mercredi 30 septembre 2009

Laura ESQUIVEL "CHOCOLAT AMER"

Un livre succulent sur tous les points de vue. Dès les premières pages, on est plongé dans ce Mexique d’une autre époque avec ses coutumes et ses plats. L’histoire est celle d’une jeune fille qui ne peut pas se marier. Selon la tradition familiale, Tita, la cadette, doit rester s’occuper de sa mère autoritaire, Mama Helena, pour le restant de ses jours.

Mama Helena est la représentation type que l’on peut s’imaginer de ces femmes mexicaines au tempérament de feu et qui dirigeaient tout d’une poigne de fer : ferme et famille. Hors, Tita tombe amoureuse.

Une trame de fond déjà exploitée mais la magie de la littérature latino-américaine opère avec ses descriptions oniriques, son emphase et l’on ne sait plus si on est dans la réalité ou le conte, l’imaginaire.

Bercé par les odeurs et les couleurs, on lit avec régal les recettes que Tita nous confie. Sans qu’elle le veuille, tout ce qui résulte de cet amour : la joie, la peine, l’envie charnelle va s’intégrer dans ses plats. Il en résulte un roman drôle, magique et une envie de cuisiner !

lundi 28 septembre 2009

Sylvain ESTIBAL "Le dernier vol de Lancaster"

Agréablement surprise ! Je m’attendais à un livre un peu ennuyeux, longuet et ce fut l’inverse.

Très vite, on est captivé par le journal de Lancaster, les informations de l’époque (1933) et la part imaginaire du roman. Même si l’on sait qu’il ne survivra pas à son dernier vol, on veut espérer et croire à un miracle. Durant huit longues journées, on souffre à côté de lui, on ressent la soif et on pressent la mort qui arrive. Le désert y est superbement décrit et ce monde de sable apparait comme un monde à part, où rien n’est identique.
Ce livre m’a laissé une impression de sérénité et de paix intérieure : on ne peut que se sentir humble devant le désert…

vendredi 25 septembre 2009

Atiq RAHIMI "SYNGUE SABOUR" ou Pierre de patience

Un livre dont l’action se déroule dans une seule pièce comme dans un huit-clos. Une pièce dénudée qui s’accorde avec le style très épuré de l’auteur. Une écriture sans fioriture qui m’a subjuguée par sa poésie et par les sujets abordés.

On découvre une femme qui soigne son mari muré dans un silence. Ses journées, elle les passe à prier, soigner, prier encore au rythme de la respiration lancinante de cet homme Dans son rôle d’épouse, elle commence à lui parler de choses et d’autres banales. Plus les journées s’égrènent et plus, elle va lui confier tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire.

A l’opposé de l’image de la femme soumise, elle devient rebelle dans ses propos. Elle crie son indignation face à la condition des femmes en Afghanistan ou ailleurs. Elle interpelle Dieu et Allah sur la religion qui pousse les hommes à se combattre entre eux, à se tuer. Les interdits sont levés, elle parle de l’amour, de sexe, de son mariage forcé, de la religion et des lois dictées par les familles.

Au fil des pages, j’ai entendu et écouté ses prières, sa respiration et je me suis laissée transporter. Un livre bouleversant et envoûtant ….

mardi 15 septembre 2009

JUSTE POUR LE PLAISIR

JULIA LEIGH "AILLEURS"

Un livre poignant par le style épuré, par l'histoire...
L'auteur nous immisce dans les secrets mais surtout dans les douleurs profondes de cette famille. Sans utiliser de palabre pour les descriptions ou une ribambelle surabondante de dialogues, Julia Leigh va au plus profond des afflictions.
Dès le début, on se retrouve piégé et on a plus qu'une seule envie : le terminer.Une lecture qui bouleverse et dont on ne sort pas indemne...

lundi 14 septembre 2009

Travailler jusqu'à en mourir

Lu récemment : « Une employée qui se défenestre en pleine réunion de travail ». Quelques mois plus tôt, un autre titre «un employé qui se suicide à son domicile » et quelques lignes pour expliquer à sa femme et ses gosses qu’ils n’y sont pour rien.

Des gens arrivés au bout du rouleau. A force d’être pressés, encore, plus et toujours. Jusqu’au jour où ils n’ont plus rien à donner, pas même une dernière et minuscule goutte.
A chaque changement de direction, à chaque nouvelle stratégie, on ne leur a pas demandé leur avis. Et si on l’avait fait, qu’auraient-ils pu répondre ? Je n 'en peux plus, je suis arrivé fatigué… trop fatigué.

Ils n’ont pas le droit de se plaindre car combien de fois ils entendent « par les temps qui courent, c’est déjà bien d’avoir un travail ». Et puis, il y a le prêt de la maison à rembourser, la voiture qu’il faudra bientôt changer… Alors, ils ne peuvent pas le dire. Et le dire à qui ?

Ils doivent s’adapter, acquiescer, aller toujours plus loin, repousser les limites. On leur impose plus de résultats, plus de flexibilité et plus de chiffres. Donner plus et pour tout. Nouveaux manageurs, nouvelles méthodes … un peu plus de stress et de pression.

Quand ils passent à l’acte, certains évoquent une fragilité psychologique, un état moral comme si l’Homme était prédestiné à subir, à encaisser de telles tensions. Car « on ne peut mettre fin à ses jours à cause du travail ». Les sociologues parlent de burn-out ou d’épuisement professionnel, de l’entreprise qui ne considère plus la personne comme un individu à part entière.

Des gens comprennent cette situation : des collègues ou d’autres personnes qui bossent dans une autre boîte. Et peut-être qu’eux aussi, ils se demandent combien de temps ils vont pouvoir tenir, une journée, un mois, peut-être un peu moins.

C'étaient juste des personnes qui travaillaient et qui le lendemain sont devenues un nombre dans des statistiques effroyables.

NB : Un message pour le Directeur qui, cette après-midi, se trouvait avec sa nouvelle recrue à la devanture de son agence immobilière. Oui, vous, celui qu’on doit appeler le boss et craindre les sautes d’humeur. Vous étiez vêtu d’un costume, d’une chemise blanche à fines rayures et d’une belle cravate. D’un ton homérique, vous disiez à votre employée :
-Je vais vous expliquer quelques règles de management, parce quand on s’occupe d’une équipe, il faut savoir mettre la pression si on veut des résultats.

C’est moi qui vous ai adressé un regard noir tellement j’ai été choquée par vos propos. Vous m’avez vu mais vous m’avez ignoré, c’est vrai, vous aviez beaucoup plus important à faire : apprendre l’art et la manière de mettre le personnel sous pression…

lundi 7 septembre 2009

Vincent Delecroix - La chaussure sur le toit

Enfin, un livre de "bonnes" nouvelles, je dis "bonnes "car il n’y en a pas une seule qui se révèle moins goûteuse ou surprenante.
Une fois terminé un livre de nouvelles, il m’arrive quelquefois de garder un arrière goût amer de déception : celle de n’avoir été conquise que par une ou deux, grosso modo.

N’étant pas une passionnée des chiffres, je ne m’amuse pas à calculer des ratios incompréhensibles, du genre le nombre de nouvelles qui se distinguent par rapport au prix du livre. Petite note en passant : je laisse ces calculs à certains professionnels qui savent faire pencher la balance de leur côté avec des pourcentages sortis dont on ne sait où.

Je m’éloigne, je m'égare…
Pour en revenir à notre livre, ce sont dix nouvelles qui m’ont fait vibrer ou rire.

La chaussure sur le toit empêche une petite fille de trouver le sommeil, obsède une vieille dame ou un artiste en quête d'un renouveau d'inspiration. Voilà quelques un des personnages, qui de leur fenêtre, voient, contemplent et s'interrogent sur cette chaussure.

Pourquoi et comment est-elle arrivée là, coincée dans une gouttière sur un toit parisien ?

Les réponses sont dans ces nouvelles écrites avec un style qui fait mouche. Et comme diraient les critiques littéraires « un excellent remède contre la morosité ». En plus, Vincent Delecroix y glisse quelques lignes d’autodérision … un vrai régal !
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