jeudi 30 septembre 2010

Jean Roncenelle - Double je

Editeur : Brumerge - Date de parution : 15/03/2010 - 209 pages

Jean, cadre supérieur quadragénaire d’une grande entreprise de télécommunications, mène une vie sans histoire au côté de son épouse Laurence et de sa fille Fanny. Lors d’une formation professionnelle, il rencontre Julie et en tombe amoureux. Peu à peu,  il s’enferme dans un monde virtuel. Un monde où bien entendu Fanny est à ses côtés. Sa fuite du présent  le mène  à confondre rêve et réalité. Fuite qui va le plonger dans  la folie.
Ce livre se présente sous la  forme du journal de Jean. Et le point fort de ce livre est la plausibilité de l’histoire : sa  rencontre avec Julie dans le cadre d’une formation professionnelle, on papote, on prend un verre. Rien de plus. Sauf que Jean  va tomber amoureux de Julie même si il est conscient que ça n’ira pas plus loin entre eux. Obsédé par elle, il se crée un jardin secret où Julie l’aime.  Jean se réfugie de plus en plus dans son monde mais tout en gardant pied avec le quotidien.  Un quotidien qui rime avec routine du point de vue de son  couple. Alors qu’à  son travail,  des réorganisations sont en place. La pression, le stress sont palpables et   Jean décide de franchir la limite : la réalité et son monde n’en font qu’un. Et à partir de ce moment, j’ai trouvé beaucoup plus intéressante cette lecture. Car sans dévoiler tout le livre, en tant que lecteur nous savons que Julie n’est pas une chimère sauf que l’entourage de Jean l’ignore.   Ce qui donne lieu à des situations très troublantes...
Mon bémol : j’ai trouvé qu’il manquait quelque chose à l’écriture, ce petit plus qui accroche...Mais  peut-être qu’il s’agit de la volonté de l’auteur et ce pour coller au plus près à l’histoire. Le journal  d’un homme lambda qui sombre dans la folie …
Je remercie Livraddict et les éditions Brumerge pour cette découverte.

mercredi 29 septembre 2010

Régis de Sa Moreira - Mari et femme

Editeur : Au diable Vauvert - Date de parution : 25/08/2008 - 181 pages

La première chose qui t'étonne lorsque tu ouvres les yeux c'est le plafond de votre chambre. Ça fait des mois que tu dors dans le salon. Tu ne comprends pas.

Tu tournes la tête sur le côté, ta femme n'est pas dans le lit. Mais ses longs cheveux blonds s'étalent sous ta joue. Tu ne comprends pas du tout.

Tu montes une main pour te gratter la barbe. Ta barbe a disparu. Tu ne respires plus.

Tu descends ta main sous le drap. Tu cherches quelque chose entre tes jambes. Tu ne trouves rien. Tu te redresses d'un coup. Tu te tournes vers l'armoire à glace. Tu cries.

Ta femme crie à ta place.
Imaginez–vous, vous êtres un homme et un matin vous réveillez dans le corps de votre femme. Et votre femme se retrouve dans votre enveloppe corporelle. Le seul problème de taille est que vous aviez décidé de vous séparer.  Vous voilà obligé d’aller travailler à sa place, d’ingurgiter du tofu et d’abandonner votre quotidien. Sachant que votre quotidien, c’est la cigarette et plutôt un laisser aller général…
J’avais  découvert Régis de Sa Moreira avec Le libraire. Ici, point de poésie  mais un exercice de style rondement bien mené ! Tout le livre est écrit à la deuxième personne ce qui m’a quelquefois obliger à relire quelques phrases pour bien comprendre. 
J’ai pris  plaisir à suivre cet homme dans le corps de sa femme  qui finalement se rend compte qu’être une femme n’est pas si facile. Pour les hommes qui en doutent, ils n’ont qu’à le lire…C’est léger, drôle, plaisant et agréable   alors  entre deux lectures sur des sujets plus sérieux ou plus « graves », ce serait dommage de s’en priver !
A noter que ce livre est paru en poche.
Merci qui ? Merci Dialogues Croisés !

Rosa Montero - Instructions pour sauver le monde


Editeur : METAILIE - Date  de parution : 21/01/2010 -270 pages terribles...

Quatre personnages qui vont se croiser, se rencontrer et  se découvrir. Quatre personnages avec leurs maux et leurs souffrances… Matias, le chauffeur de taxi vient d’enterrer  sa femme emportée  par un cancer. Daniel, médecin urgentiste a perdu depuis  bien longtemps  la foi en son métier et en son couple qui n’en est plus qu’un  que par les apparences.  Il s’est inventé une vie différente  dans un jeu vidéo auquel il consacre tout son temps. Cerveau, l’ancienne professeure de renom se noie dans l’alcool dans un bar près de l’autoroute et Fatma, la beauté africaine,  vend son corps pour de l’argent.
J’ai tellement aimé ce livre qu’il m’est  difficile d’en parler!  Avec de tels personnages, on pourrait penser à une histoire basée sur les bons sentiments. Eh bien non,  ici la noirceur côtoie  le sublime et même si les personnages ressemblent plus à des gueules cassées  qu’à des héros,  l’espoir et la lumière  sont omniprésents en filigrane.  
Comment aller de l’avant ou plutôt comment ne pas reculer ?  Telle pourrait être la question que chacun des personnages se pose. Quatre personnages, quatre vies qui vont se heurter ou s’aider au hasard de la vie. Mais chacun garde le choix de sa destinée comme pour nous rappeler que nos tenons dans nos paumes les dés de nos vies…Vous racontez comment ils vont se rencontrer ou quelle sera la fin ?  non,  lisez- le livre....
Rosa Montero déroule une histoire  si prenante que j’ai eu du mal à lâcher ce livre.  Une histoire sombre, dure mais il en ressort un tel optimisme qu’au final on en  est imprégné !
Merci à Keisha pour ce livre voyageur vraiment terrible… Des liens vers d’autres billets sur le blog de Theoma.
Nous portons tous à l’intérieur de nous une ombre d’atrocité et une aspiratien à la beauté, et certaines personnes marchent sur le bord même du précipice sans savoir de quel côté elles finiront par tomber.

lundi 27 septembre 2010

Angélique Villeneuve - Grand Paradis

Editeur : Phébus - Date de parution : 19/08/2010 - 167 pages

À presque cinquante ans, Dominique, employée d’une fleuriste a l’impression de passer à côté de sa vie.  Elle qui s’est sentie  toujours différente découvre plusieurs photos   dans les affaires de sa mère décédée plusieurs années auparavant. Les  photos  représentent une certaine Léontine et l’un  des clichés la montre en pleine  crise d’hystérie. Il s’agit d’une photo  prise par le photographe Albert Londe qui travaillait avec le professeur Charcot à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Pour Dominique, Léontine n’est  autre  que son arrière grand-mère. En faisant des recherches aux archives de la Salpêtrière, elle veut comprendre et découvrir  ce qui a pu arriver à son aïeule.  
La quête de soi passe souvent par celle de sa famille surtout quand on hérite d’une maladie ou de la sensation d’être différent. Remonter le fil de la généalogie pour mieux se comprendre soi-même.  Dominique va immédiatement se sentir proche et surtout liée  à cette aïeule. Ce livre a trouvé de nombreux échos en moi. Car bien entendu, j’ai moi-même effectué cette quête dans le passé.  Des aïeuls, des maladies et des interrogations car bien souvent, la maladie n’avait pas d’étiquette. Les rapports  des archives décrits pas Dominique prennent à la gorge.
Devant ces  femmes malades soumises à des expériences médicales, j’ai eu la gorge nouée. Avec Léontine, les souvenirs de Dominique remontent : un père parti brusquement pour l’Amérique alors qu’elle n’était qu’une enfant. Un départ  que sa sœur aînée Marie lui a toujours imputé «  c’est à cause de toi, tu étais différente ».  De cette quête, Dominique sortira apaisée et  grandie…
L’écriture d' Dominique ( lapsus révalateur)  Angélique Villeneuve nous entraîne dans le monde intérieur de Dominique et dans ses jardins secrets.  C’est  beau et fort...
Une lecture qui m’a beaucoup touchée par le thème et l’écriture.
L’avis de Cathulu.
Et puis, il aurait existé une explication à l’écart, que je sentais réel, entre les autres et moi. J’étais différente, c’était une chose indiscutable. Sans doute, tous les enfants, à un moment de leur vie, se croient seuls de leur espèce. Pour moi, le moment c’était bien longuement étiré.

dimanche 26 septembre 2010

Alain Emery - Les petits devants

Editeur : du DOUAYEUL - Date de parution 2006 - 35 pages

Avec ce recueil de quatre nouvelles primées, Alain Emery  confirme qu’il est un grand nouvelliste. Ces nouvelles portent  sur des thèmes comme la vieillesse, les non –dits. Quatre nouvelles d’exception et  une écriture superbe !
Les chutes travaillées nous laissent le goût de nos faiblesses  ou nous font réfléchir. Difficile de rester indifférent à la lecture de la nouvelle les petits devants. Un homme  découvre d’où provient  la richesse de sa famille, une richesse au prix la dénonciation pendant la seconde guerre mondiale. Quelle sera sa réaction finale ?
Des nouvelles qui amènent  à se poser  bien des questions...
Un petit recueil et quatre pépites...

Mon grand-père est entré dans le grand monde en portant le dos, en plus de son fourbi d’orfèvre, une croix dont l’ombre le condamnait. Il lui a suffi de fuir les regards pour esquiver sa conscience. Piquer du nez sur ses  cailloux, travailler d’arrache-pied et laisser le labeur le patiner. Le temps a fait son œuvre. C’est devenu la faute de l’époque. Celle à pas de chance. Lui-même a fini par ne plus se souvenir. Les autres non plus. L’oubli est un cercueil capitonné.
Hélas, ce  recueil  a été édité  en un nombre  d’exemplaires limité, du même auteur, je vous conseille (fortement) de lire  Divines Antilopes.


samedi 25 septembre 2010

Après la gigue folle...

Emerger  et doucement bouger une jambe puis l’autre. Faire de même avec les bras, oser plier un peu ses genoux. S’apercevoir que la mécanique du corps s’exécute avec raideur et une douleur  supportable. Se lever, marcher mécaniquement. Les gestes ne sont pas souples mais maladroits. La main hésite, les doigts tâtonnent.
J’ai réussi à  prendre une tasse. Une victoire pour moi.  Je soupire, je peux, la crise a perdu de son intensité.
Comme à chaque fois, je dois me réapproprier mon corps et  surtout reprendre des forces.
Lors des crises, je bascule dans un autre monde. Les douleurs sont si fortes, incommensurables que j’abandonne mon corps à la maladie. Lutter contre est perdre de l’énergie inutilement pendant ces longues heures.  Des journées sans répit, sans trêve où je perds tout notion du temps. Je suis dans des états de semi-conscience.  L’entité corps-esprit se sépare. L’esprit essaie de s’échapper  pour ne pas rendre encore plus fortes ce que je ressens. Corps qui est entre les mains de la maladie. Elle me  concasse les articulations, les broie, m’enlève à vif les nerfs et les tendons.
Je n’ai plus d’énergie après avoir été au cœur de cette  gigue folle menée tambours battants sans relâche. Les mots handicap  et dépendance prennent également  tous leurs sens ...
Maintenant, je dois reprendre des forces et me reposer encore.
Merci à vous tous et  à vous toutes  pour vos mots que j’ai découvert tout à l’heure. Des commentaires, des mails qui sont autant  de petites lumières précieuses qui me vont droit au cœur .
Je vous dis à bientôt.
Et haut  les cœurs ! Signé : robocop rouillé ...

jeudi 23 septembre 2010

Blog en pause obligatoire

Ma santé étant ce qu’elle est, depuis quelques jours, je peine de plus en plus à effectuer les gestes du quotidien.
Je passe beaucoup de temps au lit terrassée par la fatigue et les  douleurs...
Je mets mon blog en pause  parce qu’il le faut et ce pour quelques jours ( ou plus), le temps que je récupère un peu.
Donc pas de billets ni d'atelier d'écriture dimanche.

mercredi 22 septembre 2010

Marie Sizun - Plage

Editeur : Arléa – Date de parution : 18/08/2010 – 262 pages


Déjà, il ne faut surtout pas se fier à la couverture du livre. Anne est quelqu’un de solitaire. Peu ou pas d’amis, une solitude que sa mère lui reproche. Anne part en vacances dans le Finistère sud dans un coin isolé. L’homme qu’elle aime doit la rejoindre en fin de semaine. Pour le moment, il est en vacances avec sa femme et ses enfants. Mais il lui a promis de la rejoindre. Anne passe ses journées à la plage. Seule, elle essaie de tuer le temps de cette longue attente. Six jours remplis de questions, de doutes, de souvenirs …

Anne raconte ses journées à cet homme et au fil des pages, on va apprendre à la connaitre. Au début de son arrivée, on ressent son enthousiasme. A la plage, elle aime observer les gens, suivre leurs conversations. Elle qui est seule sur sa serviette de plage s’imagine leurs vies. J’ai souri car je fais de même : je regarde, j’attrape au vol des bribes de conversations et je note.
Autant de personnes qui font remonter en elle des souvenirs. Celui de son père décédé. Un père aimé et idolâtré. Une mère distante, des reproches sur tout ce qu’Anne fait ou plus justement ne fait pas. François l’appellera une seule fois le lundi. Un appel confus. Au fil des jours, l’attente devient angoissante. Sa solitude lui pèse, l’accable. Et s’il ne venait pas ?

L’atmosphère du début n’est plus la même. On suit Anne, on espère pour elle qu’il viendra même si on pressent l’inverse.  Très vite, la mélancolie gagne du terrain, pas une mélancolie âpre,  non mais celle qui a le goût de  la pudeur et des émotions.  
Sans dévoiler l'histoire, Anne sera différente, "grandie"  quand elle repartira.

Avec une écriture que j’affectionne, Marie Sizun nous dépeint avec beaucoup de sensibilité,  la solitude, la plage. Il s'agit encore d'un très beau roman qu'elle nous offre...


Le billet de Choco.

Plage part en LV ...

Difficile de choisir un extrait :

Et quoi de plus propice à la curiosité que la promiscuité d'une plage? Là, pas de murs, pas de toits pour enclore les foyer, en dérober la vue, en étouffer la parole. On pénètre quand on veut dans l'existence des autres, à la façon d'Asmodée : mais nul besoin de pouvoir magique. Une plage, c'est un théâtre, ouvert à tous les regards, un théâtre où cent histoires se déroulent sumultanément. Quelle tentation de papillonner de l'une à l'autre, pour moi qui, en entendant que tu sois là, n'en ai pas, d'histoire, moi qui suis libre comme l'air !

mardi 21 septembre 2010

Alleluia ...Béni soit le mardi !

Je n'y croyais plus (non, je n'ai pas gagné au loto) mais j'ai enfin reçu le LV de Keisha Instructions pour sauver le monde  posté il y a plus de deux semaines par Theoma.

Alors que je comatais au lit, un premier coup de sonnette. Le temps que mes synapses embrumées envoient  l'information à mes neurones baignant dans le coton, un deuxième coup de sonnette.

Pas le temps d'enfiler un jean, j'arrive à l'interphone:
-Oui?
-C'est le facteur, je n'arrive pas à ouvrir votre boîte aux lettres.

Me voilà en pyjama, tenant à peine debout à réfléchir comment faire. Pas envie de me montrer dans cette tenue au facteur. Bon et  puis après tout, mon pyjama polaire est correct. J’ouvre la porte au facteur, osant à peine  dire bonjour de peur de le tuer net à cause de  mon haleine. Qui n’a pas mauvaise haleine après avoir dormi ? Qu'il me jette la pierre.

Regard en coin  de mon facteur et sourire ironique. Mais il est  bien mon pyjama avec des nounours dessus …

Et là, j’ouvre le paquet.



Non ??? Theoma m’aurait-elle envoyé des substances illicites ?  


Que nenni ! La preuve :


Et, oui,  j’ai été hyper gâtée !
Du chocolat, deux marque-pages, un carnet et une carte remplie de gentils mots !

Toute "émotionnée", je peux retourner comater en mangeant avant un peu de drogue dure...

Beni soit le mardi !
Et merci Theoma...

Isabelle Marsay - Haute sécurité

Editeur : Les Soleils Bleus - Date de parution : 01/2010 - 32 pages

Avertissement : ô toi le lecteur qui aime Molière,les pièce de théâtre classiques, passe ton chemin...

Ce texte est  une très courte pièce de théâtre qui s'ouvre sur : Les trois protagonistes  marchent en se suivant dans un bac à sable. Ils portent des bonnets de bain et des gants en plastique, un chronomètre et de longues tenues identiques. Au dos de la tunique, un numéro à huit chiffres commençant par o6.  Chacun d'entre d'eux tient une batte de base-ball.

Nos trois personnages sont formatés. Des hommes déshumanisés comme des robots qui répètent à l'unisson des phrases types.
Ce texte pointe un monde où il n'y aurait aucune place pour la différence, la liberté et la pensée d'expression. Car nos trois personnages se doivent de penser la même chose... moutons de panurge (lobotomisés?).

Certes...  mais, je n'ai pas été convaincue. C'est trop court et l'ensemble est peu étoffé.

Merci à l'ami BOB et aux éditions du soleil bleus pour cette découverte.

lundi 20 septembre 2010

Sofi Oksanen - Purge

Editeur : STOCK – Date de parution : 25/08/2010 – 400 pages

Estonie occidentale, 1992. La vieille Aliide Truu vit terrée dans sa maison. Elle découvre dans la cour de sa ferme une jeune fille Zara. Mal en point, violentée et terrifiée. Même si Aliide hésite à lui ouvrir sa maison de peur de tomber dans un piège tendu par la Mafia Russe, elle va finalement l’accueillir. Zara dit avoir fui son mari.
Dans ce huis-clos, les deux femmes vont apprendre à se découvrir par petites touches. Toutes deux portent en elle une histoire différente, des secrets et des peurs. Aliide l’ignore mais le passé les lie par le sang.

Il m’est difficile parler de ce livre dense et puissant. J’ai longtemps réfléchi à ce que j’allais pouvoir vous dire car cette lecture a été très, très forte.

J’ai tressailli à chaque bruit entendu par Aliide ou par Zara. L’ambiance de ce huit-clos est pesante, électrique. Entrecoupée par des flash-back, l’histoire d’ Aliide et de Zara est divulguée au fil des pages.

Avec Aliide, on revit une période sombre de l'histoire,  celle de l’Estonie pendant et après la guerre. Pays occupé par Soviétiques, les Allemands et de retour les Soviétiques. Mais parce sa sœur s’est mariée avec Hans dont elle était secrètement amoureuse, Aliide jouera double jeu.
Un double-jeu dont le prix sera terrible.
Les interrogatoires, l’humiliation et bien pire seront faits aux femmes et aux fillettes. Cette violence est comme des gifles que j’ai prises en pleine figure.
Après que l’Estonie soit redevenue un pays libre, Zara aura eu comme tort de croire qu’à l’Ouest tout était facile. Une autre histoire, d’autres violences. Celles de jeunes femmes tombées dans les mains de proxénètes. J’ai ressenti de la nausée, du dégout…
Les mots sont criants d’une vérité ignoble.

L’écriture porte à bout de bras toutes les violences faites aux femmes.
A lire absolument. Un très grand livre !

Merci à Aifelle pour le prêt. Les avis unanimes de Pickwick et de Gwen, Anna.

Mais la terreur de la fille était tellement vive qu'Aliide  la ressentit soudain en elle-même. Bon sang,comment son corps se souvenait-il de cette sensation, et s'en souvenait si bien qu'il était prêt à la partager dès qu'il l'apercevait  dans les yeux d'une inconnue? (...) Pour Aliide, la peur était censée appartenir à un temps révolu.

dimanche 19 septembre 2010

Les repas de famille - suite

Gwen nous fait travailler dur aujourd'hui ! La suite des consignes c'est .

Si vous avez raté le premier épisode , c'est ici.

Et mon texte :

Après le départ précipité d’Oliver et d’Hélène, Huguette déclare :
-Excusez-moi quelques instants, je vais aller  me reposer.
Marie aussi fidèle qu’un chien de chasse l’accompagne à sa chambre :
-Vous avez besoin de quelque chose, belle-maman ? je vous apporte un verre d’eau.
-Non, merci Marie, juste mon sac à mains.Ca va aller.

Marie s’exécute et  retourne à la salle à manger.
Huguette prend son sac et sort son portefeuille. Derrière son chéquier, se trouve une photo encornée.  Sur la première, de jeunes mariés s’y embrassent, le bonheur dans les yeux.  De son doigt, elle caresse la tête de la femme et murmure :
-Mon dieu, pourquoi  a t-il fallu que tu prennes Lise ? Elle était si douce. Avec Olivier, ils formaient un si beau couple. Pourquoi elle ? Tu aurais  mieux fait de me rappeler à toi.

De ses yeux sombres, des larmes coulent.  Elle pensait  qu’Oliver serait resté veuf après la mort de Lise.  Ca a été un choc quand deux après, il lui a présenté  Hélène et sa fille Chloé. Pour elle, Hélène prenait la place de Lise et Chloé était la petite file qu’Olivier et  Lise auraient dû avoir.  Elle regarde la photo des enfants de Jean et de Marie.  Endimanchés et sourires de convenance. Chaque année, la photo change seuls les  sourires figés restent.  

De son portefeuille, une lettre pliée en quatre tombe sur le lit. Elle la relit. Son médecin lui a prescrit une batterie   d’examens  à faire.  En même temps, elle défait son foulard et touche la boule qui est apparue à  son cou depuis plusieurs mois. Elle a encore grossi. Elle n’en a parlé à personne. L’ordonnance date de deux mois. Les premiers examens ont révélé un cancer à un stade très avancé.   

Elle sort une petite photo de Chloé. Elle l’observe. Chloé dessine sur une feuille allongée à même le sol.  Elle sourit et hoche la tête.

Puis, elle  ajoute la photo de  Chloé à la place d’honneur avec celle de ses petits-enfants.

Un silence embarrassé règne  dans la salle à manger. Marie parle de tout et de rien et s’efforce de sourire. Mais rien n’y fait.  L’ambiance est devenue pesante.
Marion se lève :
-Bon eh bien, vous remercierez maman pour  cet adorable déjeuner mais je préfère retourner à l’hôpital. Jean, excuse-moi mais tu es  un vrai con ! Salut la compagnie !

Sa nièce Caroline n’en a pas perdu une miette. Elle quitte la table, prétextant un mal de ventre pour aller s’assoir au salon. Il lui suffit de fermer  les yeux pour s’imaginer être dans la chambre de Quentin. Depuis six mois, ils sortent ensemble mais c’est un secret. Caroline trouve des excuses pour passer chez lui sans la semaine. Fils unique, ses parents ne rentrent que très tard le soir. Ils se voient  toujours  lui. Quentin a deux ans de plus qu’elle. A ses yeux, il est différent des autres garçons. D’ailleurs, à part David, il ne se mêle  pas trop  aux autres.

Au début, ils s’embrassaient timidement puis, elle l’a laissé glisser ses mains sous son chemisier et défaire  son soutien-gorge.  A chaque rendez-vous, Quentin  ferme les volets, allume sa lampe  de chevet et met la musique. Elle se sent bien dans sa chambre où les murs sont recouverts de posters et d’affiches de groupes de Rock. Rien qu’à penser à ses mains qui caressent ses seins, elle rougit. Ils n’en ont jamais  parlé mais elle sait que Quentin veut qu’ils le fassent. Elle a un peu peur, elle appréhende  mais elle en a envie elle aussi.  Elle se mord les lèvres, ravale sa salive.
Demain soir, elle ne sera plus une petite fille.  

Marie-Sabine Roger - Il ne fait jamais noir en ville

Editeur : Thierry Magnier – Date de parution : 12/05/2010 - 105 pages ou 10 nouvelles


L’exercice de la nouvelle est un Art difficile. L’auteur doit mettre en scène très vite un décor, une ambiance, savoir aiguiser la curiosité du lecteur et le ferrer tel  un poisson. Marie -Sabine Roger y réussit une  fois de plus avec brio.

Pas de chutes sanguinolentes dans ce recueil, les nouvelles ne sont pas corrosives  comme  dans les encombrants mais quel  bonheur ! 

Je l’ai relu encore une fois  pour le plaisir car ce sont des nouvelles tendres (comme la parenthèse) , dures ( pas à pas) ou qui nous amènent sur des chemins plus intimes : tout  va bien, sans blessure apparente.

Marie-Sabine Roger sait décortiquer l'âme humaine. Observatrice de tous les jours, elle décrit ces moments avec une écriture à couper le souffle.  Elle joue avec les mots, décline des phrases  où chaque mot  a son importance .... le parfait équilibre !

Dix nouvelles qui m'ont touchée, émue ou qui m’ont fait sourire. Je l'ai lu deux fois et je le relirai  ( voilà, pourquoi j'achète des livres. Je peux me délecter tant que je veux...  )

Pari  réussi une fois de plus !

Les avis  d'Antigone, Canel, Cathulu, Encres vagabondes

La mémoire est un bien qui ne prend sa valeur que lorsqu'elle se partage.
Si la parole est sans écho, elle n'atteint  pas l'autre versant. Elle ne prend pas les vents, les courants ascendants. Elle s'abîme.
Si la  paroles est sans écho, elle n'est plus qu'un discours vide, souvenir du passé, vestige.Bientôt, sans doute, elle n'est plus rien.

samedi 18 septembre 2010

Laurent Mauvignier - Loin d'eux

Editeur : les Éditions  de Minuit - Date Parution : 04/09/2002 - 128 pages

Lorsque Luc est parti, ses parents, Jean et Marthe, ont pensé que c’était mieux pour eux trois. Gilbert et Geneviève, son oncle et sa tante, eux aussi ils y ont cru. Mais pas Céline, sa cousine.

Elle, c’est la seule qui n’a pas été surprise, la seule à avoir craint que ce qui en Luc les menaçait tous finisse par s’abattre sur eux.


Il s'agit de la quatrième de couverture et je trouve (pour une fois) qu'elle donne juste les éléments qu'on  a besoin de savoir. Les explications viendront au fur et à mesure, distillées par les pensées de ces six personnages. 
Roman polyphonique par excellence, ce livre nous dévoile le pourquoi de l'absence de Luc par les monologues des personnages,  Luc compris. 
C'est  vrai qu'à la maison, la situation  était un peu tendue. Jean, le père n'acceptant  pas que son fils ne cherche pas un vrai travail. Des reproches signifiés par des silences pesants,  des regards, des gestes. Alors quand Luc est parti à Paris pour  travailler comme serveur, chacun a cru, espéré qu'enfin Luc avait une vie. 

On devine très vite ce qui s'ets passé et pourquoi Luc est définitivement absent. Suite au drame, les mots ne viennent toujours pas ou ce sont des demi-mots, les personnages n'osent toujours pas parler, dire, crier ce qu'ils ont  sur le cœur.
On assiste impuissant à leur souffrance, ils s'emmurent dans les silences, dans les remords et les regrets qui les rongent de l'intérieur. Les fameux si on avait su arrivent mais trop tard.

J'ai lu ce livre en apnée. J'ai été touchée par cette histoire car ce livre a trouvé de nombreux échos en moi. Mes parents sont issus de cette génération où  l’on ne  parle pas de certains sujets, où les tabous sont nombreux et légions.

Une lecture forte qui montre ô combien les mots dits sont importants. L’écriture  de Laurent Mauvignier est magnifique.
Un coup de cœur... 


Et voilà, maintenant les miettes sur lesquelles il faudra survivre. Mon silence à moi pour cimenter sa tristesse à elle, être là toujours et supporter de se taire là où jusqu'à maintenant, je n'avais su qu'aboyer  putain de merde,  manger mes gros mots et les avaler tous, au fond, qu'on n'en parle plus (...)

Pourquoi n'a t-il rien  dit,  pas parlé avec nous, pourquoi ce sourire alors et ces je vais bien je pense à vous  dans les lettres, si les mots étaient faux, si en lui c'est autre chose qui parlait, des mots qu'il n'a jamais poussés vers les autres, vers nous. Il ne nous croyait pas capable de ça, comprendre.


vendredi 17 septembre 2010

Quelques précisions sur les livres voyageurs

Je partage avec plaisir mes livres mais je vais désormais mettre en place quelques règles .
Un livre voyageur est  souvent attendu par d'autres personnes alors, on ne le mets pas au fin fond de sa PAL. Quand on le reçoit, on me prévient par mail. Idem quand on le finit et qu'on le poste à la personne suivante.

Mes livres aiment bien revenir à bon port ( le climat brestois leur convient)  donc ils font l'aller mais également le retour ...


Avant de me demander un livre, j'aimerai bien vous connaître un peu. Je demande juste à ce qu'on me laisse au moins un commentaire (et pas seulement celui pour demander de s'inscrire pour le LV)...

Hervé Le Tellier - Assez parlé d'amour

Editeur : Livre de poche - Date de parution : 25/08/2010 - 256 pages sur l'Art de l'amour...

Anna, médecin, est amoureuse d’un écrivain peu connu Yves. Thomas, le psychanalyste d'Anna, rencontre au cours  d’un diner Louise, une avocate renommée et en tombe éperdument amoureux. Anna et Louise sont toutes les deux mariées et mères de famille.
Peut-on encore vraiment tomber amoureux après quarante ans sans trop de pertes et de fracas ?  Eh bien si vous voulez le savoir, lisez ce livre…

Ils sont six, il n’en restera que quatre pourrait- on dire. Car n’oublions pas dans cette histoire les maris d’Anna et Louise. Maris aimants et dévoués. Quels choix feront Anne et Louise ? Celui de tranquillité ou alors le pari de recommencer une nouvelle vie amoureuse ? Dans ce livre, les destins vont se croiser au hasard de la vie.
Hervé Le Tellier nous parle d’amour avec subtilité, délicatesse et humour. La trame du livre original m’a plu tout de suite : des micro-chapitres où il met en place à chaque fois deux des personnages.
Anna et Louise ont des doutes, peur de faire le mauvais choix . Mais  peut-il y avoir un mauvais choix en amour ?

Le tout est écrit avec  finesse, subtilité  et humour.

Message destiné à Monsieur (si jamais il lit mon billet )  : j’aimerai pour l’année prochaine , pour mes 40 ans que tu m’écrives un petit livre constitué de  40 souvenirs …

Les billets de Cathulu , d’Antigone, d'Au fil des pages , de Zarline .
L'extrait que je voulais citer est chez Antigone...

Une lecture  conseillée par Isabelle

jeudi 16 septembre 2010

Rencontre avec Claudie Gallay


J'ai eu la chance de rencontrer mais surtout de m'entretenir avec Claudie Gallay en tête en tête ( merci Clémence!).
Claudie Gallay ce sont des yeux pétillants et  un sourire ému quand on lui dit qu'on aime son écriture.
De la gentillesse, de la simplicité  envers la lectrice que je suis (et qui pour une fois a réussi à terminer ses phrases ...incroyable!)
Nous avons parlé écriture, enfin  de son écriture.

Sur la photo, elle dédicace mon livre qui va voyager dès aujourd'hui.
Elle a souri et m'a demandé ce qu'est un livre voyageur. Et, Claudie Gallay est ravie de ces partages de lecture !

Une belle rencontre avec une auteure accessible et sensible!
Merci à vous Claudie Gallay pour ce beau moment  !

mercredi 15 septembre 2010

Récréation du mercredi

Toujours chez Gwen, la récration du mercredi fait son apparition.

Le thème d'aujourd'hui :
Le cœur régulier. Le premier mot. Retour aux mots sauvages. Antoine et Isabelle. Apocalypse bébé. L’insomnie des étoiles. Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. La carte et le territoire. Naissance d’un pont. La vie est brève et le désir sans fin. Une année chez les Français. Une forme de vie. Le testament d’Olympe. Six mois, six jours.
Ces titres vous disent quelque chose? C’est normal. Il s’agit là de la sélection du Prix Goncourt des lycéens. Je vous propose d’en choisir une dizaine parmi eux et d’écrire une courte histoire avec. 

Ce qui donne :

-Gigi, tu descends mon lapin ? Tu vas être en retard pour l’école !
Un garçon brun, sac à dos sur les épaules et mine renfrognée descend de l’escalier fraichement ciré.
-Eh ben, qu’est ce qu’il y a mon cœur ?
Le premier mot qu’il lui vient à l’esprit est ferme-là mais comme il est bien élevé, il se contente de dire :
-Rien ! Je voudrai juste que tu arrête de m’appeler Gigi, c’est tout… c’est franchement nul !
-Oh, mon petit garçon n’a pas assez dormi, allez en voiture !

Gigi a à peine le temps d’attraper son manteau que sa mère est déjà installée au volant. La radio est allumée et Isabelle chantonne.
-Tu entends mon lapin ? c’est Gigi Goldman ? Ah, la journée s’annonce belle, je te le dis.

Son Gigi s’est blotti à l’arrière avec sa console de jeux en main, il s’active à son jeu préféré au nom d’Apocalypse Bébé où le héros n’a que la carte et le territoire pour faire face aux méchants. Et que je te dégomme des monstres et des chanteurs des années 80!
La mère d’Isabelle n’avait qu’un crédo : la chanson pour être heureuse ! Et Isabelle a hérité de cette manie. Pas une journée se passe sans qu’elle fredonne ou ne chante. Ce n’est pas rien pour rien que ses enfants se prénomment : Jeanne, pour Jeanne Mas, Claude pour Claude François et Jean-Jacques dit Gigi pour Jean-Jacques Goldman.

Elle est heureuse de vivre Isabelle. Pétillante, une vitamine C sur jambes qui ne se plaint jamais. D’ailleurs, elle le dit à qui veut l’entendre « il faut voir la vie en rose et de pas s’apitoyer sur soi. La vie est brève et le désir sans fin ». Agée de 42 ans, elle a la vitalité d’une fille de 20 ans. Antoine et Isabelle sont mariés depuis 22 ans et jamais leur couple n’a jamais battu de l’aile.

Arrivée devant l’école, elle accompagne Gigi bien qu’il soit en CM2, lui flanquant deux grosses bises bien sonnantes, papote un peu avec quelques mères et repart aussi sec. Antoine est commercial et souvent absent de la semaine et Isabelle gère tout. C’est bien simple, tout le monde l’admire de la boulangère, à ses voisins en passant par ses amis. Sa maison est un modèle de propreté à faire pâlir de jalousie Monsieur Propre.

Mère au foyer, elle ne voit pas le temps passer. Son emploi du temps est réglé à la minute près entre Gigi à amener et à chercher à l’école, les activités extrascolaires, les courses, le linge… et ses deux ados : Louise 17 ans et Claude 14 ans. Sitôt rentrée, elle s’active à la cuisine : débarrasser la table du petit-déjeuner. Louise a renversé la moitié de son verre de jus d’orange à côté de la table, Claude a laissé derrière lui une armée de céréales sortant d’un paquet éventré sauvagement? Ce n’est pas grave ! Elle essuie, elle range en écoutant l’émission "Une année chez les Français "à la radio . L’émission traite des problèmes actuels : crise, chômage mais aussi d’autre sujets sur l’infidélité, les enfants qui battent leurs parents. A chaque fois, Isabelle soupire en se disant qu’elle a vraiment de la chance ! Puis, elle passe un coup de balai et en profite pour muscler ses fessiers Et une, deux, trois, on contracte….Aucune raison de se laisser aller !

Au contraire, passée la quarantaine, il faut s’entretenir encore plus. Etre plus vigilante vis-à-vis du carré de chocolat, du morceau de gâteau qui s’incrustera dans les hanches ou dans les cuisses. Puis, elle s’affaire dans les chambres et la salle de bains, range après ses enfants en chantant. Elle récupère la chaussette sale qui traîne sous le lit, le mouchoir en papier tombé à côté de la poubelle et en étant toujours de bonne humeur.

Elle nettoie, elle débusque du coin de l’œil le grain de poussière que personne n’a remarqué sauf elle. Ses enfants ne font aucun effort. Pourquoi en feraient-ils d’ailleurs ? Leur mère est toujours affublée d’un chiffon et de son aspirateur tel un terminator ménager. Elle conçoit la vie aussi nette qu’une surface aseptisée, brillante et récurée, une forme de vie qui convient à toute la famille.

Six mois, six jours plus tard, Isabelle n’a plus le moral. Son Gigi va d’ici peu entrer au collège. Ses enfants ont grandi si vite. Rien ne va pas plus ! Elle se traine, n’a plus de goût à rien et la maison est sens dessus dessous. Isabelle se rend compte que bientôt ses enfants n’auront plus besoin d’elle. Antoine l’a poussé à aller consulter le médecin. Car lui et les enfants en ont marre de manger des plats surgelés. Louise qui n’avait jamais approché de près ou de loin un fer à repasser a dû s’y mettre. Claude a découvert que les céréales n’allaient pas toutes seules dans la poubelle. Et Gigi demande à ce qu’on l’appelle son lapin.

Le médecin n’a rien trouvé d’anormal à ce cœur régulier mais juste une tension un peu basse. Il lui a prescrit des anxiolytiques et depuis tout va mieux. Les pilules du bonheur lui font tellement de bien qu’elle en abuse. Du matin au soir, elle est sur son petit nuage. Ses gestes sont un peu ralentis, son regard hagard mais ni son mari ses enfants ne se plaignent. Toutes les tâches ménagères sont faites et en silence. Fini la chansonnette ! Quand Isabelle ouvre la bouche, elle annone des mots étranges, des prophéties, des discours et répète  » parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants ».

D’ailleurs, Antoine se demande bien pourquoi il ne l’avait pas amené plus tôt chez le médecin …

Martin Provost - Bifteck

Editeur : PHEBUS - Date de parution : 19/08/2010- 126 pages géniales !

Chez Plomeur, à Quimper, on est boucher de père en fils aussi  André, fils unique de Loïc et Fernande, est élevé pour en devenir un. Alors que la première guerre mondiale fait  rage, André, adolescent,  développe un don très particulier. Sous ses doigts,  la chair des femmes atteint  le plaisir suprême.   Et, en  ces temps de disette du bas ventre, toutes ces dames font la queue devant la boucherie.
Un matin, André trouve devant la boucherie un panier en osier avec à l'intérieur un beau bébé.
Puis un deuxième, un troisième… Et voilà qu’André se retrouve père de sept enfants qu’il aime inconditionnellement. Mais, l’armistice est signé et les valeureux soldats reviennent. André décide de prendre la mer avec ses sept  enfants pour rejoindre  l’Amérique.
Non, je n’ai pas aimé ce livre, je l’ai adoré  car il est un petit bijou dans son genre ! Une lecture truffée d’humour qui flirte avec  le conte et qui se lit comme du petit lait.  
C’est que Martin Provost  a une belle  écriture  entraînante, joyeuse qui m’a prise par la main. Et les noms des viandes chantent, roucoulent sous sa plume.
J’ai souri, j’ai rigolé, j’ai été émue  car c’est une très belle histoire  qu’il nous raconte ! Il y a l’amour charnel mais surtout l’amour de ce jeune père pour ses enfants.
Et dès  demain je vais aller  embrasser gaiement mon boucher !Un regret ? Oui, de  ne pas avoir pu aller rencontrer l’auteur chez Dialogues lundi dernier.
Un seul conseil  : lisez-le !
Elle leva son délicat visage vers le premier étage et André vit alors, dans jeux égarés, gorgés d’un trop-plein d’amour maternel, cette même douleur  qu’il avait devinée chez  les vaches à qui l’on vient de prendre un veau pour le mener à l’abattoir, et qui meuglent à la mort plusieurs semaines.
Un grand merci à Brize pour ce livre voyageur !

Erwan Larher - Qu'avez-vous fait de moi?

Editeur : MICHALON - Date de parution : 26/08/2010 - 286 pages qui se lisent toutes seules...

Léopold Fleury, 27 ans, sur-diplômé comme tant d’autres voit la fin de contrat de travail poindre aux éditions du Soir. Mais, Léopold est un écrivain de génie ! Enfin, c’est lui qui le dit et il en est convaincu …  et d’ailleurs quand son talent sera enfin reconnu, il vivra ses rêves qui tiennent lieu du fantasme. Revenons sur terre, le patron des éditions du Soir a été tué et Léo est soupçonné de meurtre. Au chômage avec  des économies réduites à néant à cause d’un mauvais placement bousier, Léo  rame pour trouver un emploi. Orgueilleux, branché en permanence sur les  femmes et vivant dans ses rêves,  Léo  accède  enfin au monde tant convoité  du gratin dauphinois  parisien où les paillettes brillent de mille feux…   Il  pense avoir réussi  à décrocher ce travail  grâce à ses nombreuses qualités et à son CV mais il n’en est rien. Léo n’est qu'un pion que certains déplacent sur l’échiquier… un pion qui aspire toujours à ses rêves. Et léo  se retrouve embarqué  dans une histoire qui dépasse toute réalité.
Roman ou polar ? Un mélange  des deux qui est bien réussi ! Léo a tout pour agacer : pédant, arrogant, bref, le genre de  personnes à qui l’on voudrait clouer le bec. Même lorsqu’il se retrouve en situation précaire, Léo joue au  mythomane. S’enfermer dans ses rêve, ça a du bon quelques fois. La dure réalité du quotitien même si elle est pimentée par les désirs érotiques de Léo est décrite avec un humour acéré ! Car mine de rien, ce livre porte sur notre société et rien n’est laissé de côté. Tout y passe : le travail, l’écologie, le pouvoir, le paraître… De l’humour vif, sans concession sur ce qui nous entoure  ( ô bonheur !).
J’ai préféré la seconde partie du livre car  la première partie d’un point de vue écriture m’a semblée quelquefois  un peu formelle.
L’ensemble est largement réussi : aucun temps mort et un ton d'une  délicieuse impertinence!
Un premier roman/polar qui donne déjà envie  de lire les prochains livres de cet auteur !
Merci à Keisha pour ce livre voyageur.  
Le bonus à découvrir le blog de l'auteur Erwan Larher où la langue de bois est bannie....

mardi 14 septembre 2010

Sonya Hartnett- Une enfance australienne

Editeur : le Serpent à plumes - Date de parution : 11/02/2010-
198 pages qu'on ne lâche pas...

Avertissement : ce livre entraîne une brusque augmentation  de la fréquence  cardiaque…

Le livre s’ouvre sur l’enlèvement de trois enfants par un inconnu. Adrian, 9 ans, vit chez sa grand-mère et son oncle. Une famille un peu étrange, d'ailleurs sa grand-mère semble de pas l’aimer. Adrian se fait petit, il ne cherche à pas à se faire  remarquer même à l’école.  Timide, d’un naturel  inquiet, il se demande qui sont les nouveaux voisins qui viennent d’aménager dans la maison  d’en face.  Bizarrement, il y a trois enfants qui ne semblent pas très bavards et un homme.

Durant cette lecture,  mon rythme cardiaque était  proche de la tachycardie ! Et une fois commencé ce livre , je ne l’ai pas lâché  (tant pis pour le risque de malaise)!  Il s’en dégage une atmosphère pesante, on pressent le pire, on s’inquiète. Mais qui sont ces voisins ? Et pourquoi semble t- il planer comme un malaise  autour d’Adrian ?
Voilà,  je me suis retrouvée sous pression, le cœur prêt à lâcher  (ne cachez pas votre joie,  j’ai tenu bon)  alors qu’il n’y a pas  la moindre goutte de sang.

Tout est dans le récit mené brillement où le suspense monte en crescendo ! J’ai eu l’impression qu’Adrian vivait dans une ville où les habitants peu nombreux  sont calfeutrés chez eux.  Plus j’avançais dans ma lecture et plus j’avais des certitudes qui se sont écroulées comme un vulgaire château de cartes ! Même si on s’attend à une fin tragique, on est berné …

Un excellent livre sur tous les plans! J’en  suis ressortie bluffée et secouée comme un orangina…
A lire ! Mais avant on vérifie son  palpitant !
Les billets d'Aifelle, Papillon, Sylire et plein d'autres avis chez l’ami BOB.

lundi 13 septembre 2010

Claudie Gallay - L'amour est une île

Editeur : ACTES SUD - Date de parution : 15/08/2010 - 351 pages

Difficile de parler d’un livre de Claudie Gallay sans que les déferlantes reviennent à l’esprit. Pourtant, exit La Hague, les embruns et son ambiance. Changement de décor et d’ambiance, l’action de l’amour est une île se situe à Avignon plus précisément lors du festival de l’année 2003 alors que les intermittents du spectacle font grève. Odon,metteur en scène, produit la pièce d’un auteur inconnu Paul Selliès mort dans un accident cinq ans plus tôt.
Mathilde dite la Jogar, comédienne de renom est de retour. Mathilde est l’ancien amour d’Odon, la femme pour laquelle il a brisé sa vie de famille. Elle est devenue célèbre grâce à l’écriture de sa propre pièce. Mais cet été là, Marie vient à Avignon. Jeune fille tourmentée, écorchée vive depuis la mort de son frère Paul Selliès.
Au fil des pages, les masques seront mis de côté, les blessures vont réapparaitre, une pièce dont le dénouement tombe comme un rideau de théâtre à la dernière page.


Nul doute que ce livre est de Claudie Gallay ! On retrouve son écriture ciselée, des phrases courtes. Pas de fioriture. Les mots sonnent, claquent, interpellent et instaurent d’eux même une ambiance. La signature de de Claudie Gallay est là dans ce style que j’aime. Malgré l’écriture, je me suis sentie mal à l’aise pendant la lecture de la première partie de ce livre. Des difficultés à accrocher à l’histoire où le théâtre est omniprésent. L’impression de ne pas trouver mes marques et puis il y a eu le déclic. Enfin, j’ai glissé dans l’histoire et je l’ai appréciée.

Dans ce livre, l’amour est décliné : blessures béantes, charnel ou amour du théâtre. Car tout ce roman gravite autour de la comédie et du jeu. Il y a Marie qui m’a touchée. Elle dont la douleur s’exprime par la mutilation de son corps. Le personnage de la Jogar est le corps qui devient instrument pour raconter une histoire, déclamer des mots et leur donner toute leur puissance.

Contrairement aux déferlantes, ce n’est pas un coup de coeur…

Les billets de Leiloona, Canel,Violaine ( Art Souilleurs),

Ce livre partira en voyage (encore un !) à partir de jeudi. Car mercredi Claudie Gallay sera chez Dialogues

dimanche 12 septembre 2010

Michel Serres - Biogée

Editeur : Editions-dialogues.fr - Date de parution : 09/09/2010 - 204 pages

Extrait de la présentation :
Bio signifie la vie, Gée désigne la terre. Pourquoi ce titre s’est-il imposé à lui ? c’est que, répond-il, la Vie habite la Terre et la Terre se mêle à la Vie ; c’est aussi – les lignes de Valéry et de Bernanos inscrites en exergue le disent – les choses, comme les vivants, ont un langage, et que l’âme d’un poète sait devenir arbre. Et le philosophe, lui, devient récitant, mêlant légende, histoire, récit, choses vues ou rêvées, avec des paroles de philosophie.

J'avais commencé cette lecture qui est un essai. Ayant eu du mal à rentrer dedans, je l’avais mise de côté. J'en ai parlé avec Charles Kermarec qui m'a dit :
-Pourquoi ne pas l'écouter ?

En effet, je n'y avais pas pensé alors que les livres des éditions dialogues offrent cette possibilité. Mais lire un livre ou l'écouter, est ce pareil?
Et là, je peux vous assurer que j’ai fait un très beau voyage ! Enclencher la lecture, fermer les yeux et se laisser guider, emporter par la voix de Michel Serres.

 
La voix suit le texte, se fait langoureuse comme les fleuves. Elle se fait forte, tempétueuse comme les volcans. Chantante ou en colère, elle déclame ou proteste. La voix devient celle de notre terre Mère. Elle détache ou insiste sur certains mots mais toujours avec ferveur et passion. Le texte devient prière, hymne à la terre et à la vie. Nos erreurs sont martelées, accentuées par le timbre de la voix et par la ponctuation.

Un texte parsemé de poésie, de références à l’histoire et aux philosophes. Le tout s’unit, s’enchevêtre à merveille et prend une portée universelle. Nul besoin d’être historien ou grand penseur, le corps tressaute, frémit et frissonne à l’écoute. On entend et surtout on comprend le message.

J’en suis ressortie abasourdie comme après un grand voyage. Une immersion totale au cœur de notre Mère… l’humilité, le respect prennent la relève.

Un livre qui devrait être lu, écouté par tous et par les générations qui viennent.

Je préfère vous mettre un extrait oral.
Un seul conseil : écoutez ce livre ( mimines défaillantes ou non) !

Un grand merci aux éditions Dialogues et à Charles Kermarec de s'être montré persuasif!

Le billet de George

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Les repas de famille

Le thème de l'atelier d'écriture de Gwen aujourd'hui est sur les repas de famille.
Petit récapitulatif :
Depuis que vous êtes marié(e), c’est tous les dimanches le même rituel. Vous êtes de corvée de gigot pour le déjeuner chez Belle-Maman. Celle-ci a, en effet, décrété que vous étiez le (la) seul(e) qualifié(e) pour le découper dans les règles de l’art. Alors avec une certaine complaisance, vous vous levez et empoignez couteau et fourchette géants et entamez, avec une sauvagerie dissimulée, le massacre du gigot aillé. Au fur et à mesure de votre tâche, vous distribuez les tranches dans les assiettes qui se tendent. C’est l’occasion pour vous de passer en revue cette famille…

Alors que les conversations vont bon train, faites donc le portrait rapide des convives assemblés là (douze plus vous, bien sûr!). Quelques lignes pour chacun, l’idée est de brosser les portraits rapidement, à la manière d’un peintre, en essayant de faire ressortir les traits marquants ou les petits détails qui en disent long...

J'ai débordé, je le sais !Mais bon, voici mon texte :

-Hélène, vous découpez le gigot bien entendu ! me dit ma belle-mère. Comme si je n'avais pas vu son sourire en coin et l'étincelle sournoise dans ses yeux.
Je lui rends un grand sourire. Olivier pose sa main sur mon genou sous la table. Un signe pour que je ne bronche pas et que je le fasse sans faire d'histoire. Ce sera un massacre, elle le sait et moi aussi. Si elle m'a désignée c'est pour me mettre à l'épreuve. Une fois de plus. La végétarienne que je suis, se lève de sa chaise et inspire pour se donner du courage. Je m'y prends maladroitement. Ne pas fléchir. Je lève la tête du plat et je la vois qui tapote des doigts sur la nappe.
-Eh bien Hélène ! Le gigot va être froid. Vous ne voudriez quand même pas nous priver de notre repas.

Premier petit pic que j'encaisse sans broncher.
Cette fois, je m'applique. Mon estomac se serre de dégoût et d'appréhension.
-Belle-maman, je vous sers?
Son regard va du plat à mon visage. Va t’elle oser me dire que mes tranche ont l'air d'être découpées avec une tronçonneuse?
J'attends.
-Hélène, ce serait bien d’y mettre un peu du vôtre... Un tel gigot ! Monsieur Hamon le boucher de la place St Louis me l'avait spécialement mis de côté . Quel gâchis!

Je ravale ma salive. Aujourd'hui, je serai plus forte qu'elle.
-Belle-maman, votre assiette, je vous en prie.

Eh oui, je dois appeler Huguette par ce mot froid rempli de distance "belle- maman". Les mots créent des abîmes. Pire des barrières.
Le vouvoiement est obligatoire et de rigueur.
Mince, j'ai oublié que je dois la servir à l'assiette.
Elle me fixe, attend. Quand je me penche près d'elle, j'entends sa respiration fielleuse, son parfum aigre. Un visage long et sec comme toute sa personne. Des pommettes hautes et des lèvres minuscules. Ses ridules auteur des yeux ne lui confèrent aucune tendresse. Pire, ils la rendent encore plus froide. Droite comme un i sur sa chaise, elle me lance un merci sec, glacé suivi d'un long soupir que tout le monde a entendu.
Personne n'ose lui ne faire la remarque. Au mot Saint Louis, les joues de ma belle-sœur se rosissent :
- Vous savez, belle-maman que le prêtre de Saint Louis m'a remercié pour mon aide aux cours de catéchisme et pour la composition florale que j’ai réalisé pour la messe.

Assis à côté d'elle, son mari Pierre prend le relais :
-Mais ma chérie, tu es une fée, la bonté même.
Jean, l'aîné des enfants, 40 ans et commandant de vaisseau. Militaire dans l'uniforme et dans l'âme. Son épouse, Marie, 38 ans ; mère au foyer qui lui a donné quatre enfants. Marie et son éternel chemisier, son gilet, sa jupe juste à la longueur genou. Un visage rehaussé d'un éternel serre-tête. Comme elle le dit, elle voue sa vie à l'éducation de ses quatre enfants : Pierre-Louis, les jumelles Anne-Sophie et Caroline, et Jean-Baptiste.
Jean ne m'aime pas et c'est réciproque. Sa conversation se limite à peu de choses où les mots rigueur, discipline reviennent sans cesse.
Marie se trémousse sur sa chaise et lui chuchote :
-Je crois que tu peux annoncer la bonne nouvelle !

Jean se lève et d'un ton magistral annonce :
-Pierre-Louis a été admis au lycée Naval, dit-il fièrement.
Belle-maman tressaute et pose la main sur son cœur :
-Ton grand-père aurait été fier de toi.

Pierre-Louis l'ainé des petits enfants. Bon élève et arrogant , le fils à papa et à maman. Il sait se montrer l'enfant parfait en famille. Par contre, avouer qu'il fume en cachette et qu'il a déjà pris une première cuite, jamais! Il s'en vante fièrement sur Facebook. Certes, un garçon intelligent mais qui ne sait pas qu'Internet est le nouveau téléphone arabe. Comme son frère et ses sœurs, il est scout. Chez cette branche de la famille Kerguin, c'est une tradition comme la messe du samedi soir.

Ses sœurs Anne-Sophie et Caroline sont les modèles miniatures de leur mère. A 14 ans, elles s’habillent pareilles. Le visage d’Anne-Sophie a perdu les rondeurs de l’enfance et montre les premières prémices de l'adolescence. Elle parle très peu, c'est un enfant secrète. Caroline est toujours souriante et se moque éperdument de tout. Arrivée à l’école, elle va troquer sa jupe et son chemiser contre un jean taille basse et un t-shirt.
-Jean-Baptiste, tes coudes !
Ah, Jean -Baptiste, 10 ans, l'éternel rêveur qui désespère ses parents. Ce gamin aime la campagne et les vaches. Son rêve serait de tenir une ferme. Quand Marie l'a appris, elle en a pleuré.
L'été dernier, il a passé une semaine avec les scouts dans l'Ardèche. Et il s'y est découvert une passion pour l’agriculture.
Comme c'est Marie qui l'avait inscrit depuis Jean la tient responsable.
Marie expie sa faute en brûlant un peu plus de cierges et en répétant des "mais que va-t-on faire de cet enfant?"

-Jean-Baptiste ! Tu te tiens correctement !
Son père est prêt à se lever. Il a hésité mais non, il s’est retenu pas devant la famille.

Mon beau-frère, Hugues, prend la défense de son neveu :
-Mais laisse un peu tranquille cet enfant.

Pour calmer le jeu, je demande à Hugues son assiette.
Jean et Hugues, deux frères que la politique et les idéologies séparent. Gauche et droite ne font pas bon mariage. Hugues, 36 ans, est professeur un quartier où les familles triment. Il aurait pu enseigner dans une école plus prestigieuse mais non. Il veut aider les gamins, les aider à s’en sortir par l’enseignement. C’est par obligation qu’il se rend aux repas de famille. Comme moi.
Jean dit :
-Quand tu auras des enfants…

Phrase assassine et lâche quand on sait qu’Hugues et Annie mariés depuis plus de 10 ans essaient d’avoir un enfant.
Annie ne réagit pas. Les yeux perdus dans le vide, elle s’est enfermée dans la bulle de valium depuis que la dernière FIV a échoué. Son corps qui ne veut pas donner la vie l’a brisée.

La porte s’ouvre brusquement et Marion apparait. C’est la cadette.
Elle embrasse tout le monde et dit à la cantonade :
-Désolée pour le retard, une urgence à l’hôpital.

Brune, grande et élancée, 32 ans et médecin. Marion me fait un clin d’œil, signe que l’urgence était un homme avec qui elle a passé la nuit. Elle veut profiter de la vie, en jouir. Comme elle m’a dit, elle voit trop de drames aux urgences. Le mariage, elle n’y pense pas. C’est une croqueuse d’hommes en tout genre et une épicurienne. Sa mère la sermonne sur le temps qui passe, lui prédit qu’elle finira vieille fille. Et alors ? lui rétorque dans ces cas là, Marion. Où est le problème ?
Marion se sert elle-même. Belle-maman n’apprécie pas et soupire. Une fois de plus.
Chloé, ma fille âgée de 5 ans, me tend son assiette.
-Attend, je vais d’abord servir papa.

Belle-maman sursaute et ouvre la bouche. Tel un serpent prête à cracher son venin.
-Hélène, je suis peut-être vieux jeu mais Chloé n’est pas la fille d’Olivier. Il s’agit de son beau-père.
Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’Olivier lui répond :
-Ma chère mère, que ça te plaise ou non, je considère Chloé comme ma propre fille. Je l’élève depuis qu’elle a deux ans au cas où tu l’aurais oublié.
Merci mon chéri !

Belle-maman n’a jamais accepté qu’Olivier « se mette en ménage » selon ses termes, avec une femme qui avait déjà un enfant. Pour elle, Chloé n’est pas sa petite fille et ne le sera jamais. Elle la considère comme une pièce rapportée.
Jean lève la tête de son assiette et dit d’une voix acérée:
-Surtout que la couleur n’aide pas.

Chloé me regarde et me demande :
-Qu’est ce qu’il veut dire ?
-Rien, ma chérie…
Ma voix tremble et le sang me monte à la tête. Chloé, ma fille dont la peau mate, les yeux noirs et les cheveux frisés dérangent.
Belle-maman jubile :
-Hélène, vous ne mangez pas ? Ah, j’avais oublié que ne mangiez pas de viande.
Je la fixe du regard. Olivier se lève et dit :
-On s’en va.

Les larmes aux yeux, je serre Chloé contre moi.
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