dimanche 29 novembre 2009

Erik Orsenna "La chanson de Charles Quint"



Avant de lire ce livre, je me représentais Erik Orsenna comme un justicier moderne de la langue française. Le Zorro du plus que parfait du subjonctif, la grammaire à la boutonnière et laissant signe de son passage, non par le célèbre Z, mais la farandole joyeuse de chou-genou-bijou-hibou-caillou-joujou-pou. Et s’il vous plaît, écrite du bout de son épée.

Dans « la chanson de Charles Quint », on découvre l’homme sans sa panoplie grammaticale. Erik Orsenna met à nu ses sentiments après la mort de sa femme. Un homme partagé entre la douleur, le savoir et la science et qui cherche inlassablement la réponse à la question « où est-elle maintenant? ». Pour pouvoir vivre à nouveau, il lui faut trouver non pas la vérité mais sa vérité.
Entre ses errances et sa quête, on lit, les larmes aux yeux, une de plus belles déclarations d’amour.

Merci Monsieur Orsenna pour ce si beau livre….

vendredi 27 novembre 2009

La Saint Séverin

Aujourd’hui, nous fêtons les Séverin… vous avez d’autres chats à fouetter vu que c’est vendredi soir. Ou alors, vous n’en avez strictement rien à battre parce que vous n’en connaissez aucun. Ou, plus simple, vous vous en foutez tout court. Point à la ligne.

Mais, peut-être qu’un des Séverin …

A senti son cœur battre un peu plus fort quand sa collègue lui a planté une bise sonnante et acidulée sur la joue. L’espace de quelques secondes, il a rougi, embarrassé par cette camaraderie soudaine puis il a articulé péniblement un « euh… fallait pas, ben merci ». Elle, elle s’est retournée, les yeux rieurs et brillants de malice. Il s’est dit que c’était peut-être le moment de lui demander d’aller boire un verre avec lui, un de ces soirs après le travail. Elle attend, se demande si enfin il va faire le premier pas. Elle sait qu’il en pince pour elle depuis le premier jour. Quatre mois se sont écoulés avec comme seules paroles échangées des bonjour, bonsoir et bon week-end. Des échanges polis et courtois entre adultes bien élevés.

Alors, est ce qu’il a osé?

Peut-être qu’ils sont attablés tous les deux dans un café quelconque. Elle a enlevé sa veste et dénoué son écharpe, lui a desserré son nœud de cravate. Ils ne savent pas quoi se dire hormis les phrases toutes faites ah, c’est sympa comme endroit…tiens, je ne connaissais pas. Elle est anxieuse, pourtant elle n’en est pas à son premier rendez-vous. Lui, sous la table, essuie la paume de ses mains moites sur son pantalon.

Et la suite ? On verra ça une prochaine fois, Cupidon pourra toujours batifoler demain ou dans un siècle sans prendre une ride.

Ah, j’ai cassé l’ambiance ? Désolée.

C’est qu’aujourd’hui est un grand jour pour moi. Eh oui, ca fait deux mois que j’ai arrêté de fumer. Je voulais juste vous le dire.
Voili, voilà, c’est fait !

jeudi 26 novembre 2009

Le sacrilège de la femme mariée (si)

Oh, je suis scotchée ! Non, pire, je suis à me traîner par terre, le nez collé au mur tel un chien qui renifle son territoire. Et tout ca pour quoi ? Pour humer de mes petites narines toutes émoustillées les relents de parfum d’un Homme.

Oui, vous avez bien lu! Moi, l’épouse qui ait gagné trois années d’affilée le concours « best wife ». J’ai même obtenu, haut la main, la médaille de « mère exemplaire » en battant à plat de couture, j’ai nommé dans la première catégorie : celles qui vous découpent avec dextérité le sacro-saint gigot du déjeuner dominical. Et dans la seconde catégorie, celles qui savent comment occuper une dizaine de gamins de moins de huit ans lors d’une fête d’anniversaire sans que ça se termine en pleurs ou en disputes.

Sacrilège de la femme mariée, l’Homme dont je parle n’est pas mon mari !
Bon, on se calme.

L’Homme n’avait pas le physique de ceux des affiches publicitaires placardées un peu partout pour la fête des pères. Vous savez bien, celles que l’on regarde toutes sans le dire, allez, on ose l’avouer…

Qui n’a jamais raté son bus ou a failli emboutir la voiture de devant à cause de ces Hommes au corps sculptural (avec des tablettes de chocolat juste comme il faut), au facies parfait dont le regard ténébreux semble dire « je me sens seul» ?

Parce que ces Hommes là, bizarrement, on ne les croise ni au rayon charcuterie « vous me rajouterez une belle tranche de pâté en plus des rillettes » ni dans les clubs de sport à soulever des kilos de fonte.
Ou même à une fête organisée par des amis. A moins d’avoir ses entrées, sous-entendus des amis, dans le monde nocturne de la jet-set. Juste en aparté pour les passionnés de documentaires animaliers, la jet-set est non sédentaire. Elle passe la plupart de l’année à Paris mais en février, elle s’établit pour quelques jours sur les pistes enneigées de Courchevel. Durant les mois de juillet et d’août, la jet-set effectue sa migration vers le sud à destination de Saint-Tropez ou d’Ibiza.

Certains ou certaines diront que je devrais avoir honte de parler de la sorte. Eh bien non, je n’ai enfreint aucune règle civile ou de la bonne morale. Vivement le mois de juin, que je puisse me pâmer aux arrêts de bus…

mardi 24 novembre 2009

EDEN CHIMIQUE

Le paradis artificiel de la non souffrance…. Jolie phrase de Françoise Sagan qui résume mon état ce soir.

Mon Eden chimique a en effet quelques effets secondaires : nausées, vertiges, troubles de la concentration et de parole… Ma pensée s’effiloche aussi vite qu’elle se construit. Impossible d’aligner trois mots et de les retenir, ils partent aussi vite qu’ils sont venus. Je suis obligée de les prononcer tous bas de peur qu’ils ne s’échappent. A peine sont ils dessinés sur mes lèvres qu’ils s’évaporent. Trop tard.
Me voilà à soliloquer toute seule comme une vieille folle !

Un nouveau traitement, puis un autre pour tenter de diminuer la douleur.

Est ce le prix à payer pour ne pas avoir mal ?

Alors, je m’adresse à vous Messieurs les Spécialistes,
Depuis plus de huit ans, je me promène avec une pancarte autour du cou et croyez-moi, je m’en passerais bien. Si j’avais été un chien, j’aurais eu le droit aux caresses de quelques mémés attentionnées, au regard rieur des enfants ou à des remarques d’ordre purement esthétiques « mais c’est qu’il beau ce chien ! Quel pelage » et autres compliments réservés aux canidés.

Mais, voyez-vous, je n’en suis pas un. Quel chien d’ailleurs pourrait écrire à moins d’être doté de la pensée et de la réflexion. Ce n’est pas le propos de ma lettre … je digresse, excusez-moi.

Ma pancarte est cachetée, estampillée d’un tampon « fibromyalgie atypique ». Ca vous laisse perplexe et moi donc, vous m’en direz tant. Ce titre ne m’apporte ni respect ni honneur. Je ne peux même pas me promener fièrement et m’en vanter.

Pire, je dois fournir des explications sur mon pedigree.
Humiliant et frustrant.

Je suis lasse de m’épier, eh oui, je dois scruter en permanence la crise. Anticiper toujours et au mieux si c’est possible, et se cacher quand le mon corps lâche, ivre de douleurs. Je n’aime pas me montrer en spectacle… je ne suis pas un chien de cirque.

lundi 23 novembre 2009

TOUT LE MONDE IL EST GENTIL

Depuis que j’ai une adresse mail, beaucoup de chose ont changé pour moi. Et pas n’importe lesquelles. Tenez, aujourd’hui, une banque m’a envoyé un premier mail pour me dire que j’avais gagné 60 000 Euros. Ensuite, elle dû trouver que ce n’était pas suffisant ou que ca faisait un peu radin parce j’ai reçu un autre mail et cette fois, 50 000 Euros à la clé. Ben oui, forcément, 60 000 Euros, c’est une bagatelle de nos jours. En quelques heures,j’ai gagné 110 000 Euros ...les footballeurs peuvent pleurer sur leur salaire de misère.

Et tout ca, pourquoi ? Parce que mon adresse a été tirée au sort. Ohlala, le coup de bol monstre !

Et, c’est pas fini !

Y’a plein de gens qui ont plein de sous (mais vraiment beaucoup) et qui meurent sans laisser de descendance. Je sais, c’est triste mais parmi ces gens là, il y en a qui ont la main sur le cœur. La preuve, ils ne me connaissent ni d’Eve ni d’Adam mais ils me lèguent toute leur fortune ! Incroyable ! Certes, leurs notaires ont une fâcheuse tendance à faire beaucoup de fautes d’orthographe. Mais, c’est l’émotion, à coup sûr, il faut les comprendre.

Et dire qu’il aura fallu qu’Internet voit le jour pour que tout le monde pense un peu aux autres et que la pauvreté disparaisse dans ce bas monde…

Shalom Auslander - "La lamentation du prépuce"






Décapant !

Un livre où le mot "masturbation" donne lieu à ses scènes tordantes , l'alimentation cachère côtoie sans complexe les Hot-Dod et où les gros mots sifflent.

Je m'excuse auprès des Dieux tout puissants ( ou moins) quel qu’ils soient mais grâce à eux, je me suis musclée les abdos et les zygomatiques.

A offrir pour Noël aux adeptes inconditionnels des génuflexions qui savent apprécier le second degré ...

Richard Zimler "La quête de Sana"




Je parle de ce livre car je l’ai reçu dans le cadre d’un partenariat. Non, ce n’est pas un coup de cœur. Armée de mon courage, et en poussant de long soupirs, j’ai quand même réussi à le finir. Car plus de 350 pages quand on s’ennuie, c’est long, très long, voire interminable…
Heureusement aux alentours de la 280ème page environ, l’auteur a réveillé mon intérêt mais c’était bien trop tard.

Si Richard Zimler m’avait épargné de fioritures ou de descriptions inutiles sur son petit déjeuner ou sur sa vie sentimentale, j’aurais peut-être accroché.

Désolée, mais je ne peux vous parler avec enthousiasme d’un livre que je n’ai pas apprécié…

Alors, je vous mets le résumé de la quatrième de couverture qui pourtant est bien alléchant :

"Février 2000. Richard Zimler, l'auteur du Dernier Kabbaliste de Lisbonne, est en Australie. Il y rencontre une femme qui lui dit combien Le Kabbaliste a compté dans sa vie. Le lendemain, sous les yeux de l'écrivain, elle saute par la fenêtre de sa chambre d'hôtel.

Richard Zimler, bouleversé par ce suicide, décide d'en savoir plus sur cette inconnue, de comprendre ce qui a pu la pousser à ce geste de désespoir.

Ce qu'il va découvrir, c'est d'abord une formidable histoire d'amitié entre Helena, d'origine juive, et Sana, d'origine palestinienne. Nées toutes les deux en 1946 à Haïfa, elles auront connu pendant près d'un demi-siècle, en dépit des déchirements entre leurs deux peuples, une vraie complicité.

Nombreux sont néanmoins les secrets et les zones d'ombre qui entourent leurs existences, et l'enquête de Richard Zimler prendra vite un tournant imprévu qui le mènera dans les coulisses du terrorisme international.

La Quête de Sana est tout à la fois un récit autobiographique surprenant, une vision bouleversante de l'histoire contemporaine et un thriller palpitant. "

The 2009 Blogger Appreciation Awards


Taggée ! Je suis taggée pour la première fois en deux ans de blog. Ohoh, une nouvelle expérience pour moi. Allez, zou, j’enfile ma tenue de Rambo,courageuse comme je suis, et n’ayant peur de rien (hormis les souris et les rats).
Grâce à Lili Galipette de http://lililectrice.canalblog.com/, vous allez découvrir sept choses que j’apprécie particulièrement.


1-Mon premier café de la journée
Je le bois lentement et jamais sans précipitation : je le savoure. Je l’apprécie dans le calme, sans un mot… chaque gorgée avalée est un grand moment de privilège où les bruits du quotidien me glissent dans la journée.

2-Mon carnet bleu à spirales
C’est une mine aux trésors…de mots. Dès je lis un mot que je trouve beau, je le note. Pareil pour ceux dont je ne connais pas le sens. J’aime le feuilleter, me plonger dedans car j’en ressors toujours émerveillée.

3-Les objets anciens
Une rayure, un motif effacé et je m’imagine toutes les mains qui l’on tenu, qui l’ont utilisé. Ca va de la vieille lampe à pétrole à la tasse en porcelaine un peu ébréchée.

4-Les livres
Vivre sans livres, c’est vivre sans les mots : impossible ! Mes lectures ne sont pas rangées dans une bibliothèque offrant leur tranche au regard du quidam de passage. Ils se sont installés un peu partout dans la maison : ma chambre où j’ai mon ordi, le salon, le bureau. Ils sont posés sur une étagère ou se cachent derrière les portes d’une vieille armoire…

5-le chocolat
Point sensible… je suis une accro. J’arrive à tenir deux jours maximum sans en manger mais pas plus.

6-Mon lecteur MP3
Pour écouter de la musique au gré de mes humeurs quand je veux. Par exemple, dans mon lit ou quand je gamberge sur le bitume brestois. Vous allez me dire que je n’écoute que Miossec, et bien non ! C’est très varié….
Brahms alterne avec Gainsbourg , la pop Anglaise, Muse, Placebo, la New Wave de ma jeunesse et… Miossec.

7-Les arômes
J’en ai partout dans mon jardin, ce sont pour moi les fleurs les plus délicates.

A mon tour, je désigne Mony77 et Véronique (de femmeinvisible2), Rachel Colas et Nictoo.


Si, la bille que je suis, trouve comment insérer plusieurrs images à des endroits précis, je les rajouterais.

dimanche 22 novembre 2009

STAND-BY

Beaucoup de mails me demandant à quand la suite de la nouvelle « un air de chérubin »?

Et là, je suis un peu embêtée, j’avoue …je ne sais pas si Caroline accompagnée de sa si gentille mère a (ou aura) un avenir.

Si Caroline faisait la connaissance de ces filles qui tapinent sur l’escalier dans une circonstance assez inattendue, qu’en dîtes-vous ?
Ou alors je la fais vivre une vie bien différente…

Par dépit et pour obéir à sa mère, elle se marierait à un jeune homme de la bonne société. Puis, elle passerait le restant de ses jours à regretter la vie qu’elle n’a pas eu, à la rêver devant sa fenêtre ou à s’alanguir en attendant un amant de passage.

Mais, Caroline pourrait aussi nous réserver des surprises par sa détermination et son caractère. Une femme qui voudrait se libérer du carcan de la bonne morale, ô combien hypocrite, et jeter aux orties les règles de bienséance.

Et si tout simplement, Caroline laissait sa place à d’autres personnages, à d’autres idées et à d’autres récits ? Des femmes de notre époque dont la vie a dévié à un moment donné. Des femmes qui n’ont pas suivi le parcours linéaire bien comme il faut (le mariage puis la maison puis les enfants).

Des questions, il y en a, mais sans les réponses pour l’immédiat. Je suis en stand-by …

vendredi 20 novembre 2009

JE SUIS UNE STAR !

Oh lala, accéder à la notoriété n’est pas une chose aisée, croyez-moi.
Hier midi, plongée sous ma couette et tirée à bout de bras par Morphée, je ne m’attendais pas du tout à ce que mon mari, d’un air guilleret, m’apporte une lettre :
-Tu as du courrier !
-Ah…

Du courrier, mais j’en reçois comme tout le monde quand même : les factures, les impôts, mon assureur qui m’informe gentiment de l’augmentation annuelle de mon contrat. Bref, de la lecture passionnante qui me fait émettre des grognements et au mieux des soupirs d’exaspération.

« Nous avons sélectionné votre nouvelle » … là, j’ai dû au moins lire trois fois cette phrase. De une, pour que mon cerveau récupère cette information et que de deux, il la décode. La troisième lecture à haute voix était pour mon mari qui trépignait sur place en répétant « alors, alors ? ».

Après tout a été très vite…Les coups de téléphone des maisons d’éditions qui me veulent toutes, des lecteurs assidus rentrés chez moi par je ne sais quel moyen, et qui squattaient mon salon pour avoir une dédicace. La folie totale !

La réalité est un peu différente, mais que très, très légèrement. Le téléphone a en effet sonné et j’ai eu le droit à des félicitations sincères de la part d’amies. Les fifilles sont rentrées de l’école : tu peux signer mon évaluation d’anglais ? M’man, j’ai besoin que tu signes ca pour le théâtre.
Mais ni hier, ni aujourd’hui, il n’y a pas eu de cohorte de journalistes devant ma porte ou d’émeutes de fans. Heureusement car j’aurais été bien embêtée. Ben oui ! Tout rassemblement de personnes devant être signalé à la Mairie et à la Police , j’aurais été en infraction. Pire, une hors la loi !

J’ai voulu partager ma joie avec ceux qui m’ont donné la vie : mes parents ! Et là, grave erreur, j’ai provoqué sans le savoir l’effondrement de mon petit nuage sur lequel j’étais assise confortablement. Et toi, Dieu, t’étais où quand on m’a conçu puis mise au monde ? Par hasard, t’aurais pas oublié de mentionner à mes parents le fait qu’ils devaient de temps en temps encourager leurs enfants, hein ? Et qu’ils devaient peut-être aussi se demander ce que fait leur fille, et non pas la météo à Brest ?

Vous voyez rien n’a changé…

Mes deux bacs à linge en attente de repassage sont empilés dans un coin et le resteront encore. J’ai toujours envie de me mettre sérieusement à mon projet d’écritures de nouvelles (enfin, un peu moins depuis que j’ai eu que mère au téléphone) . Mes douleurs ne se sont pas envolées et oui, triple zut, impossible d’aller voir tout à l’heure « en vrai » Erik Orsenna. Et puis, il y a la grande question métaphysique qui fait tourner ce monde et qui m’obsède « que faire à manger pour le repas de ce soir? ».

jeudi 19 novembre 2009

UN AIR DE CHERUBIN

Souvenez-vous, au mois de septembre, j'avais participé à un concours de nouvelles sur le thème imposé de l'Escalier du Commandant.
Cet escalier du centre de Brest a été détruit lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

Pourquoi l’appelait-on ainsi? Qui était ce Commandant ?
Mon imagination, mes recherches m’ont amené à la fin du 19ème siècle à Brest.

Et, attention … ma nouvelle « Un air de chérubin » a été retenue et elle sera éditée prochainement (promis : pour ceux qui l’achèteront, je ferais une séance exclusive de dédicaces !).
En avant-première, la voici …



Depuis trois jours, un ballet incessant défile devant moi : des redingotes dont les galons brillent de mille feux, des aiguillettes couleur or perchées sur des épaulettes, des têtes serrées dans des coiffes de dentelle et des couvre-chefs tenus à la main. Certains m’observent puis battent en retraite subrepticement ou en me saluant fièrement. D’autres me glissent quelques mots d’une banalité affligeante à peine teintés de regrets. Je devine les inflexions des conversations chuchotées des notables. J’entends les voix des femmes, elles murmurent dans le creux d’une oreille des confidences qui appellent à des discrétions d’église. Seuls les froissements soyeux des jupons, le tintement des fourreaux de sabre contre le ceinturon égaient l’atmosphère aussi lourde qu’une chape de plomb. La plupart d’entre eux arborent un visage impassible, fermé d’où ne suinte aucune compassion, juste du dédain. Leurs regards qui, avant, me montraient du respect et de la courtoisie sont devenus froids et hautains. Heureusement hier, il y a eu un peu de distraction.

Un des négociants en vin de la rue Siam où je me fournissais, Mr Jacques, est arrivé, ventripotent, le souffle court et la chemise sortant de son pantalon. Son teint rubicond virait au mauve. Il avait sorti de sa poche un mouchoir pour essuyer les gouttes de sueur qui dégoulinaient de son crâne dégarni. Quand il s’approcha de moi, il se prit les pieds dans un tapis et il s’en fallu de peu pour qu’il ne tombe. Louis, mon fils aîné qui affiche un air benêt en permanence, le retint par la manche de son paletot avant qu’il ne s’asseye à mes côtés. Le pauvre homme était tellement gêné qu’il s’est relevé aussi vite que possible avant de s’empêtrer dans ses explications :

- Vous savez, mon Commandant, c’est jour de marché aujourd’hui, et avec un temps comme ça…ben, les gens…les gens des environs sont venus nombreux, tellement nombreux que la Grand’Rue était noire de monde ! Et puis, j’ai fait des affaires.

Il avait dû sortir une bouteille de son comptoir pour appâter le chaland et boire un ou deux verres. Son haleine dégageait cette odeur que je connais par cœur. Celle de la liqueur à la fraise que j’avais coutume d’aller siroter au café de l’hôtel du Grand Monarque chaque fin de semaine. Quand Mr Jacques s’aperçut que tout le monde l’écoutait, il se tut. Il me décrocha un clin d’œil et se détourna pour aller présenter ses civilités à mon épouse.

Ensuite, un de ces Lieutenants de Vaisseaux, prétentieux et aux dents longues, a fait son entrée. J’ai deviné un sourire, aux commissures de ses lèvres, à peine esquivé car il avait bien du mal à cacher sa satisfaction de me voir là. Il m’a gratifié d’un salut militaire digne de mon rang mais avec une insolence de jeune loup. Je sais qu’il a pour ambition de prendre ma place de Commandant et d’épouser ma fille Adèle. Ce sera un mariage de raison et d’argent car la nature ne l’a pas gâtée la pauvre fille … Elle a hérité de sa mère cette maigreur et cette sécheresse comme s’il n’existait aucune chair entre ses os et sa peau. Ses yeux ressemblent à deux petites billes perdues sur un visage étiré aux pommettes saillantes. Une union qui alliera deux familles aisées, tel mon mariage avec Louise.

J’avais à peine vingt ans et j’étais tombé follement amoureux de la fille d’un des vitriers de la ville qui arpentait du matin au soir les rues pavées. Quelquefois, elle l’accompagnait et dès que j’entendais son père déclamer son refrain lancinant, j’accourais à la fenêtre de ma chambre pour l’observer. De là, j’avais vue sur le Champ de Bataille où les enfants jouaient tandis que leurs bonnes se racontaient les derniers commérages entendus au marché de la Place Médisance. Je me précipitais en faisant mine de m’intéresser aux gamins qui traînaient et qui chapardaient ce qu’ils pouvaient. Nous n’avons jamais échangé un mot et je crois qu’elle ne s’est pas doutée, une seule fois, de tout cet amour qui me consumait. Pour elle, je ne devais être que l’un de ces fils à papa, orgueilleux et pédant. A l’aube de mes vingt et un ans, toutes les demoiselles de la bonne société m’avaient été présentées. Ne voulant pas me décider, mes parents me choisirent Louise pour épouse puisque son père était sur le point de gagner ses étoiles de Commandant.

Aujourd’hui, en cette fin de matinée, je constate que mon épouse est remarquable dans l’interprétation de son nouveau rôle. Elle ne dégage pas une once de commisération. Assise bien droite, elle ne se lève que pour saluer ou remercier par déférence ceux qui, à ses yeux le méritent : le vice-amiral et quelques épouses des familles les plus riches de Brest. Les autres n’ont le droit qu’à un petit signe sentencieux de la main, un hochement de tête condescendant.

Hier soir, lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, elle s’est approchée de moi. Elle est restée là quelques minutes passant ses doigts dans mes cheveux avec une tendresse que je ne lui ai jamais connue en vingt-cinq ans de mariage. Brusquement, elle s’est mise à rire comme prise d’une folie soudaine. Son corps tout entier psalmodiait et ses yeux crachaient de la haine. Elle faisait des allers-retours devant le balcon, et elle se mit à crier:

- Regardez-vous, mon Commandant ! Vous avez belle allure, n’est ce pas ? Pendant toutes ces années, je vous ai supporté, vous et votre arrogance. Mais surtout, j’ai gardé la tête haute lorsque les langues ont commencé à se délier ! Car, oh que oui, je savais ce que vous faisiez tous les soirs une fois votre dîner pris ! Tout Brest le savait et s’en faisait des gorges chaudes. Si vous pensiez que j’étais dupe de votre petit manège, vous vous trompiez, mon ami ! Ah, mon Dieu… qu’ai-je fait pour que vous nous trainiez ainsi dans la fange ? Et la simple idée de penser que maintenant, les fiançailles de notre fils Aristide sont compromises, me rend malade. Vous avez apporté la honte et l’humiliation sur notre famille!

Elle qui d’habitude était peu bavarde à mon égard, avait la langue bien pendue. Des larmes ont coulé sur ses joues alors qu’elle frappait sa poitrine de ses mains empoignées comme pour la prière.Puis, très vite, son apathie coutumière l’avait regagné. Son palabre acrimonieux se poursuivait :

-Voilà, où nous en sommes aujourd’hui à cause de vous ! Oui, par votre faute et seulement par la vôtre ! Après votre café, vous alliez fumer dehors votre cigarette pour ne point nous importuner. C’est bien ce que vous prétextiez, non ? Vous me pensiez donc sotte à ce point ? Une fois, je suis descendue à la Grand’Rue pendant que Marie surveillait les enfants. Je vous ai vu de la rue Siam descendre une par une les marches de cet escalier de fortune où les filles de joies tapinent. Oh oui ! Je vous ai observé… J’ai pu voir de quelle façon obscène vous les regardiez vous dévoiler leurs mollets. Vos yeux brillaient de vice et ces filles riaient tandis que vous vous régaliez de ce spectacle ! Je dois concéder que vous aviez choisi le meilleur emplacement. Tout en bas de ces marches, vous ne pouviez avoir meilleure image de ce que cachent les jupons de ces traînées !

Elle me fixait d’un regard torve et sévère, attendant une réponse de ma part. Que pouvais-je lui répondre ? Que toute la journée, je me languissais d’attendre ce moment de bonheur. Car, oui, c’était mon plaisir de voir ces filles dont les formes laissaient présager des corps fermes et généreux. J’avais la fatuité de connaître leurs courbes. Je frémissais quand un corsage laissait apparaitre un sein, un frisson me parcourait le dos quand elles remontaient leurs bas en me décochant des œillades aguicheuses. Elles m’offraient gratuitement ce que mon épouse n’avait jamais pu et su me donner : l’envie et le désir.

Son timbre de voix était devenu sec et son regard se perdait dans un paysage imaginaire :
-J’ai fermé les yeux car vous êtes un homme. Et, Dieu seul sait combien les hommes sont faibles.

En sa qualité de bigote assidue, j‘étais certain qu’elle allait invoquer ses litanies et les heures passées à prier à l’église St Louis :
-Chaque jour, j’ai imploré notre Seigneur afin qu’il vous remette dans le droit chemin. J’ai fait brûler des cierges pour le salut de votre âme. Mais même pour vos enfants, vous ne vous êtes pas donné la peine de vous libérer de vos accointances dans ce cloaque qu’est la rue Guyon ! Je vais vous apprendre une nouvelle : Marie m’a rapporté que désormais les gens nomment cet endroit l’escalier du Commandant ! Quel déshonneur !

Ah, tout de suite les grands mots ! J’aurais dû lui ordonner d’arrêter sur le champ ses geignardises. Avait-elle oublié que si nous habitions ce bel et vaste hôtel St Pierre, c’était bien en ma qualité de Commandant. Tout Brest nous respectait, nous allions au théâtre et aux endroits où il fallait être vu. A chaque cérémonie, la vanité d’être à mes cotés boursouflait un peu plus la veine de son front. Le dimanche après-midi, par beau temps, nous descendions écouter les concerts militaires donnés au Champ de Bataille. Nous recevions des invités de marque et nous étions conviés bras ouverts chez quiconque appartenant à la bonne société. Elle a pu profiter de mon statut de Commandant et de tous les égards bienveillants.
Qu’elle arrête ses sermons à présent !

-Mais non, il fallait que chaque jour …
-Taisez-vous, mère, il n’est plus l’heure des reproches.
C’était Caroline qui tenait ainsi tête à sa mère. Caroline, ma cadette, ma fille adorée, ma joie de vivre. Je ne pouvais pas l’apercevoir mais je l’imaginais se tenant dans l’embrasure de la porte.

Louise vitupérait :
-Caroline, comment osez-vous me parler de la sorte après ce que votre père nous a infligé ?
Ma fille s’avançait vers moi. Je pouvais enfin voir son doux visage rongé par les cernes mais ses yeux, habituellement pétillants de malice, étaient ternes et rougis d’avoir trop pleuré. La pauvre enfant, mon cœur se serrait à la vue de sa mine décomposée.

Elle s’était allongée à mes côtés. Je retrouvais ma princesse : son odeur de miel, sa peau veloutée comme une pêche. Elle tenait ma main qu’elle a ensuite posée contre sa joue.
-Pauvre papa, vous allez me manquer. Sachez que je n’ai pas honte de vous. Comment le pourrais-je ? Vous qui m’avez appris à contempler l’horizon, à aimer la mer et à apprécier le goût des embruns. Je me souviendrai pour le restant de ma vie de nos promenades Cours Dajot. Vous me répétiez que de tous les pays où vous vous étiez rendus, aucune ville n’égalait Brest. Nous restions là des heures durant jusqu’à ce que la nuit vienne nous déloger. Et, je suis certaine que vous avez eu la mort que vous avez souhaité.
-Taisez-vous Caroline, immédiatement ! Arrêtez cela !

Sa mère s’époumonait mais elle continuait :
-Il avait tellement plu que vous avez glissé du haut des marches. Lorsque votre tête s’est mise à saigner sur le pavé, ces filles ont accouru et vous vous êtes éteint dans leurs bras. Elles m’ont dit que vous souriez et que vous affichiez même un air coquin de chérubin … Vous pouvez reposer en paix mon cher papa.

Mon épouse venait de quitter furieusement la pièce et peu de temps après, Caroline s’était endormie, harassée de fatigue, contre ma main froide.


Les cloches viennent de sonner trois coups. Les croque-morts sont là. Il ne me reste plus qu’à regarder, pour une dernière fois, le plafond de ma chambre avant qu’ils ne ferment mon cercueil.
Je pars l’esprit tranquille et folâtre : Caroline, mon enfant chéri, ne m’a pas répudié et l’escalier de Brest que j’aimais tant porte désormais mon nom….

mercredi 18 novembre 2009

Marguerite DURAS "L'Amant"




Parler de Marguerite Duras, c’est comme vouloir rajouter sa petite touche personnelle à un portait de l’une des grandes figures de la littérature française. Généralement, on l’associe à son œuvre entière, l’auteur se substituant alors à l’ensemble de ses écrits.

Deux possibilités s’offraient à moi : piocher gaiement parmi l’un des nombreux avis existants : modifier un mot ici ou là, une formulation (c'est-à-dire l’art de faire du neuf avec de l’ancien), ou plus simplement de vous dire comment j’ai vécu le livre de façon si intense.

Je l’ai ressenti avec ce ballet, cette danse sans fin de non dits sensuels, ces mots peu nombreux mais si justes, et puis le rythme des phrases. Ce rythme lancinant, entraînant, qui provoque des vertiges ou qui fait tourner la tête. Inconsciemment, on cale sa respiration pour suivre, pour goûter au mieux cette cadence. Cadence des mots, cadence des émois …

Et, tout le génie de Marguerite Duras réside là. Elle arrive par cette jeune fille de quinze ans, à nous faire découvrir, revisiter la volupté, les troubles, le plaisir de la chair et sans jamais tomber dans la vulgarité ou dans le sale.

Magnifique !

lundi 16 novembre 2009

ROSE

Comme tout le monde, Rose n’aime pas aller chez le dentiste. Quel drôle de métier que de passer ses journées à farfouiller dans des bouches ouvertes. Elle se demande d’où peut venir ce sacerdoce à débusquer la carie sous l’épiglotte tremblante.

Elle s’y rend à l’heure précise pour s’épargner le temps interminable de l’attente. Si le bourreau a du retard, le supplice commence pendant ces quelques minutes où tout se fige au bruit de la roulette. Elle retient sa respiration, elle guette un cri de douleur épouvantable qui ne vient pas.

Il vient toujours chercher sa prochaine victime avec un sourire bienveillant. Rose traîne toujours un peu des pieds et arrivée devant l’appareil de torture, manifeste un petit mouvement subreptice de recul. Le dentiste invite sa martyre à y prendre place.

Allongée sur le fauteuil, elle est à ses ordres sans aucune défense possible.
-Ouvrez la bouche, dit la voix sous le masque.

Rose obéit, elle n’a pas le choix. L’aspirateur de salive dans le coin de la bouche, elle observe son tortionnaire, quel instrument va t-il choisir ? Elle déglutit difficilement car elle se sait à sa merci.
-Hum, hum… oui.

Il inspecte chaque recoin de sa bouche béante, tapotant les dents. Un petit clignement de paupières involontaire, et il devine immédiatement que la dent est sensible.

Elle se cramponne au siège et ferme les yeux en attendant que l’aiguille vienne se planter dans la gencive.
-Bon…ce n’est rien. Vous n’aurez qu’à utiliser un dentifrice pour renforcer l’émail. Si jamais vous avez mal dans quelques jours, revenez.

Pour cette fois, elle est sauvée.

Avant de partir, Rose offre un regard débonnaire à la personne assise dans la salle d’attente.
-Merci Docteur, dit-elle poliment.

Puis, d’un ton condescendant en direction du pauvre patient qui s’agite nerveusement sur sa chaise, elle ajoute d’un ton hautain:
-Et dire que certains ont peur du dentiste !

vendredi 13 novembre 2009

COURBETTES DEVANT LE ROI

Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina et j’en passe. A coup sûr, j’en oublie sûrement dans la liste des prix, des palmarès, des trophées littéraires du cru 2009. Alors, 2009 sera-t-elle l’année d’un millésime d’une qualité exceptionnelle ?

Pour les stupidités, oui, un très grand cru.

Car vraisemblablement dans notre beau pays du Roi Soleil, si on reçoit le Goncourt, récompense d’un travail littéraire, il faut faire courbettes devant le Roi et sa Cour. C’est une nouvelle règle, un nouveau décret annoncé par un des fidèles valets du Roi.
-Oyez, oyez, écoutez-moi, braves gens ! Quiconque voudra voir son travail couronner d’un prix dans un Art devra au préalable jurer d’honorer notre Roi, de le servir toute sa vie, de lui faire preuve de loyauté et de respect ! Vive La France et vive le Roi….
Sonnez trompettes et clairons, et place aux troubadours pour divertir le peuple.

Etre Roi est un dur métier car travestir la réalité nécessite d’être un bon acteur : savoir passer du rire aux larmes, émouvoir, faire vibrer la corde sensible, se montrer sympathique, bienveillant, un gentil Papa qui ne pense qu’au bien de ses enfants chéris….

Marie Desplechin - Un pas de plus



Marie Desplechin, un nom qui il y a quelques mois m’était totalement inconnu. Si on m’avait posé la question « La connaissez-vous ? » sans me donner plus de renseignements, j’aurais fait mine de réfléchir, moue dubitative de l’intellectuelle qui cherche dans son grand et immense savoir, puis j’aurais émis un :
-Euh… non, je ne vois pas. Désolée.

Dans cette situation indélicate, on peut essayer de grappiller des indices. Et pour la circonstance, afficher un air innocent, benoît: est-ce que c’est une femme politique ? Non. Bon… si elle fait partie des personnes qui font la une ou même la dernière page des magazines people, ce n’est pas la peine d’aller plus loin…. Car je suis archi nulle, incompétente dans ce domaine.

« Un pas de plus », comme dans une danse où les temps sont gais mais énergiques. Je me suis laissée emporter par ses nouvelles où lire cette verve vive, rythmée est un réel plaisir. Du pur bonheur ! Une auteure qui ose parler de sujets sensibles ou d’autres plus légers avec humour et brio.

jeudi 12 novembre 2009

BLOG DIVAN OU DIVIN BLOG?

Je n’ai pas pour habitude de citer des blogs ou d’en faire de la pub. Je pourrais aussi vous dresser une liste non exhaustive de blogs auxquels je rends visite. Mais, je papillonne, je picore, je butine au gré de mes humeurs. Je ne vais systématiquement, tous les jours, les consulter comme pour le mien. Tenir un blog n’est pas synonyme d’en être son esclave, je préfère y venir quand j’ai envie de partager quelques chose et non pas parce c’est une obligation.

J’aime aussi me replonger dans la généalogie ou m’abandonner à un projet d’écriture. Laisser les idées chahuter gaiement ou écouter d’une oreille attentive une future conversation, observer une situation fictive.

Heureusement, grâce à la technologie, les blogs ont cette faculté de se passer quelques jours de substance nourricière.

Les blogs que j’affectionne ou que j’aime ? Ils sont variés à vrai dire. Certains traitent uniquement de lectures, d’autres sont axés sur des sujets de société, d’autres encore me divertissent, me font rire. Et puis, il y a ceux plus intimistes où la personne parle d’elle.

Le plus souvent, ce sont des femmes. Eh oui mon cher Freud, désormais, les confidences se font en ligne, des non dits cachés par pudeur ou à cause des tabous se dévoilent sur les blogs. La sacro sainte psychothérapie du divan serait-elle menacée et en voie de disparition? Mais non, Freud, rassurez-vous, vos fidèles ont de beaux jours devant eux.

Des femmes qui se montrent soit sans strass et sans paillettes ou fardées, pomponnées, fortes ou fragiles, heureuses de vivre ou qui donnent le change pour les apparences. Ah, les apparences ! Ce mot si surfait me permet d’une pirouette d’enchaîner sur la suite…. Car qu’importe l’habit, elles parlent de leur vie, de leurs préoccupations, de leurs bonheurs ou aussi de ce qui fait mal. A leur façon, elles racontent souvent humblement comme si abattre des montagnes était naturel pour elles, sans attendre une gloire quelconque en retour. Elles écrivent pour témoigner, pour nous sensibiliser à un problème, ou simplement pour se poser quelques minutes.

De moi à vous, ce « vous » décliné à « tu, elle », je vous connais un peu par vos blogs.

mardi 10 novembre 2009

Emmanuel CARRERE -"La classe de neige"


Vous vous souviendrez sûrement que la lecture de « D’autres vies que la mienne » avait eu pour effet d’engendrer différentes réaction de ma part. Avec « la classe de neige », je vais vous épargner mes questions métaphysiques.
Je l’ai terminé depuis hier et je suis toujours sous son emprise : sonnée, époustouflée, estomaquée…

Dès que j’ai fait la connaissance de ce p’tit garçon, Nicolas, je n ‘ai plus eu envie de le quitter. Mais, pourquoi une classe de neige peut provoquer de telles peurs, de telles inquiétudes chez un gamin? Comme un mauvais pressentiment, on a la certitude que quelque chose de terrible va se passer : laquelle, et pourquoi ?

Je suis retournée… sidérée par l’histoire et par son rythme, épatée par le style, par cette facilité de l’auteur à nous raconter tout ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant.

Une seule certitude : une fois de plus, il va me falloir plusieurs jours pour récupérer.

lundi 9 novembre 2009

99 LUFTBALLONS

1982 : la Guerre Froide. On entendait cette expression partout : elle était dans la bouche des adultes, elle se faisait une part belle dans les informations. J’avais 11 ans et j’avais peur quand j’entendais ces deux mots terribles. Pour moi, une guerre froide était silencieuse. Je n’en savais pas plus : chut ! tais toi... ce n’est pas pour les enfants, monte dans ta chambre le tout dit sur un d’un ton plus ou moins péremptoire. Non informée (mal informée ou désinformée, je laisse le soin à chacun de choisir le terme qui trouve le plus adéquat), l’imagination alimentée par les aventures et les exploits du Club des Cinq, je me couchais très zen… Allongée en chien de fusil, je guettais chaque bruit suspect, j’épiais les ombres, j’écoutais ma propre respiration avec l’angoisse de voir surgir un agent de cette guerre avec un long couteau. Une fois que la fatigue l’emportait, la guerre prenait quelquefois l’apparence d’un monstre tapi dans l’ombre qui m’attendait à la sortie de l’école ou d’un espion qui m’enlevait.

Les deux années suivantes, je chantais à plein poumon « 99 Luftballons » comme tout le monde. Un monde divisé en deux, représenté par le dessin de deux hommes armés jusqu’aux dents, et on parlait de la probabilité d’une nouvelle guerre mondiale. Il suffisait que l’un de deux appuie sur un bouton rouge et le monde explosait. Bon, heureusement, aucun des deux n’a renversé sa tasse de café, ni s’est reculé en voulant l’éponger, ni est tombé de sa chaise et ne s’est pas accroché à ce qu’il avait à portée de main : le bouton !!! Ouf, on y échappé de près surtout que les tasses pouvaient contenir soit du scotch ou de la vodka.

1989 : des murs sont tombés. Le premier, en juillet chez mes parents : j’avais mon bac en poche. Quatre mois plus tard, un autre mur bien plus important tombait lui aussi. Les yeux scotchés à la télé, je vivais en direct ce moment : l’émotion, ces hommes et ces femmes qui marchaient libres. Et je pleurais de joie pour eux.

samedi 7 novembre 2009

SINGING IN THE RAIN

Hier, tout le monde était déjà parti depuis belle lurette quand j’ai réussi à décoller mes paupières. J’ai eu le droit à une nuit de plus de huit heures plongée dans un sommeil artificiel. Une grâce pour moi ! Quand on a pour habitude d’entamer ses journées à l’heure où les fêtards et ceux qui vivent la nuit vont se coucher, un lever tardif se doit d’être considéré comme un fait exceptionnel.

Au début, je me suis sentie désorientée comme perdue dans ce silence. Il faut à chaque fois le ré apprivoiser, cet animal, et surtout ne pas en avoir peur, sinon il peut vous envelopper dans la mélancolie. Heureusement, je me suis secouée et arrachée à cette idée. Ce n‘est pas parce qu’une chape de plomb noirâtre couvrait le ciel que j’allais passer le restant de ma journée à feuilleter mon album souvenirs en soupirant ou à m’inventer des avenirs de bouts de ficelle.

Que nenni. J’ai enfilé mon imper, pris mon parapluie tout nouveau, mon Ipod (sans faire de pub) et me voilà partie. On doit me prendre pour une cinglée ou une illuminée quelconque. Car sous la pluie battante, je suis la seule à attendre aux passages piétons que le petit bonhomme veuille bien devenir vert. Les autres, se dépêchent, font de grandes enjambées dédaignant et se moquant du petit bonhomme rouge. Certains relèvent leur col et lèvent les yeux au ciel pour maudire ce temps. D’autres encore portent à même la tête leur parapluie pour qu’aucune goutte ne s’aventure à les toucher. J’observais tous ces gens en chantonnant. J’ai revisité à ma sauce, la chanson inoubliable « Singing in the rain » de Gene Kelly. Et rien qu’à ce nom, le Broadway enchanteur me venait à l’esprit, Frank Sinatra, Rita Hayworth… et toutes ces comédies musicales devenues un tantinet désuètes.

Que vois-je ? Des personnes âgées, qui elles aussi, bravent et défient le petit bonhomme rouge. Mais c’est quoi ça ? Est-ce que l’âge nous déleste de certaines règles. Et l’exemple, qu’est ce qu’il devient dans tout ça ? Aux oubliettes, à la trappe ?

Absorbée par mes pensées et le quidam, je n’ai pas fait attention au coup de vent matois qui venait chatouiller mes jambes. Sa caresse s’est transformée en un souffle et voilà que mon tout joli parapluie s’est retourné. Il aurait pu reprendre dignement sa fonction, mais non, il s’est transformé en épouvantail tout minable.

Moi qui étais tout gaie, toute contente, j’ai dû me résoudre à continuer mon chemin sans sa bonne protection.

Trempée, les cheveux dégoulinants de pluie, je ne voyais rien (c’est l’inconvénient des lunettes). Je suis rentrée dans un magasin et les vendeuses guindées qui s’ennuyaient ont assisté à mon spectacle. Je me suis ébrouée à la façon des chiens (ce qui a eu pour effet de déclencher des regards torves, des grimaces de la part des vendeuses). Mais, vous le savez, il en faut bien plus pour que je me froisse ou que je me défroisse.

Allez, je continue : I sing…..Singing in the rain , nannnn, nannnn, I sing…Singing in the rain, et la vie est belle.

jeudi 5 novembre 2009

ANNA GAVALDA "L'échappée belle"



L’échappée belle : un cycliste qui se détache du groupe et qui sème les autres coureurs ? Ou alors un cycliste tout simplement heureux, heureux de vivre et d'avaler le bitume sur sa selle.

Sauf que notre homme n’est pas forcément un accro de la petite reine et qu'il n'est pas tout seul. Ils sont quatre en tout, quatre à se faire une échappée belle : Garance, Simon, Lola et Vincent. Une fratrie unie comme les doigts de la main et qui le temps d’un week-end va se retrouver comme avant.

Avec eux, j’ai rigolé, j’ai souri à leurs jeux de mots (façon jespspeekenglishverywell) et à leurs souvenirs d’enfance, d’adolescence qui ont fait ressurgir les miens. Mes cheveux qui sentaient le gel, les tubes interplanétaires de cette époque, les discussions «ouais, quand on sera …» partagées avec la meilleure copine ,l’insouciance, et puis cette envie de grandir mêlée à de l’appréhension.

Un livre est à offrir à votre patron s’il vous voit mettre du stabilo sur vos ongles, à la dame coincée du cinquième qui semble avoir été vieille et sérieuse toute sa vie ou à votre belle-soeur BCBG car au fond vous l'aimez bien.

Un vrai condensé de gaieté pour ne pas oublier la joie de vivre même si l’on est devenu « des grands » avec des responsabilités.

Maintenant, le cœur un peu pincé de nostalgie, j’ai envie de téléphoner à mes sœurs pour trouver et parler encore de ces instants qui datent d’hier. Et puis, je vais montrer la chorégraphie trop, trop top de Bananarama à mes filles.

mercredi 4 novembre 2009

Eric FOTTORINO "L'homme qui m'aimait tout bas"







Je pense qu’écrire sur son père décédé ne doit pas être une chose aisée : faire la part des choses, relater en essayant d’être fidèle à ses souvenirs, être au plus juste dans ses propos. Eric Fottotino ne tombe pas dans le mélodramatique dès qu’il parle de ce mot dur, le suicide, ou tout de qui l’entoure.

Bien sûr dans ce livre, on retrouve le style limpide et fluide d’Eric Fottorino. Les sentiments et les émotions ont une belle part, et je l’ai lu facilement mais ce j’ai retenu c’est le portrait luisant d’un père parfait mis sur un piédestal.

Livre ou exutoire pour l’auteur? Comme pour tenter de se déculpabiliser de n’avoir pas su prêter attention à un signe qui laissait présager les ennuis de son père. Mais quand bien même, il l’aurait remarqué et qu’il l’aurait aidé, est-ce que ça aurait pu changer quelque chose ?
Je n’ai pas la réponse…

DRAGIBUS

Je ne sais pas si ce que j’écris sera cohérent, compréhensible ou logique ou alors si ça ne s’apparentera qu’à une suite confuse de mots, comme posés sans aucun lien, sans aucune attache entre eux. Je le fais pour m’en souvenir de ces moments. Ces moments où la douleur trop forte ne m’accorde aucun répit, où certaines parties de mon corps s’embrasent et poussent l’esprit dans ses retranchements. Est-ce que je dors ? Je somnole ? Suis-je plongée dans un état de semi-conscience ou alors dans une espèce de léthargie développée par le cerveau pour pouvoir endurer ? Il n’a y plus de notion de temps présent ou de temps qui passe. Seul persiste un vague souvenir des secondes où je lutte pour entrouvrir mes paupières et discerner l’heure. Un effort qui requiert une énergie monstrueuse et qui fatigue d’autant plus.

La leçon du jour, le verbe « se reposer » à tous les temps : je me repose, tu te reposes, il ou elle, on se repose… Bien pour le présent, et à l’imparfait ? Hier, je me reposais. Passé simple ? Je me reposai. Je peux le décliner à tous les temps et principalement à la première personne du singulier. Je le connais sur le bout des doigts mieux qu’une élève zélée. Qui dit mieux ? Personne… de toute façon qu’y a-t-il à rajouter. Rien sauf qua ma pancarte de fibromyalgie atypique autour du cou effraie, déconcerte, sonne le trouble. Elle fait fuir les spécialistes, en particulier, qui me renvoient de l’un à l’autre comme la patate chaude que personne ne veut.

« C’est quoi ça ? ». Ce « ça » dit étonnement, avec pudeur ou encore d’un air dégoûté ou alors d’un ton embrassé, gêné, donc ce « ça » désigne mes douleurs, ma démarche, mes gestes robotisés, ma mine de déterrée, ma tension qui se prend la malle et enfin tous les dragibus que j’avale matin, midi, soir et au coucher.

Mais j’ai une chance incroyable ! Car si certains paient des prix exorbitants et risquent même la prison pour se shooter, pour moi c’est gratuit et prescrit. Parce qu’à un certain moment, on ne peut plus supporter la douleur.
Une fois ces dragibus pris, tout change….On entre dans la 4ème dimension en direct live.

Les neurones sont tellement enchevêtrés dans du coton qu’on n’arrive même pas à penser, juste constater des trucs bêtes « tiens, mes pieds bougent pour faire un pas… ». Le corps évolue aux dépens de n’importe quelles règles, surtout celle de la gravité. Dans cette dimension, les distances sont truquées : le vertige nous prend à regarder le sol, les objets jouent avec nous : ils s’écartent ou se rapprochent à leur bon vouloir. La bouche est souvent pâteuse et on n’éprouve pas le besoin de faim. Aligner trois mots devient un mécanisme trop complexe : ouvrir la bouche, jusque là ça va, c’est après que ça se complique… Les mots sont présents mais soient ils ne veulent pas sortir ou alors les lèvres torves les prononcent difficilement, les bégaient et les mélangent.

Pendant tout ce temps, la douleur semble moins puissante, elle est toujours là mais édulcorée, comme recouverte d’une couche épaisse de pâte à gâteau.

Tout le monde sait que la pâte finit par couler. Au début, lentement par petits paquets, puis elle tombe par terre en éclaboussant tout au passage. Et quand il ne reste plus une seule goutte, on est déconcerté comme à la fin d’un film dont on a rien compris.

dimanche 1 novembre 2009

Lecture "Nouvelles à chute"



Un petit livre qui ne paie pas de mine et qui de surcroit se présente sous la forme d’une des lectures imposées par la prof de français :
-Ce trimestre nous allons étudier tel courant littéraire ou tel auteur, je vous demanderai donc de lire …

La pauvre prof n’avait pas le temps de terminer sa phrase qu’un soupir général, proche du bâillement à se décrocher la mémoire, prenait le relais, montrant ô combien, l’enthousiasme pour les lectures obligatoires. Elle poursuivait son cours pour transmettre son enthousiasme à nous ses élèves qui ressemblions à un croisement douteux d’invertébrés et de concentrés d’hormones acnéiques. Eh oui, pour la bande de futurs bacs scientifiques que nous étions, les cours de français puis de philo n’avaient pas grand intérêt…

A l’annonciation de la phrase fatidique « vous devez lire untel ou tel livre», nous nous avachissions un peu plus en décrétant que ça ne pouvait qu’être nul vu que c’était la prof qui l’avait choisi. Ah, la bêtise de l’adolescence…

« Nouvelles à chutes » aurait pu s’intituler « pépites et trésors » car ces nouvelles sont formidables et superbement écrites. J’ai retrouvé ce que j’aime depuis toujours dans les nouvelles : cet art subtil qui réside à amener le lecteur rapidement dans un lieu, de le plonger dans une tranche de vie puis à l’étonner, à le surprendre par le fin mot de l’histoire. Et pour le lecteur, les différentes possibilités de les aborder, de les lire : se demander, le cœur battant d’impatience, comment sera la chute ou d’attendre sagement pour apprécier d’avantage le final.

Une nouvelle est un bateau sur lequel j’embarque et où je me se laisse guider les yeux fermés par l’auteur. Aux dernières lignes, je souris, je m’amuse de n’avoir pas soupçonné la chute, ou alors je suis complètement estomaquée, sonnée comme le boxeur qui reçoit un dernier crochet et s’écroule sur le ring.

Entassés sous Camus et Sartre, coincés entre Molière et Ionesco, j’ai retrouvé « Bel Ami » et « Une Vie »de Maupassant. Les pages ont bien jaunies depuis la classe troisième ou de seconde mais quel plaisir de les relire avec un œil nouveau.
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