...)
Et qu'est ce qu'on fait d'une tête réduite ?
On la pend par les cheveux avec les autres. De minuscules têtes humaines, en rang, doucement balancées par la brise.
Doux Jésus.
Oui. Pense au peuple américain en train de regarder la télévision 
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