dimanche 7 novembre 2010

Circulez y'a rien à voir !

Il y a deux semaines,  Gwen nous a lancé un défi : écrire 10 lignes penfant deux semaines. 10 lignes quotidiennes sans thème imposé . Voilà le résultat :
Dimanche 24/10
J’ai répondu présente à cet atelier d’écriture : 10 lignes à écrire par jour durant deux semaines. Mais  là je me pose la question : sur quoi vais-je écrire ? Sur le quotidien, les fifilles ados ou par ce qui me passe par la tête ? Je l’avoue, je n’en sais strictement rien. Dévoiler mes  pensées, les mettre par écrit sans vernis ou artifice …  Dans ce cas, c’est se montrer tel que l’on est au plus profond avec ses failles, ses tourments et ses espoirs. Et peut-être prendre des risques. Je l’ai trop appris à mes dépens par le passé pour me montrer à nue. Alors, je garderai ma carapace qui me sert d’armure. Non, j’écrirai sur les gens que je croise. Chaque jour, je commencerai à tresser une histoire sur ces passants anonymes. Une histoire courte de 10 lignes. J’ancrerai ma fiction  à  partir d’éléments  de la réalité : leur attitude, leur expression.  Elle me plait cette idée ! Et pour le titre, on verra ça plus tard. Mine de rien, j’ai déjà écrit mes  10 lignes …
Lundi 25/10
Une vendeuse dans un magasin de cosmétiques. Vêtue de noir, queue de cheval et un maquillage qui a dû lui demander beaucoup de temps. Je l’observe. Très à l’aise avec les clientes, elle s’active cherchant un fond de teint puis un vernis.  A quoi peut ressembler son visage une fois enlevé son masque d’apparat ?  Que cache-t-elle derrière ce teint à l’aspect parfait et uniforme ? Sa vie est-elle aussi lisse que sa peau ? Parce qu’après tout, on peut trouver honteux le massacre des bébés phoques et gagner honnêtement sa vie en travaillant. Le compte en  banque ne se remplit pas tout seul à la fin du mois et la vie est chère, si chère.  Heureusement en tant qu’employée, elle bénéficie d’une réduction sur l’ensemble du magasin. On ne fait pas de petites économies comme lui serinaient ses parents à longueur de temps. Et  sa mère ajoutait : «  ne te maquille jamais trop »…
Mardi 26/10
Une petite gare près de Brest ou les TGV passent sans s’arrêter. Juste sous ma fenêtre de TER l’employée de gare est  sur le quai, prête à donner le signal de départ. Elle sourit cette jeune femme de moins de 30 ans. Un collègue masculin lui a-t’il fait encore une remarque vulgaire, dégoulinante de sous-entendus? Tous les jours, elle les entend ces railleries grasses, salaces. Au début, elle rougissait. Il en profitait pour la taquiner. Evidemment, c’est gentil. Entre collègues, on plaisante c’est bien connu. De la méchanceté ? Non, mais vous allez chercher ça où ?  Oh je vous  vois venir avec vos grands mots savants et le harcèlement. Quoi ? ici. Non, n’y pensez pas … Demandez le-lui à la petite, si on l’embête. Hein, Valérie, ce ne sont que des plaisanteries ? Ben oui, vous voyez, elle ne dit pas le contraire. Et puis, si on ne peut pas rire un peu, où va-t’on ? Bon, vous m’énervez maintenant. Allez, circulez, y’a rien à voir ...
Mercredi 27/10
Le salon de coiffure. Le lieu par excellence où certaines racontent leur vie. A la différence de chez le psy, tout ce qu’elles disent  est approuvé par des oh et des ah dubitatifs qui encouragent d’avantage le récit.  J’écoute. Ou plutôt, je suis obligée d’écouter une cliente qui raconte ses dernières vacances à une jeune apprentie. Des aigues dans la voix et des « si vous saviez » ponctuent son récit. Et si la coiffeuse au lieu de boire ses paroles en était jalouse. Aigrie, rancunière de toutes ces vies souvent embellies qu’elle entend à longueur de journées. Il y aurait la phrase en trop  qui ferait  déborder la coupe de la jalousie. Un écœurement de toutes ces existences qu’elle vit par procuration. Elle y pense de temps en temps à quitter son boulot. Mais pour faire quoi ? Tout compte fait, elle préfère continuer à faire des permanentes et des couleurs. Elle continue de sourire  aux clientes. Faire semblant de s’intéresser à ce qu’elles racontent est un art.
Jeudi 28/10
Au rayon fruits et légumes au supermarché, deux personnes âgées qui discutent. De quoi parlent-elles? Du décès d’une connaissance commune et des enfants qui viennent pour la Toussaint. Celle qui est la plus petite ressemble à un moineau. Un coup de vent et elle s’envolerait. Aucun de ses deux enfants à elle ne vient.  « Entre le travail, leur vie, ils ont bien assez à faire. » Elle le dit comme pour s’en convaincre. L’autre ne dit rien. Un silence comme pour dire «  c’est dur, je le sais ». Le petit moineau baisse la tête, cherche son mouchoir dans sa poche. Elle le serre dans sa main puis le passe sur ses yeux. Pas un mot d’échangé entre elles. Finalement, elle dit « bon, je vais y aller ».  Elle marche à petits pas, la tête engoncée dans ses épaules. Son dos est vouté. Le poids de la solitude semble bien lourd quand on vieillit. 
Vendredi 29/10
10n30, devant la boulangerie, une conversation entre deux hommes. Teint rubicond  qui vire au mauve, je soupçonne une utilisation importante du lever de coude. Bingo ! « On va boire un coup ? » « Ah ben oui, tiens ». Ils s’en vont vers le bistrot du coin. Vont-ils opter pour le verre de rouge, une bière  ou le petit verre de blanc ? A peine 11h00, c’est encore trop tôt pour un apéro. Encore que. Les épouses attendent en regardant l’aiguille de l’horloge qui continue  sa course. Ca prend vraiment du temps d’aller acheter du pain. Ou alors elles ont l’habitude. Elles savent que vers midi, ils rentreront avec  l’haleine empestant l’alcool. Elles soupireront, une remarque qui en enchaînera un autre,  puis les voix s’élèveront. Elles crieront  «  je n’en peux plus ! ». Les portes claqueront, le déjeuner refroidira. Ou elles s’enfermeront dans un silence et feront comme si de rien n’était. Une fois de plus.
Samedi 30/10
Une fillette devant une vitrine de magasin. Potirons, sorcières et chauves-souris illuminent son regard. Sa mère lui dit de se dépêcher. Mais elle veut encore profiter cette féérie. Bien campée, elle ne bouge pas. Agacée, la mère la  tire par la  manche de son blouson. « On y va ».Ce n’est pas une question mais un ordre. Ferme et sans appel. Elles partent. La fillette a perdu ses étincelles dans ses yeux. Ce soir, elle n’aura peut-être pas le droit d’aller frapper aux portes des voisins. Déguisée et changeant sa voix pour dire« Des bonbons ou je vous jette un sort ». Non, ce sera la télé ou les éternelles disputes de ses parents. Assoiffée de rêves, elle pioche où elle peut. Elle se fabrique déjà  des histoires, des mondes parallèles où les parents s’aiment. On la dit réservée, introvertie et timide. Quand le monde réel est trop  moche, on s’en échappe à partir de trois fois rien…
Dimanche 31/10
La patronne d’une crêperie à Carhaix. Elle  est de mauvaise humeur car a dû ouvrir un dimanche à cause du festival du livre. Son seul jour de repos à elle. On le lui  a pris, bouffé et jeté. Franchement, un festival du livre en plein centre bretagne. Pour qui ? Tiens d’ailleurs, elle a une réservation pour une petite dizaine de personnes. Elle a décidé de ne pas se compliquer la tâche. Et s’ils optent tous pour des  crêpes spéciales, elle  va rater son feuilleton à la télé.  Elle ne va pas s’embêter pour quelques personnes qui lisent. Franchement, il y en a qui ont du temps pour lire alors qu’elle, elle n’a pas de temps. Elle doit fait tourner sa boutique. Comme si c’était facile d’avoir un commerce et de faire du chiffre. Ella va leur dire qu’elle ne fera que des crêpes simples. Contents ou pas contents, elle s’en fiche. Elle risque de rater le début de sa série et ça se serait le pompon. 
Lundi 01/11
Mon père. Je lui ai apporté des roses. Il risque de rigoler  tout  bas et me dire « qu’est ce qu’en ai à faire de tes fleurs ? ». Tant pis, j’ai pris le risque. Cela fait un peu plus de trois  semaines que je ne l’ai pas vu. Quand j’arrive, il ne dit rien. Moi non plus. Il n’a jamais été un adepte des mots ou des gestes remplis d’amour ou d’affection. Quand j’essayais d’arpenter  ce terrain, il s’esquivait toujours. Aujourd’hui, non plus, il n’en dira pas. Son nom est gravé sur une plaque en métal. Mon père est là dans ce jardin des souvenirs. Et moi, je me tiens devant  ce mur avec mes roses à la main. Il y a tellement de choses que j’aurai voulu lui dire…Maintenant, je ne peux plus. Je suis tellement remplie de larmes et de vide que j’ai l’impression de tanguer. J’aurai tellement voulu un jour, une seule fois l’entendre dire qu’il m’aimait ou qu’il était fier de moi. Ces mots là n’étaient pas son langage. C’était tabou. Oh, papa,  je voulais juste te dire que je t’aimais…
Mardi 02/11
Fin de la grève des éboueurs. Des camions sillonnent la ville. Sur le chemin de la bibliothèque, au pied d’une barre d’immeubles,  une femme rajoute un énième sac à ceux qui sont déposés par terre. Un camion poubelle arrive, deux éboueur sortent, pressés. La femme à un visage ridé, creusé de sillons multiples. Impossible de lui donner un âge. Elle fume nerveusement. Elle regarde avec dédain les éboueurs et les interpellent d’une voix rauque « Non mais, vous avez vu comment c’est ! Putain, c’est nos impôts qui vous payent alors vous feriez mieux de bosser !». Le plus jeune est sur le point d’ouvrir la bouche mais son collègue lui pose sa main sur l’épaule. Combien de fois aujourd’hui ont-ils été pris à parti par des gens ? Ce soir, quand ils rentreront chez eux, le plus jeune ira à la salle de sport pour se défouler. Evacuer  toute ces remarques en soulevant des kilos de fonte, la mâchoire contractée. Pour le plus âgé, ce sera une journée comme il a en déjà connu.
Mercredi 03/11
Au supermarché ce matin. Peu de monde dans les allées,  il est tôt. Deux femmes discutent. Habillées élégamment, elles font parties de la même classe sociale. Elles sont l’une en face de l’autre, la proximité favorise l’épanchement des confidences. L’une mange avidement les paroles de l’autre. Elles en oublient leur caddie.  Celle dont les nombreux bracelets s’entrechoquent à chaque mouvement lui annonce le divorce d’une amie. L’effet surprise est garanti, elle s’en délecte. La suite est impressionnante :   le mari qui a un bon travail pourquoi le quitter ? Et la maison ? Aucune d’elle ne demande comment va leur amie. Non, c’est secondaire. La nouvelle va se répandre avec frénésie. Chacun y apportera son grain de sel : la valeur pécuniaire, les vacances à l’étranger… Tout va être jaugé, calibré en monnaie sonnante et trébuchante. Après, peut-être que quelqu’un s’intéressera à ce que ressent cette femme. Et encore…
Jeudi 04/11
J’arrête la ma participation. Aujourd’hui et une journée morte sans sortie. Difficile de parler de quelqu’un quand on n’a vu personne. J’au respecté la consigne que je m’étais fixée. Observer des gens et broder autour en dix lignes…
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