mardi 23 août 2016

Jens Christian Grondahl - Les complémentaires

Éditeur : Folio - Traduit du danois par Alain Gnaedig - Date de parution : 2015 - 276 pages superbes !

A Copenhague au Danemark, David Fisher avocat de profession est marié depuis plus de vingt ans à Emma qui a laissé l’Angleterre, sa future carrière de peintre pour le suivre. Etudiante aux Beaux-Arts, leur fille Zoë suit les traces de sa mère même ci cette dernière peint dans sa serre aménagée en atelier sans rien exposer ou vendre. Davis a pour ainsi dire enterré ses origines juives depuis bien longtemps et n’en parle jamais. Au cours d’un dîner, Zoë leur présente son petit ami Nadeel étudiant en médecine et d’origine palestinienne alors que le matin même David a découvert une croix gammée peinte sur leur boîte aux lettres. Ces deux évènements vont venir bousculer le couple.

Au cours du diner, Emma parle des origines de David à Nadeel. Son mari ne comprend pas pourquoi Emma a abordé ce sujet. De plus, le dessin trouvé le matin le hante et il n’en pas a parlé à personne. Et quand ils découvrent à l’occasion du vernissage l’exposition de Zoë, David et Emma qui se sont disputés vont séparément être renvoyés à leur passé.
Les choix (ou non) et leurs conséquences amène chacun des deux à s’interroger sur sa vie actuelle et son passé.

Après Les Portes de Fer que j’ai aimé d’amour, ce roman de Jens Christian Grondahl ne m’a pas déçue !
Les complémentaires explore de nombreux thèmes mais jamais en superficialité. Le couple, les origines, la religion, la transmission et l’identité ainsi que l’art, le bonheur sont étudiés avec réalisme. Si Jens Christian Grondahl possède cette capacité extraordinaire à nous questionner avec des personnages crédibles, il ne cherche jamais chercher à en faire de trop.
Tout simplement superbe !

Je n'aurais pas cru que les gens deviendraient aussi obnubilés par leurs fichues racines, et par l'endroit "d'où ils viennent". Ce n'est pas pour moi. Comme s'il n'était pas plus intéressant de se demander où l'on va, où l'on pense aller. 

Que penserait elle quand elle verrait la boîte aux lettres défigurée? Elle hausserait les épaules, mais que penserait-elle ? C'était absurde, mais il se sentit soudain responsable si elle devait être troublée par l'insulte primaire de la déprédation. 

Le monde entier est sans abri si nous ne parvenons pas à nous sentir chez nous avec les autres.

lundi 22 août 2016

Florence Seyvos - La sainte famille

Éditeur : Éditions de L'Olivier - Date de parution : Août 2016 - 172 pages douces-amères et aimées.

Sœur et frère, Suzanne et Thomas, passent chaque été dans la famille maternelle avec une grand-mère geignarde, une grand-tante affectueuse mais terriblement soumise et timide. Depuis peu, leur mère ne les accompagne plus..Comme ce qui est propre aux enfants, l'imagination de Suzanne la conduit sur des contrées où fantômes et d’autres personnages apparaissent la nuit ou lors des baignades au lac. Et il y a la réalité: leur grand-oncle vicieux à l’haleine souvent chargée d’alcool qui ne les aime pas, la séparation puis le divorce de ses parents, la main leste de leur mère, un instituteur jouissant de son autorité pour faire preuve de sadisme.

Dans ce récit non chronologique où Suzanne et Thomas prennent la parole, Florence Seyvos dépeint avec grâce et sensibilité ce qui conduit de l’enfance à l’âge adulte . Ce qui marque ou ce qui affecte, les interrogations de Suzanne sur la question du bien et du mal (et sur l’existence ou non de Dieu,), de sa cousine plus âgée qu'elle vénère, du divorce des parents où chacun s‘est approprié la garde d’un des deux enfants. Des incompréhensions à la vision du monde des adultes, de ce que chacun des deux retiendra de son enfance (Thomas est plus jeune), Suzanne et Thomas se construiront à partir ce qu’ils ont vécu (les petites ou grandes joies et peines) mais aussi des regrets de ce qu’ils n’ont pas eu. Les années permettent-elle d’édulcorer certains souvenirs ou de les rendre plus vifs ?
J’ai aimé ce personnage de Suzanne dans cette famille élargie où les figures masculines sont peu présentes.
C’est doux-amer quelquefois piquant mais tellement juste. L'enfance est la fondation de nos vies d'adulte et l'on retrouve nos propres souvenirs  tout comme certaines de nos perceptions dans ce roman.

Suzanne se souvient d'une période où il y avait de la gaieté dans la maison. Il était difficile de savoir si leurs parents se trouvaient soudain heureux ensemble ou si leur joie à chacun venait d'ailleurs, mais ils étaient légers en présence de l'un de l'autre. C'était particulièrement perceptible pendant les trajets en voiture. Pour Suzanne, les trajets en voiture étaient la vie même, la vie à échelle réduite, mais infiniment précise et déployée. Le passé derrière, l'inconnu devant.

Lu de cette auteure : Le garçon incassable

samedi 20 août 2016

Elodie Llorca - La correction

Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2016 - 188 pages et une déception.

Correcteur professionnel à la Revue du Tellière, le narrateur découvre par hasard des coquilles dans des textes qui sont passés entre ses mains et  les note toutes dans un carnet. Seules deux personnes travaillent à la revue : Reine sa patronne une femme autoritaire qui aime jouer de son autorité et Taupin rédacteur d’articles. Notre narrateur décide de découvrir qui se joue de lui.

Dès les premières pages, l’écriture m’a fait penser un peu à celle de Julia Deck : maîtrisée et très précise. Si je me suis laissée embarquer dans ce récit,  très vite hélas plusieurs points m’ont gênée. L’auteure sème différentes pistes (ce qui est normal) mais j’ai eu  l’impression que la plupart étaient là pour remplir de l’espace. Du coup, ça patine et ça part un peu dans tous les sens (le narrateur et sa femme sont sur point de se séparer, la présence de mère décédée récemment revient très souvent, son attirance pour Reine). Certains événements sont difficilement compréhensibles et pour ne pas abandonner, je me suis accrochée à l'idée d'une fin révélatrice . Mais peine perdue, cette dernière est très brouillon.
Même si certaines des coquilles révèlent des lapsus troublants (coulure/roulure, satin/catin) et donnent un léger sourire aux lèvres, ce premier roman est une déception.

Lorsque je sortais les copies de la pochette, je sentais, depuis son bureau, le regard appuyé de ma patronne sur moi. C'était pour moi un moment délicieux.Je courbais un peu l'échine et me mettais au travail avec une attention soignée. Il m'importait d'être vu comme un correcteur exemplaire. J'avais justement choisi ce métier afin de ne pas être pris en faute et je m'appliquais à mettre tout en œuvre pour que cela n'arrive jamais.
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