lundi 15 novembre 2010

Mohammed Aïssaoui - L'affaire de l'esclave Furcy

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 18/03/2010 - 190 pages

Ce livre raconte le combat
  de Furcy, esclave à l’ile Bourbon (future île de la Réunion) et les recherches menées par Mohammed Aïssaoui.
1817 : Furcy découvre que sa mère décédée avait été affranchie. Elle-même n’en savait rien, ses maîtres n’ayant pas jugé nécessaire de l’en informer.  Furcy entame alors une procédure pour que sa liberté soit reconnue. Mais, certains colons Blanc sont trop  bien puissants. Grâce à leurs différentes positions sociales et leur argent, ils vont faire pencher la balance de la Justice de leurs côtés. Furcy va connaître la prison, des travaux ignobles  pour avoir voulu  que le droit appliqué. Le procès durera 27 ans et se terminera en 1842, soit 6 ans avant l’abolition de l’esclavage en  France.

Une vraie claque !  En commençant cette  lecture, j’étais loin de m’imaginer comment ce livre allait me bouleverser.
Comment rester indifférent à cette abomination qu’est l’esclavagisme ? Impossible. Les mots sonnent douloureusement :

Dans la terminologie usitée à l’époque, Constance était qualifiée de « quateronne », c'est-à-dire qu’elle était un esclave issue de l’union d’un banc et d’une sang-mêlé. Mulâtre, marron, quarteron…tous ces termes avaient été créés pour désigner des animaux.

A vendre jeune négresse créole(..).

Il faut se remettre dans le contexte et admettre que oui, la France autorisait l’esclavage. Et, l’île Bourbon en comptait 16 000. Autant de personnes considérées comme de la marchandise.
En se basant sur les archives du procès et sur un travail de documentation colossal, Mohammed Aïssaoui retrace la vie de Furcy et son combat. Celui d’un homme qui apparait toujours calme, posé et qui ne réclame que le droit. Furcy trouvera des appuis auprès d’hommes de Loi qui veulent que la justice soit rendue. Mais hélas, la crainte que les autres esclaves suivent son exemple, l’intérêt  économique gagneront une première fois.  Furcy aurait  pu baisser les bras mais non. Il a foi en ce que les hommes lui rendent sa liberté.
L’auteur ne  se campe pas en juge ou en donneur de leçons. Il pose ouvertement des questions : comment aurait-il réagi ? Aurait-il eu le courage et la détermination de Furcy ?
Il nous livre sa soif d’en apprendre toujours plus sur Furcy, les difficultés rencontrées au cours de ses années de recherche.
Mohammed Aïssaoui est le premier à s'être intéressé à l'histoire de cet esclave oublié de tous...

Mêlant roman, récit du procès et ses propres réflexions, ce livre rend hommage digne à Furcy.  Deux hommes et une seule quête: celle de la justice ...Remarquable !

Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. C’est ce que m’ a appris Furcy.
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