dimanche 28 février 2010

Jean-Louis Fournier "Le C.V. de Dieu"



« Le C.V. de Dieu » ou quand Jean-Louis Fournier parle à sa façon de la Religion…
Imaginez-vous : Dieu s’emmerde (il le dit lui-même) alors il décide de venir sur terre. Non pas pour mettre fin aux guerres, aux sécheresses et à tous les fléaux, mais pour postuler à un emploi. Avec son C.V. impressionnant, il passe des tests et des entretiens avec le Directeur du Personnel d’une Société. Aux questions posées, il justifie les choix de ses créations avec plus ou moins d’honnêteté…
Certains diront qu’on ne plaisante pas avec la religion. Et bien, qu’ils le lisent et ils s’apercevront que Jean-Louis Fournier ne dérape pas sur le terrain de l’humour noir et de l’ironie.

Dieu apparaît comme un être humain doté d’un un caractère assez grognon, des défauts mais aussi de sensibilité. Et l’Homme, comme toujours, se plaint…

On sourit, on rigole et on passe un bon moment ! Un livre plus léger que « Où on va papa ? et « Il n’a jamais tué personne, mon papa ».

« -Que voulez-vous, ce n’est pas de ma faute si vos semblables sont cons et si le feu leur brûle les doigts.
-Est-ce qu’il ne fallait pas plutôt créer des arbres ininflammables ?
Dieu commence à s’énerver.
C’est vrai, j’aurais dû faire des arbres en amiante, et pourquoi pas aussi des arbres mous au bord des routes, (…) »

« Extrait de casier judiciaire :
Auteur de publicités mensongères. Abandon de son fils et, par conséquent, déchu de ses droits paternels ».

Un autre avis : Antoine .

vendredi 26 février 2010

Anna Révah "Manhattan"



Avec ce premier livre, Anne Révah fait fort. Très fort.

Tout commence par une douleur sur une partie de l’avant-bras, une femme consulte un neurologue. Le verdict tombe tel un couperet : quatre tâches blanches dans le cerveau. Le processus de la maladie démyélinisante est enclenché. Pas de retour arrière possible ou de guérison. Elle sait ce qui l’attend. Elle fait le choix de ne pas faire subir cette dégradation de son être à son mari et à ses enfants. Elle part. Elle arrête de jouer son rôle d’épouse et de mère. Depuis son enfance, elle a mimé, s’est fardée du comportement des autres pour masquer un traumatisme. Nuit d’hôtel puis une location meublée où elle écrit une seule lettre destinée à sa mère. Dans sa lettre, elle avoue, elle dénonce l’horreur…

Je suis sonnée, chamboulée, submergée d’émotions. Une lecture très, très forte. Poignante et superbement bien écrite.Ce premier livre révèle un vrai un talent.

Anna Révah est très douée : une sensibilité, un style limpide… Chapeau bas.

Un livre à lire absolument.

« Je me suis attachée à aménager une apparence qui dispose un contour, une sorte de paroi. On ne verrait pas derrière cette paroi. La façade était enviable, assurément efficace. Je m’installais sous le regard des autres. J’existais. »

Un énorme merci à la Miss Cynthia pour ce livre voyageur.

D’autres avis : Leiloona, Canel , Géraldine , Sylire , Antigone

jeudi 25 février 2010

Frédérique Deghelt "La vie d'une autre"



Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête arrosé avec des amis, elle tombe sous le charme du beau Pablo. Une nuit d’amour et le lendemain : trou noir. Pablo dort à ses côtés avec une petite mèche gris sur la tempe qu’elle n’avait pas remarquée la veille. Douze ans se sont écoulés et elle ne se souvient plus de rien sauf de cette soirée. Amnésie totale sur ce pan de sa vie. Elle découvre qu’ils sont mariés et qu’ils ont trois beaux et adorables enfants. Elle passe le cap de l’angoisse et de l’appréhension très vite et haut la main. Elle ment, elle fait comme si de rien n’était pour mener à bien sa nouvelle vie et essayer de comprendre pourquoi ces douze années lui ont échappées. Petit à petit, Marie va commencer à connaître Pablo et à douter de leur couple qui, apparemment, était idéal.

Une lecture distrayante, mais…

Mais, eh oui, il y en a, le style manque à mon gout d’étincelle, de liant d’où des longueurs inutiles. Certaines situations sont peu tirées par les cheveux, par exemple, Marie ne commet jamais de gaffe. Et, un point qui m’a un a peu agacé, celui de l’image de la famille plus que parfaite sous toutes les coutures….

Après cette lecture, je me suis imaginée à sa place. Premièrement, je pète un plomb ! Deuxièmement, si je le raconte à quelqu’un qui me semble de confiance. Je pense que la personne ne me croirait pas si facilement que les amies de Marie. Et, malheur, j’avais deviné par moi-même le fin mot de l’histoire…

Vous l’aurez compris, ce n’est pas un coup de cœur mais ce livre décrit bien le thème de l’usure du couple.

Une jolie phrase relevée pleine de sens :
« jouer, c’est remonter le courant de la peur, aller à la recherche de la partie de soi qu’on ne connaît pas ».

D’autres avis : Canel, beaucoup plus enthousiaste que moi, Zarline, et celui de Cynthia , très bientôt.

Sylvain Trudel "Du mercure sous la langue"



Frédéric a seize ans mais il n’a plus l’avenir devant soi. Un cancer à la hanche le ronge, prend sa vie un peu plus chaque jour. Hospitalisé depuis des mois, il partage sa chambre, sa garçonnière, avec d’autres adolescents malades.
Poète dans l’âme, il crie sa révolte contre Dieu, contre sa maladie, et contre son sort, mais il fait preuve d’une lucidité implacable. Avec cynisme ou humour, Il dénonce l’hypocrisie, le ballet des visites de politesse car il n’a plus le temps. Entre le constat ce qu’il ne vivra jamais, il envisage et se prépare à sa mort inéluctable. Entouré de l’amour de toute sa famille, Frédéric dédramatise devant eux pour qu’ils puissent se projeter dans le futur.

Un livre très dur. J’ai dû m’interrompre dans ma lecture, la laisser pendant quelques jours car j’en étais trop bouleversée et révoltée ! Parce que ce n’est pas un âge pour mourir… parce qu’être enlevé à la vie avant d’avoir profité de sa jeunesse est ignoble.
Un livre poignant par toutes les facettes abordées et qui se révèle être bien plus qu’une leçon de vie.

« En tout cas devant moi, qui soient-ils, les gens prennent leur air coupable de lendemain de péché, vu qu’à leurs yeux je suis une innocente victime et qu’ils ont la générosité d’être santé, mais ça cloche toujours un peu (…) »

Les avis d’ Yvon , et de Sylire également.

mercredi 24 février 2010

Annie Saumont "C'est rien ça va passer"



C’est rien ça va passer comme balayer d’un revers de main une chose, la chose. L’oublier, relativiser.

Vingt saynètes, vingt tranches de vie comme piochées, observées ici et la. Et, on est secoué, ébranlé. Car, Annie Saumont en un minimum de mots dévoile le piquant, l’acide, le cynisme de ses personnages. Des textes brefs où chaque mot a son importance. Des mots choisis pour mieux atteindre leur cible.

Une femme qui ressasse à longueur de temps l’envie de tuer son mari, l’homme de quarante ans pris dans le filet affectif de sa mère et qui espère encore avoir sa propre vie. Ou encore l’étudiante en histoire qui vit dans le passé.

Annie Saumont sait l’écrire, le dépeindre et on est abasourdi…

mardi 23 février 2010

John Boyne "le garçon en pyjama rayé"



Bruno, neuf ans, de toute sa famille doivent déménager et partir de Berlin à cause du travail de son père. Une promotion, un avancée hiérarchique surtout que le « fourreur « est venu diner chez eux…Une nouvelle maison à la campagne du nom de « Hoche-Vite », sans enfants, mais est-ce vraiment la campagne ? Et, puis il y a tous ces gens derrière les barbelés, là où Bruno n’a pas le droit d’aller. Bruno qui rêve de devenir explorateur et qui décider d’aller voir par lui-même ces personnes. Il va faire la connaissance de clôture Shmuel qui habite de l’autre côté de la clôture et qui est tout le temps en en pyjama rayé.

Au début, j’avoue avoir été troublée par la naïveté de Bruno comme s’il avait des œillères autour des yeux. Et, je me suis rappelée comment moi-même à cet âge, je pouvais voir le monde des adultes : un monde à part avec des règles que je ne comprenais pas (mais qu’il fallait accepter), des non dits et des « c’est pas pour les enfants ».

Une lecture forte , qui interpelle et qui vous prend au ventre… . Je vais le proposer à mes filles qui ont déjà étudié la Seconde Guerre Mondiale à l'école.

Ce livre est souvent cité sur les blogs (donc en établir la liste serait un peu inutile) mais pour ma part, c’est ma libraire préférée qui me l’avait conseillé.

lundi 22 février 2010

Jean-Louis Fournier "Il a jamais tué personne, mon papa"



J’aurais pu inventer un personnage, une femme qui à un moment donné revient sur son enfance puis sur son adolescence marquée par l’alcoolisme de son père.

Ses premiers souvenirs : pourquoi elle ne comprenait pas que sa maman était si fâchée contre son papa certains jours. La description exacte de l’étiquette de la bouteille de vin qui prônait sur la table à chaque repas. Les yeux de son père, sa voix pâteuse, ses gestes incertains, il aurait semblé si fatigué, le pauvre papa.

Elle serait tombée de vélo ou de la balançoire. Une mauvaise chute vers 8 ou 9 ans. Les urgences de l’hôpital et une image gravée à jamais : sa mère qui aurait tenu son père, ivre, la chemise sortant de son pantalon, titubant jusqu’à son lit. Et la honte qu’elle aurait ressentie car elle aurait tout compris : le père qu’elle avait idolâtré jusqu’à présent et qui mettait sa mère en colère certains soirs, ses yeux vitreux, son comportement. A partir de jour, elle aurait instauré un rituel en rentrant de l’école : poser toujours exactement ses pieds sur un chemin imaginaire du sol de cuisine en priant pour que son père ne soit pas saoul.
Chaque soir, après ses devoirs, elle se serait murée dans sa chambre en attendant le bruit de la voiture qui s’arrête. Tétanisée par la peur, retenant son souffle, elle aurait guetté le ton et les paroles de sa mère. Porte qui claque, insultes, elle serait restée cloîtrée dans sa chambre sous prétexte de ne pas avoir faim. Ne pas dîner pour ne pas le croiser. Marquée d’avoir vu son père s’effondrer dans la mare de vin qu’il avait vomi, honteuse que le jour de noël, il l’avait déjà fêté à sa manière alors qu’ils devaient recevoir des invités. Et toujours, la peur mêlée la honte lors des repas de famille ou d’une fête quelconque. De le voir boire, de le voir tendre son verre à peine il était vide. Et compter le nombre de verres qu’il s’enfilerait, calculer à partir du combientième, il ne tiendrait plus debout.
Les jours heureux auraient été ceux où lui n’avait pas bu. Comme toutes les petites filles, elle aurait été admirative de ce papa pour une raison ou une autre.
Son bac en poche, elle serait partie loin, très de chez elle pour ses études. Une fuite préméditée pour essayer de tout oublier.

Pourquoi inventer quand un auteur raconte si bien l’alcoolisme d’un père vu par les yeux d’un enfant. Mon papa à moi aussi n’a jamais tué personne.

Des nouvelles très courtes, sensibles ou cinglantes par leur réalité, mais toujours bouleversantes. Ceux qui ont vécu et subi l’alcoolisme d’un parent s’y retrouveront…

D’autres avis : Antoine ( d’Arts Souilleurs) , Yvon , Cynthia , Pimprenelle

Erik Orsenna "Madame Bâ"



Pour retrouver son petit fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, né en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021.
Mais comment mettre dans des petites cases la vie de cette femme africaine ? Impossible, Madame Bâ doit raconter toute son histoire. Une histoire liée à celle de son pays et de ses parents. Enfant curieuse, son éducation passe par les origines de sa famille, les légendes liées au fleuve et à la nature. Chérie par un père à l’esprit scientifique, Marguerite grandit, bercée par les traditions et la connaissance. Mère de huit enfants, Marguerite va se retrouver veuve. Travailler, élever ses enfants en les protégeant de l’envie de vouloir partir en France. Pris par le récit de Madame Bâ, on ressent sa fierté d’être Africaine, ses peurs face à une France qui est loin d’être une terre de richesses. Femme de volonté et de caractère, Madame Bâ ne se laissera pas décourager et va écrire toute son histoire au Président de la République Française.

Erik Orsenna a su se mettre dans la peau de Madame Bâ. Comme l’Afrique haute en couleurs, il nous offre une écriture riche en expressions, des formulations où les mots chantent à l’oreille et qui dévoilent tout leur sens. Dès les premières pages, c’est qui m’a frappé.


Je me suis retrouvée subjuguée par le récit de Madame Bâ, par ses digressions voulues pour mieux expliquer ses pensées et la réalité se son pays. Entre humour et constat amer, Madame Bâ décrit les défauts de notre cher Pays mais aussi ceux de des concitoyens. J’ai beaucoup aimé quand elle s’adresse au Président, le décrivant comme un homme ayant peu de liberté et montrant de la compassion à son égard, ou quand elle blâme le rôle de la télévision, vendeuse de rêves et d’utopies.
Hymne au courage de la femme Africaine, ce livre dépeint aussi la corruption, les retombées du colonialisme, les intérêts financiers et politiques, le mépris et le dédain.

Un livre dense, beau et envoûtant comme l’Afrique.

C'était une lecture commune avec Lili . Je pense qu'elle aussi a été subjuguée.

samedi 20 février 2010

Une très belle rencontre : Véronique Olmi

J’ai eu la chance de faire une très belle rencontre…

Retour à jeudi dernier.

Fatiguée, j’avais abandonnée l’idée d’aller chez Dialogues en me disant que d’autres occasions se présenteraient. Ou alors ce n’était qu’un prétexte pour se dérober et ne pas se montrer. Toujours cette appréhension d’être gauche. De perdre le contrôle des mots, qu’ils se mélangent dans ma bouche avant d’en sortir.

Cette rencontre, j’en avais tellement parlé que toute la famille a argumenté, me menaçant même de m’y conduire.

Véronique Olmi était déjà là assise à une table au café de Dialogues. Une très belle femme : un visage fin, rehaussé par des yeux en forme d’amande. Intimidée, je me suis quand même approchée.

Les moments suivants furent merveilleux. On a parlé de ses livres, enfin surtout moi, car une fois mise à l’aise, je ne pouvais qu’être enthousiaste. On a échangé sur l’écriture. Je lui ai avoué mon manque de confiance, mes textes commencés, les questions qui me hantent. Non seulement, elle m’a dit « si vous aimez écrire, continuez ! N’ayez pas peur ! », mais elle m’a également donné des conseils «la meilleure façon d’écrire, c’est de lire toujours et encore. Chacun est unique et chacun peut apporter quelque chose par ses écrits».

Regonflée à bloc, je ne vais pas abandonner mes textes. Non, je vais m’accrocher, les travailler, et continuer !

Une auteur généreuse, humaine et sensible … Merci à vous Véronique Olmi !

vendredi 19 février 2010

Profane Lulu "Monte encore"




Profane Lulu, c'est Paul Fournel, et inversement. En mélangeant les lettres de son nom, cet oulipien a trouvé cette bien belle anagramme...
Profane Lulu, c'est aussi un grand nom de la mode. Longtemps styliste à Londres et à Los Angeles, il dirige aujourd’hui une école de design et de cuisine à Lausanne. Ecrire est sa passion car comme il aime à le dire : “C’est en écrivant qu’on devient polisson”.


Une nouvelle du recueil de Profane Lulu est disponible sur le site des Editions Dialogues.

Première nouvelle érotique que je lis... et c'est beau, sans vulgarité, tout en finesse avec une fin savoureuse !

A découvrir et à apprécier !

Marc Durin-Valois "Chamelle"



Rahne quitte son village, pour fuir la guerre et la famine. Avec sa femme, ses enfants et leur maigre bétail, il s’engage dans une longue traversée du désert. Un cruel exode où ils rencontreront la violence dans les camps de réfugiés, des hordes d’enfants armés et le manque d’eau...

Une fois commencé, on ne peut plus s’arrêter de le lire, on est captivé et on veut savoir si Rahne et sa famille trouveront de l'eau. En filigrane, une très belle histoire d’amour entre Rahne et sa fille Shasha, remplie de cette gaité et de cette innocence si pure qu’ont les enfants.

Un livre magnifique par ses descriptions sur le désert et bouleversant par la dure réalité du sujet.

Submergée d’émotions, je vais essayer d’écoper le trop plein les jours à venir.
Je n’en dirais pas plus sauf que c’est un livre à lire… absolument.

jeudi 18 février 2010

Neil Cross "l'homme qui rêvait d'enterrer son passé"



Nathan est un type un peu paumé qui se cherche. Employé dans une radio, il veut quitter sa compagne lors d’une soirée bien arrosée où tout le gratin est présent. Il s’est procuré de la drogue et a retrouvé une ancienne connaissance Bob , un gars passionné de fantômes. La soirée ne va pas se dérouler comme prévu, Nathan et Bob vont se retrouver avec une jeune fille morte sur les bras. Ce sera leur secret. Quinze ans sont passés et Nathan a refait sa vie. Bob débarque un soir pour lui annoncer que leur secret va être révélé au grand’ jour. Nathan va tout faire pour l’en empêcher quitte à y perdre sa femme.

La première partie est longue et l’histoire en elle-même comporte beaucoup de points qui ne sont pas assez développés ou qui sont légers. Ce qui donne un livre où il n’y a ni suspens et où les aspects psychologiques sont bâclés. L’auteur avait pourtant matière à développer la personnalité de Nathan. De plus, la pseudo-enquête policière sur le suicide maquillé de Bob est d’une nature à prendre le lecteur pour un naïf….

Une lecture très décevante !

Livre lu en partenariat avec Belfond Noir.

Delphine de Vigan - Les jolis garçons



Une sortie poche que j’attendais! Me voilà comblée avec « Les Jolis Garçons » de Delphine de Vigan.

Emma approche de la trentaine. Fantasque, charmante, ses espoirs sur le grand Amour ressemblent plus à des illusions. Trois rencontres, trois hommes différents, trois liaisons plus ou moins courtes, où l’amour est dépeint sous plusieurs formes.

Emma va tomber passionnément amoureuse de Marc, célèbre avocat. Un amour obsessionnel, unique qui s’apparente à la folie. Cette première rencontre est construite comme une nouvelle à chute. Bluffée, je suis tombée dans le panneau ! Son second amant sera Ethan Castor, écrivain, homme marié qui voit en Emma une sortie de secours pour son couple. La plus longue de ses aventures sera avec Milan Mikaev, animateur de télé, imbu de sa personne, usant de tous les stratagèmes pour faire monter sa côte de popularité dans les médias. Cette dernière rencontre est une parodie de certaines émissions télé où les gens viennent expliquer leur problèmes devant un animateur compatissant (et soucieux du bon fonctionnement de son oreillette).

Cette lecture est différente des autres livres de Delphine de Vigan. L’écriture est plus légère et Delphine de Vigan s’amuse et use de l’humour. On est ému, on sourit, on rigole et on s’attache à Emma.

J’ai relevé des phrases, superbes ou drôles, je vous mets deux d’entre elles :
« D’autres que moi auraient offert mixer, mari et enfants pour être conviées aux premières loges, mais il était peu probable que je puisse revendre la place. »
« Apprendre à dire non est un travail de plusieurs années, apprendre à dire non plusieurs fois de suite relève de la compétition.»

A lire !

mercredi 17 février 2010

Luis Leante "Sahara"



Avant d’entamer ce livre, je n’avais ni lu la quatrième de couverture ni la description de l’éditeur et je m’en suis mordue les doigts…

Le livre s’ouvre sur une femme qui est à l’hôpital «elle dort, le matin, l’après-midi, elle dort presque tout le temps ». On ne sait rien de cette femme qui était plongée dans un état de coma pendant quatre semaines. Puis, on nous parle d’une autre femme dans le désert, prisonnière, et qui veut s’enfuir « Elle tira sur la porte, et comme elle s’en doutait, la trouva fermée avec un cadenas ».Retour à l’hôpital ou l’on comprend que ces deux femmes n’en sont qu’une : Montse.

En parallèle, il y a l’histoire du caporal Santiago San Roman légionnaire de l’armée Espagnole qui débute sur sa trahison envers les siens.

Barcelone, la nuit du 31 décembre 1999 un autre chapitre s’ouvre avec la doctoresse Montse Cambra qui est de garde et qui découvre par hasard une photo de Santiago San Roman datant de 1976.
On remonte le fil de l’histoire en 1974, date de leur rencontre et où ils s’étaient aimés.

Tout le long du livre, l’auteur passe de l’une à l’autre de ces périodes pour expliquer le parcours de Montse et de Santiago. Une construction qui m'a donnée une sensation de confusion.

L’histoire de Santiago San Roman n’est pas facile à suivre. Aux questions : pourquoi il tombe amoureux d’une autre que Montse, pourquoi Montse après vingt-cinq veut-elle le retrouver ? Les réponses me sont apparues peu satisfaisantes.

A la moitié du livre, j’ai dû lire la description du livre pour y voir un peu plus clair. Les personnages de Montse et Santiago manquent de consistance, de sentiments, de « réel ». Enfin, les explications sur le contexte historique de 1975 sont insuffisantes. A cette époque, une partie du Sahara était occupée par les Espagnols, et les Marocains voulaient regagner ce territoire.

La fin m'a déconcertée avec un goût amer de déception...

Je remercie BOB et les éditions Robert Laffont pour l’envoi de ce livre.

lundi 15 février 2010

Véronique Bizot - Les sangliers



Un livre à double effet comme certains bonbons. Il y a d’abord la surprise et l’étonnement. On se demande dans quel monde ces sept nouvelles se déroulent. Dans le premier texte, un embryon sélectionne ses futurs parents potentiels. Dans un autre, le personnage prépare et orchestre son suicide. Les frontières entre l’invraisemblable, le possible n’existent plus… et le mélange des genres interpelle ! C’est drôlement bien écrit, alors j’ai mordu à l’hameçon et je me suis laissée tout simplement piéger.

Emmanuel Carrère "l'Adversaire"





L’Adversaire est le nom de Satan, le côté obscur qui sommeille en l’Homme. Après avoir menti 17 ans à tout le monde, le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis à tenté de mette fin à ses jours.

Une histoire vraie, stupéfiante qui laisse sans voix : comment peut-on berner sa femme, ses parents ? Comment peut-on faire croire que l’on occupe un poste de médecin chercheur à l’OMS sans avoir un seul diplôme de médecine ?

Jean-Claude Romand s’est construit une vie basée sur le mensonge. Et quand, la vérité a failli voir le jour, il a préféré tuer sa famille.

Emmanuel Carrère a voulu raconter cette histoire pour décrire l’engrenage du mensonge et les journées de Jean-Claude Romand. Que faisait cet homme lorsqu’il était censé être à son travail ? Avait-il peur que sa supercherie soit révélée ?
L’auteur a pris contact avec cet homme, il a assisté à son procès et l’a même rencontré par la suite.

Emmanuel Carrère n’ est pas tombé dans le piège de prendre partie ou dans celui de s’impliquer dans l’histoire. Mais, il n’échappera pas aux doutes et au mal-être d’écrire ce drame.

J’ai été estomaquée de la première à la dernière page ! Ce livre est époustouflant par l’écriture limpide et la narration d’Emmanuel Carrere, mais il tout aussi terrifiant par son contenu.

Un livre à lire. Absolument.

Vous pouvez lire également l’avis Cynthia que j’ai hâte de découvrir…

dimanche 14 février 2010

Johan Theorin "l'écho des morts"



Lassés de Stockholm, Joachim et Katrine Westin aménagent avec leurs deux enfants en bas âge dans une veille propriété sur l’île d’Öland en Suède. Le couple a entrepris de rénover le domaine, du nom d’Alluden, construit à côté des deux phares. Les jours sont courts, la nuit tombe vite sur l’île fouettée par le vent et le froid de l’hiver. Le couple a l’air heureux mais peu de temps après leur aménagement, Katrine est retrouvée noyée en bas de la falaise. Joachim tombe dans une dépression et se renseigne sur le passé d’Alluden et de ses légendes. Tout porte à croire à un accident, mais une jeune policière fraîchement sortie de l’école veut approfondir cette affaire alors qu’elle mène une enquête sur une série de cambriolages.

Au début du livre, je me suis laissée bercée par l’ambiance : la mer, cette population et cette nature qui vivent ballotées par le temps. Et ensuite, mon enthousiasme est descendu … une histoire trop lente à mon goût et des longueurs qui n’ont pas lieu d’être. Mais, si on est patient (et je l’ai été), la dernière partie comporte certains éléments et on y voit un peu plus clair. Si l’auteur avait mentionné plus tôt qui était Ethel, je me serais peut-être un peu moins focalisée à son sujet. Il manque au livre un suspense intense qui piège le lecteur.

Un avis mi-figue, mi-raisin pour cette lecture.

L'avis également mitigé de Canel mais pour d'autres raisons. Celui d'Yvon qui, lui, a apprécié la partie finale du livre.

D'autres avis à venir chez BOB

Merci à BOB et aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.

samedi 13 février 2010

Françoise Lefèvre "la grosse"



Une lecture magnifique toute en puissance.

Puissance et poésie des mots, ode à la volupté et à l’amour noble. Sensualité de cette chair qui protège et qui comble le vide. Céline Rabouillot est grosse. Reine à la chevelure flamboyante, femme à la peau blanche et laiteuse à l’odeur de miel. Beauté d’un temps passé quand la poitrine généreuse nourrissait l’enfant ou le réconfortait. Son obésité lui attire la méchanceté. Mais, Céline est belle, pleine de cet amour à donner, à partager. Son amour, source de rêves et d’espoirs, lui donne la force de vivre, elle qui a perdu son enfant.

Submergée d’émotions de la première à la dernière page, j'en ai encore les larmes aux yeux. Une très, très belle lecture, si bouleversante, que je ne peux pas en dire plus…

L'avis de Sylire qui elle a aussi a veaucoup aimé.

vendredi 12 février 2010

A quand le catch entre blogueuses ?

Lili en a parlé sur son blog mais je relaie l'info car je suis complètement d'accord avec elle.

Allez lire son billet intitulé Chamailleries pour vous faire votre propre avis.

Je suis désolée pour les amateurs de catch, mais nous n'en sommes pas venues aux mains...

jeudi 11 février 2010

José Saramago "Le cahier"



Ou quand le prix Nobel portugais de littérature, José Saramago, se lance dans un blog à 87 ans et chronique l’actualité de septembre 2008-mars 2009. Ce livre reprend tous les textes écrits pendant cette période. Sa plume est engagée quand il aborde des sujets comme la politique, le capitalisme. José Saramago ne mâche pas ses mots vis–à-vis de George Bush par exemple « Mais qu’un honneur lui soit au moins rendu une fois ans sa vie, il existe dans le robot George Bush, président des Etats-Unis, un programme qui fonctionne à la perfection : le mensonge ». Athée convaincu, il défend ses points de vue sur la religion qui, pour lui, est source de beaucoup de problèmes.

Impressionnée et séduite par ses réflexions sur le quotidien, ces petits textes sont des vrais joyaux. Une écriture dense, riche … bref admirable !
Un livre témoin de notre monde, de ses inepties mais aussi de ses espoirs.


A noter, la très belle préface signée par Umberto Eco.

Un grand merci aux éditions le Cherche Midi qui m'ont gracieusement expédié ce livre.

mercredi 10 février 2010

Kenneth Cook "Le koala tueur et autres histoires du bush"



Suite à cette lecture, on pourrait presque dire malicieusement aucune bête n’a été maltraitée pendant ce tournage. Kenneth Cook nous raconte des rencontres singulières, des situations loufoques vécues dans le Bush australien. Ces nouvelles sont décapantes peut-être parce qu’elles ont cet aspect réel enjolivé par la suite de quelques broderies et de détails exagérés. Ce sont le genre d’histoires que l’on raconte et qui nous renvoient en écho « non, c’est pas possible ? Si ? Tu rigoles ! ».

Des animaux comme le koala qui n’a rien à voir avec ce nounours si mignon, des crocodiles à la période de l’accouplement se retrouvent au cœur de ces nouvelles écrites avec humour et beaucoup d’autodérision !

Pour vous mettre, non pas l’eau, mais le sourire à la bouche, cet extrait de la quatrième de couverture :
« Je n'aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n'ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable - les mâles n'arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. [...] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n'y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu'un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable. »

lundi 8 février 2010

Gilles Leroy "Zola Jackson"



Retour en Août 2005, delta du Mississippi : l’ouragan Katrina s’abat sur la Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Ponchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. Zola Jackson, ancienne institutrice noire vit dans ces quartiers avec pour seule compagnie sa chienne Lady. Femme de caractère, elle refuse de quitter sa maison. Elle y est née dans cette ville, elle connait la montée des eaux « les crues, les ouragans, c’est notre lot à nous comme à d’autres la sécheresse, le désert qui avance » et « les digues tiendront, les figues contre le fleuve et celles contre le lac. Tout tiendra cette fois, on nous l’a promis… ». Mais les digues lâchent, la voilà prisonnière dans son grenier avec Lady. De l’annonce de l’ouragan à l’attente des secours, Zola remonte le fil du temps : un fils unique, brillant et adoré, mort dix ans plus tôt. Son mari qui avait construit de ses mains la maison et qui l’avait accepté elle et son enfant à la peau plus claire.

A travers Zola Jackson, Gilles Leroy pointe le doigt sur l’Amérique des différences, les privilèges d’être Blanc, les failles sur l’organisation des secours avec un beau de canif aux personnalités, caméras de télévision à l’appui, apporter leur aide.

Un livre très beau par la puissance des mots et cinglant de vérités pas très reluisantes.

« On ne quitte pas la Nouvelle-Orléans. On y naît, y crève. C’est comme ça.»

« Il ne faut pas grand-chose pour se faire détester dans ce pays où le monde aime son prochain, comme il est ordonné par la Constitution.»


Un grand merci à DIALOGUES pour l'envoi de ce livre.

dimanche 7 février 2010

Véronique Olmi "Le premier amour"



Une femme, Emilie, quitte tout au bout de vingt-cinq de mariage. Elle part de but en blanc parce qu'elle a lu dans le journal une annonce rédigée par son premier amour de jeunesse. Crise existentielle ? Marre de la routine? Remise en question ? En vingt-cinq de mariage, tout le monde peut être amené à des moments de doutes. Durant son trajet, elle repense à sa jeunesse, son adolescence. Elle s'interroge sur sa vie de femme et de mère, sur son couple. Des doutes, des questions, qui l'amènent à faire un bilan auquel on en ne peut pas être insensible. Il y a l'espoir, l'envie de croire qu'il l'attend, qu'il ne l'a pas oubliée. Et, que tout est toujours possible.

Elle va retrouver Dario. Et, à partir de ce moment , j'ai trouvé que quelque chose s'est rompue... dommage.

De cette lecture, je garderais en tête tous les espoirs, les rêves de cette femme.

samedi 6 février 2010

Olivier Adam "Falaises"



Parce que la vie n’est pas toujours rose, parce que la mort, les incertitudes et les doutes s’invitent chez certains. Olivier Adam sait décrire tous ces gens, toutes ces vies qui se fracassent, qui s’éparpillent, qui se cherchent et qui se reconstruisent tant bien que mal. L’âpreté de l’alcool où l’on se noie, les plans foireux de l’adolescence pour s’échapper quelques instants, l’amour, les remises en question et la peur.

On est à Etretat dans une chambre d’hôtel. Olivier, la trentaine, regarde les falaises éclairées d'où s'est jetée sa mère, vingt ans plus tôt. Tout au long de cette nuit, il revient sur son passé : un père brutal, un frère qui étouffe et qui se cherche. Mais il y a aussi l’espoir et surtout la renaissance à travers sa fille.

Une écriture sans fioriture, des phrases courtes où s’expriment la sensibilité, la dureté et les écueils qui façonnent des écorchés à vif. Comme la vie le fait sans qu’on ait rien demandé.

C’est beau, c’est fort...une lecture dont on ne sort pas indemne.

jeudi 4 février 2010

La confession

Décembre 1980, j’ai dix ans et bientôt c’est noël ! Je suis contente. Avec papa et maman je vais avoir une poupée, avec mémé Louise un billet. Mémé Marie va encore à tous les coups m’offrir un bonnet qui gratte. Je ne l’aime pas, c'est une femme petite, toute sèche et maigre qui ne sourit jamais. Elle porte tout le temps une blouse à carreaux affreuse, ses cheveux gris sont ramassés dans un chignon bas. Quand je l'embrasse, je sens l'odeur de la naphtaline qu'elle dégage. D'ailleurs, tout sent le vieux et l’antimite chez elle. Et puis, qu'est ce qu'on s'ennuie !
Sa maison est petite : la cuisine où elle mange, où elle reçoit sa famille, une chambre, et un salon minuscule qui ne peut contenir qu'une vieille horloge, quelques chaises en bois et en paille, et une commode d'un autre temps. La visite se passe toujours de la même façon. Immuable, invariable. Papa et maman s’assoient, et moi avec ma sœur on est là, debout, toutes godiches car on ne sait pas qui faire. Je regarde toujours la table en formica qui occupe pratiquement toute la cuisine même si c’est une table pour quatre personnes.

La table est recouverte toujours de la même nappe plastifiée à grosses fleurs où est posé le journal. La télé est collée dans le seul coin qui reste à côté d’un petit buffet, et le poêle est immense. Mémé se chauffe avec et elle cuit ses repas dessus. Au mur, un calendrier est accroché, rien d’autre, pas de tableau, c’est moche. Maman nous dit d'aller jouer au salon et eux ils restent discuter. Ils parlent d'un ton toujours triste et moi je n'aime pas ca. Papa boit un verre de vin rouge et maman un café. Avec ma sœur, on attend, il n'y a que ça à faire. Mémé ne nous parle pas. Elle ne nous demande pas comment on va, elle ne s'intéresse pas à nous. Et puis, on dirait qu’on n’est même pas ses petits-enfants: pas de gestes tendres, pas de signes d'amour ou d'affection. C'est quoi d'abord cette mémé toujours froide avec son air sévère? Ce n'est pas une vraie mémé ! Une vraie mémé ça vous garde de temps en temps, ça vous prépare des gâteaux et ca se doit d'être un peu ronde pour qu’on puisse de blottir contre elle, et pas desséchée comme un vieux morceau de bois. Heureusement, on n’y va pas souvent car mémé habite loin, il faut faire au moins une heure de voiture pour y aller, et c’est long ! Comme c’est trop petit chez elle, on ne voit jamais personne, ni nos cousins, ni nos cousines. Je me demande qu’est-ce qu’elle peut faire de ses journées ? Ah si, elle monte la grande côte à pied jusqu’au bourg pour acheter son pain, et pour le reste elle va à la supérette ou au marché. Elle doit être pauvre ma mémé, elle ne doit pas avoir beaucoup de sous. Pourtant avant, elle avait une ferme avec son mari, mon pépé qui est mort il y a longtemps avant même que je naisse.

Le pire c’est que quelquefois ont est obligé de rester le soir manger là-bas. Mémé prépare du pot au feu et je déteste le pot au feu ! Dans de grandes assiettes à soupe, elle nous sert en premier le bouillon. Maman sait bien que je n’aime les poireaux, mais elle ne dit rien, peut-être parce qu’elle ne veut pas faire de peine à sa maman. Pour me donner du courage, je compte les pétales, les fleurs sur la nappe. Soigneusement, je fais le tri et je pousse avec ma cuillère sur le rebord de l’assiette les petits morceaux de légumes. Je ne fais aucun bruit, tout juste si je respire, pour que personne ne remarque ce que je fais. Mais, il y a toujours des filaments de poireaux, trop fins pour que je puisse les enlever. Et quand l’intrus est là, dans ma bouche, je me retiens pour ne pas vomir. J’ai l’impression d’avoir des vers de terre qui s’agitent sur ma langue, qui nagent dans ce liquide sans goût. Pour pouvoir avaler, je bois un peu d’eau mais le calvaire continue. On doit finir son assiette mais je n’y arrive pas. Maman me fait toujours la même remarque « Qu’est ce qu’elle est difficile ! ».

La suite du dîner est pire ! De la viande avec du gras, et des légumes. Mon assiette me semble immense, je chipote avec ma fourchette les carottes. J’essaie de disséquer ma viande, ce qui me prend beaucoup du temps. Et, comme je ne mange pas, maman me dit de me forcer. Je ne peux pas, la tête baissée, j’entends ses reproches. Ma sœur, elle aussi qui n’a mangé sa viande, est excusée car elle a 5 ans. Je ne comprends pas pourquoi, d’ailleurs, maman ne lui dit jamais rien… pour tout c’est sa chouchoute, la petite, la dernière. Papa mange et se sert toujours du vin dès que son verre est vide. Et là, maman aussi lui dit «Jacques, il y a la route ! » mais papa sourit et continue de boire son verre jusqu’à la dernière goutte. Une fois qu’il a terminé, ça y est on peut partir. Mes sœurs et moi on s’endort toujours pendant le trajet du retour. Maman nous réveille quand papa rentre la voiture dans le garage. Une fois à la maison, je n’ai qu’une seule hâte, rejoindre vite mon lit, même si j’ai mon estomac qui me tiraille un peu.

Je repense à ma mémé et je me dis que ce n’est pas bien parce que je ne l’aime pas. Il faudrait que je le dise au curé la prochaine fois qu’il viendra nous confesser à l’école, mais j’ai trop peur qu’il me gronde. Comme tous les soirs, je fais ma prière comme on nous l’a appris à la catéchèse, mais ce soir, je demande au bon dieu de me pardonner. Je sais que c’est mal, et je me demande si lui là-haut il me comprend. J’ai vraiment honte car c’est la maman de ma maman mais je n’y peux rien, je l’aime bien mais pas comme je le devrais. Alors, je récite en plus une prière et je m’adresse au bon dieu tout bas :
« Excuse-moi, je sais qu’il faut aimer son prochain mais ma mémé elle ne m’aime pas. Je te promets de faire des efforts… Je te le dis car je ne peux pas en parler à personne. Si je me confesse au curé, il ira le répéter aux sœurs à l’école et après maman le saura. J’espère que tu ne m’en veux pas trop. »

Mémé est morte deux jours avant Noël. Je n’ai pas pleuré. Un matin, lorsque je buvais mon bol de chocolat avant l’école, le téléphone a sonné. Un appel à huit heures du matin, ça ne pouvait être que grave. Maman a décroché et je l’ai entendu se mettre à pleurer. Elle n’a rien dit et elle est montée dans sa chambre. Mémé était à l’hôpital depuis quelques jours à cause de son cœur. C’est ce qu’on nous avait dit. Je suis allée à l’école. Aucune larme aux yeux. Indifférente. D’ailleurs, pourquoi j’aurais été triste ? Mémé, elle disait de moi que j’étais le malheur de la famille. Parce que mon père c’est pas mon vrai père et que j’étais une erreur de jeunesse de maman. J’ai pas demandé à venir au monde alors je vois pas pourquoi on me le reprocherait.

Tom Rob Smith "Kolyma"



Avec Kolyma, on voyage dans le passé. On découvre l’Union Soviétique en 1956, un pays encore en proie au Stalinisme malgré l’arrivée de Khroutchtev au pouvoir. Un pays sur les voies d’une reconstruction Politique qui veut effacer les erreurs du passé. Mais pour se débarrasser de ses vieux démons, des hommes vont devoir répondre de leurs crimes passés.
Léo en fait partie. Ex-agent du MGB, il a rayé de sa vie ses années de travail au service de l’Etat. Marié à Raïssa, il tente de construire une famille autour des deux filles qu’ils ont adoptées. Zada, l’aînée, refuse d’aimer Léo à cause de son passé. Terrée dans l’ombre, une femme remplie de haine attend l’heure pour se venger de Léo. Pour sauver sa famille, Léo devra non seulement ré ouvrir les pages de ce passé noir, obscur mais affronter le goulag de Kolyma.

Des les premières pages, on est plongé dans une ambiance froide celle des dénonciations et des manipulations. Tom Rob Smith nous détaille cette Union Soviétique, en plein chaos, tourmentée où la population ne sait plus que penser.

Les amateurs de thriller seront ravis car Tom Rob Smith mène un suspense qui fait froid dans le dos…

Ce que je retiens de ce livre ? La manipulation psychologique, les atrocités et les barbaries commises sous Staline.

Merci à Belfond Noir pour l’envoi de ce livre.

mercredi 3 février 2010

Philippe Delerm "Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables"



« On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C’est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage ».

Une fois de plus, on retrouve toute la grâce des mots Philippe Delerm. Trente-quatre textes où il déploie la quintessence des mots tel un funambule de l’écriture. Il peint par petites touches, non pas le plaisir de la nourriture, mais pourquoi c’est si bon. Il nous parle aussi d’auteurs, de littérature en évoquant un lieu, des souvenirs ou à partir d’une phrase d’un livre. De la pudeur et toujours cette tendresse, quand il nous fait part de son père âgé et malade.

Ceux qui ont aimé « La première gorgée de bière » adoreront.

Un livre qu’on lit, qu’on relit sans modération pour la magnificence des phrases de Philippe Delerm !

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, j’adore cet auteur…

Livre voyageur d'Antoine que je vais acheter. Prochaine étape chez Saphoo

lundi 1 février 2010

Paolo Giordano "la solitude des nombres premiers"



Avertissement : quand vous commencerez à lire ce livre, vous ne pourrez plus vous en détacher. Vos enfants pourront crier qu’ils ont faim, votre mari vous demander pour la quinzième fois où se trouve tel papier… Vous règlerez la situation en deux coups de cuillères à pot : jambon-pâtes et vous sortirez de la pochette (celle où s’est inscrit en lettres capitales : facture eau) le fameux papier. Tout le monde est content ? Même si ce n’est pas le cas, vous baisserez le store du bureau des réclamations en vous enfermant dans votre chambre. Ca y est, vous pouvez vous replonger dans votre lecture en vous voulant d’avoir abandonné quelques instants Mattia et Alice.

Que dire ? Si ce n’est que c’est un livre magnifique où Mattia et Alice sont deux écorchés vif, blessés dans leur chair et dans leur âme. Ils vont se rencontrer au détour de l’adolescence, fragiles, meurtris, isolés et se servant de leur différence comme une barrière envers les autres.
Alice utilise l’anorexie pour se venger et Mattia se mutile pour se punir. Ils vont grandir, unis par une amitié qui ressemble à un amour impossible. Comment s’exprimer ? Comment dévoiler ses sentiments ? Devenus adultes, murés dans leur carapace, prisonniers de leur souffrance, ils se perdront de vue puis se retrouveront.

Une écriture qui se fait sensible ou violente … un livre tout simplement bouleversant sur la différence, les émotions et sur le corps devenu réceptacle des souffrances.
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